En passant par la Toscane (8)

Samedi 13 septembre. – Dernier réveil à Sienne. Nous nous levons plus tôt, car Nico et moi avons craqué sur quelques articles en vitrine la veille, au hasard de nos pérégrinations nocturnes. Notre côté féminin ! Hélas, à 9h, le magasin ciblé est encore fermé. Pas grave, ce sera pour plus tard.

10 h : nous nous retrouvons devant le palais pour une visite du musée civil et du campanile. Vertige oblige, je fais une croix sur la tour et ses quelque 80 mètres de hauteur, mais je me réjouis des trésors du musée. Peu avant midi, nous convergeons vers un snack où les pizzas sont énormes. Une fois encore, c’est notre guide William qui nous invite. Une perle ce mec. Nous décidons de pique-niquer sur la plazza del Campo, histoire de déguster une dernière fois la beauté des lieux. En chemin, Françoise, portrait craché de la comédienne Marie-Anne Chazel, fait tomber sa part de pizza, laquelle, dans sa chute, souille son chandail. Elle se marre, et nous avec. Preuve que l’essentiel est ailleurs. Avant d’attaquer notre repas, Simone s’avance vers notre guide et lui tend une enveloppe qui contient le fruit d’une quête effectuée pour lui. Le  pourboire s’avère généreux mais il est à la mesure de sa disponibilité et sa sympathie. La réussite de notre séjour, c’est en partie grâce à lui, à ses explications ciselées et son amour sincère pour l’art, étrusque en particulier. Ému, il nous avoue avoir beaucoup apprécié notre groupe pour sa gentillesse, en repensant à ces autres troupeaux qui lui avaient donné du fil à retordre… 

Entre-temps, Nico et moi avons fait des folies vestimentaires. Rentrer les mains vides d’Italie, et plus particulièrement de Siennes, aurait été une hérésie. J’en ai profité pour siroter mon dernier cappuccino – un vrai de vrai ! – attablé à la terrasse d’un café où une grappe de quadras Siénois ont devisé football avec exubérance.

On ne quitte pas facilement des villes fatales comme Sienne...

On ne quitte pas facilement des villes fatales comme Sienne…

14 h : adieu exquise Sienne, nous rejoignons les bras de ta rivale Florence. Sur le chemin du retour, une agréable surprise m’extirpe de mon sommeil cahoteux. Florence, une des deux Parisiennes rencontrées la veille, me rappelle, comme le lui avait suggéré le petit mot remis à son intention à la réception de notre hôtel, Le canon d’or. Nous nous fixons un dernier rencard à Florence avant notre départ. Rien de tel qu’un resto en charmante compagnie pour quitter la Toscane le sourire aux lèvres…

20h45 : les filles nous raccompagnent jusqu’à la gare. Notre train part à 21h38. Lentement, nous rallions les quais, en traînant un peu les pieds. Pas facile de rentrer d’un tel séjour. En chemin, Sophie me fait part de sa crainte de partir, deux jours plus tard, de l’autre gare de la ville, excentrée et plutôt glauque. Je tente de la rassurer.

21h15 : nous quittons nos camarades. Quatre bises et puis s’en vont… On se retrouve comme deux cons. Et puis je m’interroge en observant le panneau des départs. C’est bizarre, notre train n’est toujours pas affiché alors qu’il est censé partir dans 20 minutes. Je jette un nouveau coup d’œil sur mes billets, et là, horreur ! Me souvenant de ce que m’avait dit Sophie, je lis « Florence Rifredi » et non « Santa Maria Novella », le nom de la gare centrale. La panique s’empare de moi, je blêmis. Pour en avoir le cœur net, j’apostrophe un badaud. Il confirme l’erreur. Ça craint, grosse odeur de roussi. J’informe Nico de la bourde. Re-panique, quoique plus contenue chez lui. Et maintenant, on fait quoi ? Je prends les choses en main (Nico n’a pas encore réalisé). J’aperçois une voiture stationnée de la police municipale. Je cours. Les deux agents, dont une femme plutôt jolie, parlent français et anglais, mais « a little ». Pas grave, j’avais pas prévu non plus de faire la causette. J’apprends de leur bouche qu’il faut dix minutes pour rejoindre l’autre gare. Et il en reste vingt ! Une seule solution : le taxi. Problème : d’autres clients font la queue. Misère ! Tant pis, je grille la politesse, j’ai envie de crier que ma femme est enceinte mais j’ai pas de femme, et Nico, même avec affublé d’une perruque et un coussin glissé sous son t-shirt, ne fera pas illusion. 

