En passant par la Toscane (1)

La gare de Bâle. 

C’était en 2003, du 6 au 13 septembre plus exactement. J’avais décidé, en compagnie d’un ami, de partir sillonner la luxuriante Toscane en Italie. On avait jeté notre dévolu sur une agence spécialisée dans le voyage d’aventure. On est donc parti de Metz, pour rejoindre de l’autre côté des Alpes un groupe d’une quinzaine de personnes. Notre grande randonnée prévoyait notamment des haltes à Florence et Sienne. Je rêvais depuis longtemps de m’enfoncer dans ce décor de carte postale. Je n’ai pas été déçu. Je vous livre ce périple inspirant, qu’un journal de bord soigneusement conservé me permet de retranscrire aujourd’hui.

Samedi 6 septembre. – Trois heures pour rallier Bâle et son quartier gare austère. Dans notre train, une première rencontre. Une Alsacienne d’une soixantaine d’années, genre bourrue et taiseuse. Genre malpolie aussi. La momie occupe une place qui ne lui est pas réservée, côté fenêtre. Pour ne pas arranger son cas, elle est vissée à sa valise. Du coup, je ne peux pas déplier mes jambes. Je lui propose gentiment, avec ma face de gentleman charmeur, de la ranger dans un endroit plus adapté. Refus catégorique. Chiante. Son entêtement me paraît suspect. Y a quoi dans ce maudit bagage ?

17h, gare de Strasbourg. Elle se lève, s’éclipse pour de bon. Dieu existe. J’hésite entre verser une larme et sabrer le champagne. Et Bâle dans tout ça ? Un trop bref aperçu, juste le temps de siroter un café dans un hôtel 4 étoiles. Autant faire les choses bien. Dans cette portion de la Suisse germanique, le serveur est programmé pour l’allemand et l’anglais. Venant d’un département qui a été annexé deux fois par les Boches, on prend anglais première langue. Ce sera one coffee and one espresso. On a placé la barre très haute. Dans cet établissement cossu, un mariage est en cours. Je m’en suis aperçu en me rendant aux toilettes, à travers une grand baie vitrée. J’allais pisser et eux ils s’embrassaient. Chacun ses désirs pressants…

21h04 : le contrôleur nous annonce, un peu gêné, que notre train partira avec trois hèures de retard. La faute à des travaux qui ont provoqué la fermeture d’un tunnel cette nuit-là. Notre arrivée est donc repoussée à 10h à Florence, l’heure de notre rendez-vous avec le reste du groupe. Je sens la panique me gagner. Je me calme en pensant à cette belle Italie qui nous tend les bras et sa poitrine généreuse… Mais avant l’Italie, c’est la réalité qui toque à notre compartiment. Une contrôleuse. Nous sommes à Berne (quel nom entraînant !). Le train a fait une nouvelle pause. Il est environ 22h30. Notre interlocutrice nous invite à nous dégourdir les jambes sur le quai. car nous ne partons pas avant minuit ! Nicolas et moi faisons les cent pas dans un décor qui ne prête pas à l’extase. On se raccroche à ce que l’on trouve pour tuer l’ennui : oh la belle horloge ! Regarde, un train qui arrive ! Grisés par tant de découvertes, nous nous aventurons dans une galerie marchande. Et si le train repart sans nous ? On fera du trekking à Berne. Par chance, ce nom maussade n’a pas déteint sur notre moral. On finit par remonter dans notre wagon. Nous restons debout face à la vitre, observant ce quai de gare silencieux et morne, à peine perturbé par le va-et-vient incessant de deux autochtones un peu louches.

Soudain, une femme arrive à notre rencontre. La cinquantaine. Nico m’informe qu’elle sent un peu l’alcool. À l’entendre parler italien français, anglais et allemand en même temps, je me dis que cet amphigouri est à mettre sur le compte de boissons incompatibles avec la clarté du langage. Tant bien que mal, la discussion s’engage. On retiendra de ces palabres qu’elle est née à Florence et qu’elle désire y mourir. Ce patriotisme m’émeut, mais je ne sais pas dire « avez-vous un mouchoir ? » en rital. Je finis par lui expliquer que notre langue est vraiment compliquée pour un étranger, à l’image de notre grammaire. Et là, elle hoche la tête et me répond : « Oui oui, la grand-mère, le grand-père… » Mon pote réprime un fou rire. Elle finit par filer, comme notre train d’ailleurs, qui s’éloigne doucement de Berne…

Prochaine étape : l’arrivée à Florence, et la découverte du groupe !

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