Taureauscope (21)

Vendredi 21 novembre : « Il peut être valorisant de rendre service aux autres. Ceci dit, les besoins d’un proche pourraient modifier votre programme à la dernière minute. Même si cela vous ennuie, vous ne devriez pas regretter de lui prêter main forte. Ce que vous aviez initialement prévu de faire aujourd’hui, était-ce si important que cela ne puisse être reporté au lendemain ? »

Oui, c’est souvent valorisant de rendre service à autrui… Encore que certaines situations ou épisodes sombres de notre Histoire m’incitent à ajouter un bémol. La France pétainiste qui rend service au régime nazi en lui livrant des milliers de Juifs, suis pas sûr que c’était très valorisant, excepté pour les collabos aux ordres. Désolé de casser l’ambiance avec cet exemple…

J’ai eu beau creuser dans la neige, arpenter Montréal de long en large et en travers, je n’ai trouvé aucun proche qui avait besoin de moi. Le cas échéant, je me serais bien évidemment porté à son secours, en considérant toutefois la nature dudit besoin. Qu’on soit bien clair : je vais pas modifier mon programme à la dernière minute si on me sollicite pour un problème de toilettes bouchées ou un complément de farine ! En revanche, si je n’ai pas rendu service, j’ai fait plaisir à un couple d’amis. C’est bien aussi, de faire plaisir… Je leur ai fait profiter de deux des trois entrées gratuites que l’on m’avait attribuées  pour assister à un spectacle. Mon amitié est sans limite, et je suis d’ailleurs prêt à offrir mon corps à une amie qui serait dans le besoin, je veux dire souffrant d’une carence sévère au niveau affectif. Oui, je sais, je suis un mec bien…

Avant cette soirée, j’étais allé transpirer dans mon club de gym. Quand je dis MON, je veux dire celui que je fréquente régulièrement. Je n’ai ni gagné au loto ni donné une autre direction à ma carrière. Quand l’hiver pointe son nez, je bascule en mode intérieur, alternant entre la course et le vélo. Souvent, je combine les deux, généralement 40 minutes de footing, suivis de 20 minutes de pédalage. Mais attention, pas du pédalage de fillette ! Moi, quand je mouline, je fais pas semblant ! J’évite la lecture et les coups d’œil récurrents à mon cellulaire, lequel reste cantonné à mon casier de vestiaire. Parenthèse : c’est quand même fou (et inquiétant) d’être drogué à ce point, d’être incapable de décrocher de son téléphone intelligent, même durant une séance de sport, laquelle, par définition, est censée vous permettre de faire le vide et de vous oxygéner…

Mais revenons à mon vélo. Ma séance de vendredi a été intense, spartiate même ! N’eût été ma monture statique, je crois que je serais allé m’encastrer dans le mur qui me séparait du boulevard Saint-Laurent, un peu à la manière d’un personnage de dessin animé. Tout ça pour dire que j’avais enclenché la grande vitesse, en adoptant cette posture propre aux cyclistes professionnels durant un contre-la-montre. Je sentais l’acide lactique brûler mes cuisses contractées. Je grimaçais mais j’aimais ça ! Pédaler avec l’énergie du désespoir, jusqu’à ce que mort s’en suive… Très vite, la peau de mes avant-bras est devenu luisante. Les premières gouttes ont perlé, d’autres ont éclaté sur le sol. Dans la salle des machines de mon cœur, j’imaginais l’effervescence, le sang expulsé à toute vapeur… J’approchais les 180 pulsations par minute et ma quête accrue d’oxygène me rappelait cette cadence infernale. Je souffrais pour me sentir vivre… Dans ces moments-là, je ne pense à plus rien, je fais le vide, je fais sortir le méchant, comme on dit au Québec. Moi, j’expulse le démon…

À 20h, je pénétrais dans cette salle de spectacle où nous nous apprêtions, mes amis et moi, à assister à quatre shows programmés dans le cadre d’un festival. Le 3e groupe, VioleTT Pi, est sans conteste celui qui a le plus marqué nos esprits. Nabil a totalement décroché, tandis que Martine était partagée, comme l’auteur de ces lignes. Je reconnais à cette formation totalement déjantée sur scène une réelle personnalité, doublée d’une énergie contagieuse. De gentils cinglés n’ayant pas peur du ridicule ! Folie salutaire, exutoire, et prétexte tout indiqué pour laisser la bienséance au vestiaire… Ils ont débuté leur spectacle avec la chanson “Petit singe robot“, que j’ai jointe à cette chronique et qui résume bien leur univers éclectique et leur poésie délurée, mélange de rock bien lourd et nerveux, d’électro et de hip-hop. Ils sont arrivés dans l’obscurité le front ceint de lampes frontales.  En guise d’intro, une voix aiguë, trop féminine pour être vraie, suspecte quoi… Et puis les premières notes, la lumière. Un mec derrière le micro, avec une coupe de cheveux en pleine révolution. La suite : gros bordel, tenues improbables, leader enfilant un pyjama carnavalesque, etc. Pétage de fusible total, ça partait dans tous les sens ! Houston, we have a problem…

Sur scène, ça déménage, ça saute et ça crie parfois. VioleTT Pi n’envoie pas la sauce, il balance la purée. C’est consistant, très rythmé, diablement efficace, coloré et sans filet. On pense à une grosse virée entre potes, avec fragrances d’alcool prononcées, rots virils et louvoiements passagers… On se surprend à vouloir quitter son siège pour aller tortiller son cul sur la piste de danse, coiffé d’une perruque et en robe.

Depuis hier, je dois avouer que j’écoute ce titre en boucle. Merde, j’ai dû attraper le virus.

Je ne suis plus aussi mitigé, finalement…

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