La grâce d’Allah

Puisque le combat contre l’amalgame est aussi important que celui contre le terrorisme, voici une expérience vécue il y a quelques années dans une banlieue de Metz, qui figure au passage dans mon bouquin Le voleur et le nudiste, que je conseille si vous avez les fesses un peu sales ou un feu de cheminée trop fébrile… :

« Je me rends dans une mosquée messine, dans le cadre d’un papier consacré à la fin du ramadan. Comme le veut la coutume, je me déchausse une fois sur place. C’est la loi du respect, je l’applique à la lettre.

J’aperçois un imam entouré de quelques hommes assis, comme lui, jambes croisées, sur un tapis oriental. Ils m’invitent à les rejoindre. Je décline poliment en leur expliquant que leur position est déconseillée pour mes lombaires, en raison d’un dos douloureux. L’un d’eux s’en va me chercher un tabouret. Voilà que je surplombe, un peu gêné, l’imam, guide respecté et écouté de ses fidèles. Un jeune garçon fait irruption en portant une table, pour me permettre de prendre mes notes correctement. Je n’ai rien demandé, mais je suis leur invité et j’ai droit à tous les égards. Je commence mon interview… quand on m’apporte un siège confortable pour soulager ma douleur.

L’imam répond à toutes mes questions, sous le regard attentif de sa petite cour. Quand l’entretien est terminé, nous parlons du Québec, de ses qualités et de ses défauts, un peu de la France, beaucoup de tolérance. Ils m’écoutent attentivement, comme l’imam que je ne suis pas. Il leur arrive parfois de dialoguer dans leur langue, et c’est le seul moment où je me sens un peu exclu. Au fur et à mesure, leur méfiance se dissipe, la confiance s’installe. Je remarque aussi que l’un d’eux penche la tête pour vérifier ce qu’il a cru voir autour de mon cou. Je porte une main de Fatma pour me protéger contre le mal. Je suis superstitieux. Surpris par cette découverte, l’homme sourit, comme si j’étais l’un des leurs. Nous ponctuons nos échanges autour d’un plateau de pâtisseries orientales et d’un délicieux thé à la menthe. J’engloutis trois verres, j’adore ce breuvage. Ils me préviennent que c’est très chaud, je leur réponds que ça fait mon affaire.

J’ai été reçu comme un prince par des gens à qui l’on attribue beaucoup de défauts. On leur impute le chômage et la violence, on vote pour la haine en bafouant le verbe connaître. Loin des isoloirs de la honte, les Arabes qui arpentent nos trottoirs ne sont pas des terroristes assoiffés de sang. Beaucoup d’entre eux sont des gens affables, curieux, hospitaliers et généreux, mais qui paient le tribut de leurs brebis galeuses. Ils savent recevoir, c’est une certitude.

En révélant mon mal de dos, je suis devenu un bienheureux par la grâce de leur charité. Et leur mosquée est devenue mon église. »

 

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