Les taxis sont blancs à Florence. Il arrive parfois que l'on tombe sur un pilote de F1, comme nous avons pu le constater !

Les taxis sont blancs à Florence. Il arrive parfois que l’on tombe sur un pilote de F1, comme nous avons pu le constater !

Dès qu’un taxi surgit, je me jette presque sous ses roues. Dans un anglais approximatif, je leur présente le problème. Mais je me bute à des refus, quand ce n’est pas du dédain. Enc… ! L’un d’eux croit bon de préciser que c’est mission impossible, car cela prend 20 minutes pour y arriver. Je frôle le malaise. Je crois qu’il faut se résigner à passer une nuit supplémentaire à Florence. Nous décidons quand même de faire la queue et de nous rendre à la gare Rifredi. On ne sait jamais, notre train aura peut-être du retard. Après tout, nous sommes en Italie !  Plusieurs taxis finissent par se pointer, ce qui a pour effet de réduire très vite la file d’attente. Vient notre tour. Le chauffeur est un jeune homme dynamique. Je tente le coup. Je jongle avec la langue de Shakespeare pour lui expliquer la situation : il est 21h25 et notre train part à 38. Et là, il lâche : « C’est faisable ! » Visiblement, impossible ne fait pas partie de son vocabulaire. Je respire un peu.

Nous prenons place dans sa grosse Mercedes. Nico est assis à l’arrière. Je transpire à grosses gouttes (à force de courir à droite et à gauche). On se croirait plongés dans un film à suspens. Mais on va vite rejouer une scène que le tandem de Starsky & Hutch n’aurait pas reniée. Car notre pilote a décidé de relever le défi, au mépris des règles élémentaires de la conduite en centre-ville, et au risque de se prendre une prune pour excès de vitesse. Le voilà qui zigzague entre les véhicules, manque plus que le gyrophare sur le toit… Il met la gomme dans les grandes avenues et grille deux feux rouges. Bizarrement, je suis grisé par cette vive allure et cette transgression des codes, obnubilé que je suis par ce train que nous devons attraper coûte que coûte. Alors au diable les flics ! Vas-y, appuie sur le champignon Gaston (je ne lui ai pas demandé son prénom).

La gare Rifredi de Florence, que nous avons atteinte après quelques sueurs froides !

La gare Rifredi de Florence, que nous avons atteinte après quelques sueurs froides !

Le miracle se produit, des anges descendent du ciel et entament un solo de guitare électrique (l’émotion est trop grande, je délire). Ce mec a mis 8 minutes pour nous amener à bon port. Huit petites minutes ! Chapeau bas Schumacher ! Pour le remercier, je rallonge la commission : 15 euros au lieu de 11. Il est à la fois surpris et ravi. Je lui explique que c’est mérité, vu sa performance. Qu’on m’amène du ciment, que je lui érige une statue ! La suite s’apparente à un sprint avec un sac à dos qui pèse des tonnes. Nous prenons un quai au hasard et c’est le bon. La chance est décidément de notre côté. Nous nous engouffrons dans le train et atteignons notre compartiment, en sueur mais contents. Deux Asiatiques ont squatté nos couchettes du bas, mais on ne leur en tient pas rigueur. 

Il fallait bien que notre virée en Italie se termine par une anecdote. De celles qui font le sel des voyages réussis et qu’on ne se lasse jamais de raconter. 

J’ai pour ma part pris beaucoup de plaisir à me replonger dans cette enivrante aventure, dans cette Italie chère à mes sens, et dont la langue reste pour moi le plus beau concert du monde…

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