Taureauscope (26)

Mercredi 26 novembre : « Bénéficiant du duo Mercure-Saturne en Scorpion, face au Taureau, vous serez capable de convaincre du bien-fondé de vos intentions en fournissant des explications logiques. Toutefois, il y a des gens que tout changement effraie et qui préfèrent se cramponner au statu quo. Le tact et la diplomatie vous donneront la longueur d’avance dont vous aurez besoin pour les persuader. »

« Pardon madame, j’ai l’intention de vous embrasser, et je m’apprête, pour vous mettre en confiance, à développer une explication logique histoire de vous convaincre du bien-fondé de cette envie soudaine. Alors, petit A…  » Franchement, ça marche pas vot’e truc ! J’ai pourtant tout essayé, même en usant de tact et de diplomatie, comme vous le préconisez… Finalement, je l’ai droguée. Pas très glamour mais efficace… (maman, ton fils fabule, c’est « pour de rire », comme je devais sans doute le dire dans ma prime jeunesse). 

Oh putain !, en direct, live, alors que je suis en train de pondre ces lignes avec une facilité semblable à un accouchement avec césarienne (Ave !), il y a une meuf avec un physique d’actrice porno qui vient de s’asseoir dans un fauteuil devant moi… pour tricoter ! Cette scène pas super bandante me rappelle une expérience passée qui s’est mal terminée (pour faire court, la fille s’est essuyée les fesses avec mon petit cœur; y a pas à dire, la poésie, ça change tout !), d’où mon « putain » soudain et cette envie furieuse d’aller vider mes narines dans ce qui devrait devenir une écharpe, pour exorciser cet épisode douloureux, lequel m’aura au moins valu une belle cure en France, all inclusive, dont des trucs pas très catholiques avec une femme mariée, qui sourira, je l’espère, en découvrant ces lignes d’une spontanéité affligeante.

Oui, je ne suis pas parfait, mais que la personne qui n’a jamais péché me jette la première pierre (petite, la pierre, s’il vous plaît, un cailloux même, si vous trouvez…) Mais vous savez quoi, j’ai vécu mes plus belles expériences à l’ombre de la morale, et j’ai compris que l’amour aimait aussi l’interdit et qu’il s’épanouissait avec force dans la faute, quand le doit chemin le fait parfois flétrir. Je crois qu’avec l’âge on insiste moins sur le maquillage, pour se livrer tel qu’on est. Les défauts font partie du charme. Le trop beau finit par être moche, ennuyeux. 

Vous constaterez à quel point je dérive… On s’élance d’un horoscope pour aller emboutir ma vie privée. Mais j’aime ça, me confier. La vie sans les apparences. La vraie. Les trous dans les beaux discours. Transparence est parfois mère d’équilibre… 

J’éprouve beaucoup de difficulté à écrire. La fille qui tricotait a été rejointe par une amie bavarde. Trop. Verbomotrice ascendant casse-burnes. Elle est censée travailler avec son amie, mais elle prend trop de place, elle déborde sur ma concentration. Elle vient d’expliquer à sa copine qu’elle a du mal à se concentrer parce qu’elle a trop faim. Elle a envie de pizza, elle a d’ailleurs la silhouette Pizza Hut. Là, elle s’est remise à corriger des copies (une prof, j’en conclus, je vais pas lui demander dans quel domaine, elle va me saoûler).

D’après la couverture d’un de ses cahiers, elle enseigne dans un collège. Nous sommes toujours en direct d’un café de Montréal, et il se passe des choses fantastiques ! Devant moi, un gros Père Noël qui fait office de lampe. Tiens, le patron qui passe devant ma table avec un pot de fleur dans une main. Que d’action ! J’ai le vertige…

Une des profs interpelle sa consœur : « Nous nous sommes rencontrés, je mets un S ? » Puis : « M et un petit E, c’est quoi comme abréviation ? » J’ai dit prof ?

Voilà que la plus volubile commence à fredonner I FeelGood de James Brown, qui passe à la radio… Oui, elle chante aussi. Elle adore ça. Il existe d’ailleurs une chanson qui l’empêche de rester sur sa chaise quand elle l’entend. Nous n’en saurons pas plus, elle ne se souvient plus du titre. Chouette ! Elle ajuste aussi constamment sa chevelure bombée, avec cette élégance dans le geste qui la rend précieuse. 

En laissant traîner une oreille, j’apprends qu’elle est toute émoustillée parce qu’un gars dans le café l’aurait regardée. S’enflamme vite la dame ! À vue de nez, nous sommes trois sur place à être catalogués mâles. Je suis pris d’un doute : j’espère ne pas être le gars en question qui lui a tapé dans l’œil. J’ai pas souvenir de l’avoir regardée, en tout cas pas de face. J’ai tout fait de biais, comme un gros vicieux, notamment pour voir ce qu’elle était en train de corriger… 

Je dois me rendre à l’évidence, vu qu’elle mate de temps à autre dans ma direction. Elle est assise à ma gauche, et le seul rempart que je peux opposer à ses battements de cils, c’est cette main gauche qui s’appuie sur mon front pour faire barrage à ses chaleurs. Je pense avoir décroché le pompon. Les quelques bribes de messe basse captées par mes tympans surentraînés confirment ce que je redoutais. J’ai fait clignoter sa devanture. Vous allez voir que dans 5 minutes, elle va m’offrir un verre… ou une pizza toute garnie.

Je décide de lever le camp. Si elle se jette sur moi, suis pas sûr de pouvoir me relever. J’enfile mon manteau sans prendre le temps de la regarder (surtout ne pas la provoquer). Je sens son regard pesant sur moi (si ça se trouve, elle me mate le cul).

Je crois que je l’ai échappé belle… 😉

 

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