Pas touche à ma brioche au chocolat !

Ah, la France ! À chacune de mes visites à Noël, je ne me lasse pas de ses  monuments, de sa bouffe… et de ses indécrottables râleurs. Vous savez, ceux qu’on a envie de brûler sur place, de piétiner, de bouter hors de l’Hexagone, voire de donner en pâture à des islamistes amateurs de têtes de veau…

J’ai toujours l’immense honneur d’en croiser un sur ma route, et à chaque fois, grâce à cette race d’individus bien implantés au pays des droits de l’Homme (on ne rit pas !), je mesure la chance que j’ai de vivre dans ce grand et beau pays qu’est le Canada, « terre de nos aïeux » comme le clame si bien cet hymne national que je devrais un jour connaître sur le bout des ongles dans l’optique d’une citoyenneté canadienne incluant la mise à disposition de mon corps pour la reine d’Angleterre. 

Oui, je suis chanceux, car au Québec, on a pour habitude de faire la queue à la boulangerie, devant un restaurant bondé ou en attendant le bus par exemple. Du coup, on est toujours estomaqué par le foutoir qui prédomine dans son pays natal, où la politesse est bafouée quotidiennement… Mais laissez-moi vous conter mon histoire, cette histoire qui vaut à ces lignes leur caractère courroucé…

Ça s’est passé dans une boulangerie de Metz, que je me fais un devoir de visiter à cause de délicieuses brioches au chocolat. Il arrive parfois, comme ce fut le cas dernièrement, que la gourmandise en question soit encore tiède, après un petit séjour au four (non, je ne suis pas antisémite). Avant de pénétrer dans ce commerce très fréquenté, j’avais jeté un œil à la vitrine, laquelle exhibait une bonne dizaine de ces délices gironds. Chouette, que je me disais… 

Une fois à l’intérieur, j’ai fait comme tout le monde, en complétant une file qui se prolongeait dans la rue, en raison de la petitesse de la boutique. C’est à ce moment qu’est arrivé un couple particulièrement agaçant. Surtout lui ! Il ne m’a pas fallu 30 secondes pour comprendre que le tandem était venu pour la même chose que moi : les brioches au choco ! Sauf qu’en ce qui me concerne, j’attendais mon tour, pas eux. Je le sentais impatient, ça se voyait à sa façon de ne pas tenir en place, jetant de temps à autre des regards inquiets vers ces formes arrondies et moelleuses tant désirées. Apparemment, sa vie en dépendait, et le simple fait de devoir attendre mettait en péril sa fierté de bobo pétri de suffisance ou de patron bardé de condescendance. Je le voyais paniquer à l’idée que les gens qui le précédaient aient eu la même idée que lui. Je sentais qu’il redoutait par-dessus tout arriver devant la caisse un poil trop tard. 

– « Ah, désolé monsieur Connard, il n’y a plus de brioches, nous venons de vendre la dernière. En revanche, il nous reste des meringues qu’on va vous enfoncer bien profond, histoire de vous enseigner les vertus de la vie en société… », me soufflait une voix intérieure qui a souhaité garder l’anonymat. 

Il paraissait évident, vu le nombre de brioches et le nombre de personnes que nous étions dans la boulangerie, qu’il ne repartirait pas bredouille, d’autant que la plupart du temps les clients jetaient leur dévolu sur une bûche de Noël ou les fameuses meringues, la grande spécialité maison… Comme il semblait évident que le temps d’attente n’allait pas excéder les 5 minutes (en voyant large), avant qu’il ne passe sa commande. Conclusion : il n’y avait pas matière à paniquer, et encore moins à être insupportable.

Oui mais voilà, monsieur Connard tenait à être servi sur-le-champ, sans doute pour épater sa gueuse, laquelle semblait avoir été éduquée avec le même laxisme. Alors forcément, quand un des apprentis boulangers s’est enquis de savoir qui venait récupérer des commandes déjà payées, il a sauté sur l’occasion. Il n’était pas concerné, mais il a osé. Disons qu’il s’est engouffré dans la brèche de l’insolence, qu’il s’est cru plus important perché sur le strapontin de la médiocrité. 

– « Moi, je veux juste une de ces brioches au chocolat », a-t-il tenté, pensant qu’on allait assouvir son souhait après une petite pirouette sentant bon la déférence… 

Par chance, l’apprenti boulanger n’avait pas été fabriqué dans le même moule. Ce dernier lui a donc gentiment fait savoir qu’il fallait faire la queue avant d’être servi, réponse qui n’a fait qu’accentuer l’irritation du sans-gêne.

– « Je veux bien faire la queue, mais quelle queue ?! », a-t-il protesté. 

Perso, ça me semblait évident, ça crevait les yeux. J’en avais compté deux, et toutes les deux menaient à une caisse. Il suffisait d’en choisir une et d’attendre son tour. D’une logique imparable, un scénario cousu d’avance. Le problème avec les cons, c’est qu’ils compliquent tout. Le con, il pense que les clients se sont mis l’un derrière l’autre par hasard, qu’ils s’amusent, qu’ils jouent à “et si on mimait une guirlande ?“ On lui a pas enseigné, enfant, que cette façon de faire était très appréciable. Lui, il arrive, fend la foule et dis « je veux ça ! ». 

J’avoue que lorsqu’est venu mon tour, j’ai été pris d’une furieuse envie d’acheter les dix dernières brioches, juste pour le faire chier ! Je crois que j’aurais même racheter la boulangerie !

Franchement, se mettre dans un état pareil pour une brioche au chocolat, avouez qu’il y a de quoi être dépité… 

Audiard avait raison : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

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