Le dessin dans le sang… ou pas

Je ne sais pas quel âge j’avais le jour où ma sœur m’a dédié ce dessin, mais à l’époque, j’imagine que j’avais dû le trouver beau…

Elle commence bien cette chronique… 😉

Ma frangine y avait mis tout son cœur, elle s’était appliquée. Je ne sais pas pourquoi, mais ma mère l’a conservé, comme les habits de ma première communion d’ailleurs, une tenue qu’elle a proposée récemment de me donner, avant de laisser tomber, devant mon regard incrédule qui devait signifier à peu près ceci : « Maman, voyons ! »

C’est dire si ce fameux dessin a voyagé dans le temps. Je crois que notre mère a veillé sur lui comme sur ses propres enfants. Quand je suis parti au Québec, pour fuir mes rejetons illégitimes et toutes ces groupies nubiles qui pissaient dans mon couloir pour marquer leur territoire, je l’ai embarqué avec moi. Il a vite trouvé sa place sur mon frigo. Autant dire que je le croise souvent. Parfois, je relis ce que ma sœur avait écrit à l’époque dans la bulle, en gratifiant son message d’une petite rature : « Olivier, j’ai une eu mon étoile, pas le flocon non. » C’était sa façon à elle de me dire qu’elle était entrée dans la cour des grands. En clair : elle se la pétait un peu. Aujourd’hui, ma sœurette ne skie plus, mais elle se la pète toujours : « Frangin, je me suis achetée une mini Cooper cabriolet, pas une Renault Clio, non. » Elle avait aussi cru bon d’ajouter, plus bas et au crayon de papier, « pour mon frère », au cas où… Je crois que malgré son jeune âge, elle soupçonnait notre môman de vouloir mettre la main sur ce chef d’œuvre…

Récemment, juste pour rire et la taquiner, je lui ai demandé de me dessiner une petite fille, sans lui donner plus d’explication. Curieusement, elle s’est exécutée avec une volonté qui m’a paru louche. Tout ça pour dire qu’elle découvre en même temps que vous la raison de ma requête. Pour faire court, je voulais comparer, voir si elle avait accompli des progrès un crayon à la main. J’avais dans l’idée de juxtaposer ses deux créations. Je pouffais intérieurement, comme ce môme qui ne m’a jamais totalement quitté. C’est si bon de rajeunir.

Quand elle m’a fait parvenir sa photo, je jubilais. C’était comme je l’avais imaginé ! J’ai vite compris pourquoi les gens ne la voulaient jamais dans leur équipe quand ils jouaient au jeu du Pictionary. Il fallait se rendre à l’évidence : en près de 40 ans, elle n’avait pas progressé, et je suis même enclin à croire que cela a empiré, vu le résultat. On devine, évidemment, que le trait est plus assumé, mais à l’arrivée, on constate que si son cerveau a mûri, ses mains ont toujours 6 ans. Je crois que j’avais besoin d’en avoir le cœur net. Désormais, j’en suis convaincu : ma sœur n’est pas une crac en dessin. C’est un de ses points communs avec notre mère, qui dessine comme je cuisine.

Sur ces paroles fleurant la complicité malgré les apparences, laissons-nous aller, histoire de finir en beauté, à une petite analyse des œuvres…

DESSIN NUMÉRO UN 

IMG_1834La coupe de cheveux est soignée, avec une raie au milieu bien prononcée, faite à la hache, allusion à peine dissimulée à la proverbiale coiffure de Mireille Mathieu (pour les Québécois : une chanteuse un peu tannante qui se prend pour Édith Piaf). On remarque un petit côté Picasso chez ma sœur, avec ce nez dessiné de profil et les deux narines du même côté (mais ne pinaillons pas). Les yeux sont pas mal, quoique près des oreilles.

Si la tête est assez bien proportionnée, la forme des mains est plus préoccupante. Enfin je dis des mains mais je devrais dire des moignons. Ça me ferait presque penser aux petites pattes avant des tyrannosaures. Quant à la taille des bâtons de ski, on va pas mentir : ils ne servent à rien ! Ou alors ils servent à quelque chose mais tu finis la journée avec un lumbago ! Je passe sur les couleurs de la combinaison, très Seventies. En revanche, les skis m’interpellent. Pardon, je reprends : le ski m’interpelle. Car sans le savoir, ma sœur avait inventé le snowboard, qui n’existait pas à l’époque, même si je doute qu’en gardant les pieds dans cet axe on aille très loin. Un détail : elle a écrit sur les skis le mot « star », sans doute une façon détournée de rappeler sa vénération à mon égard.

DESSIN NUMÉRO DEUX

11015971_10206112075101822_938609071_nLes cheveux ont poussé. On dirait deux gros ressorts qu’on lui a posé sur la tête. On sent tout de suite le travail réalisé dans l’urgence, avec deux enfants dans la périphérie, un repas à concocter et toutes ces choses qu’une maman doit réaliser en même temps. Je pencherai pour ma part pour une coupe à la brosse (ou alors c’est un gros sourcil sur son front et ça fout les chocottes) surmontée d’une extension. Plus de 30 ans après, le visage est toujours aussi rond et le menton absent.

En revanche, une question me taraude : il est où le nez ? Et les oreilles ? Pas d’odorat et sourde : ma sœur devait être « vénère » quand elle a réalisé ce dessin… Physiquement, la gamine est toujours carrée des épaules; elle doit revenir de la muscu. Du côté des mains, c’est toujours la misère. On devine des doigts, et j’en compte même six pour la gauche. On sent la frangine moins impliquée que par le passé, genre « le frangin il me saoule avec ses demandes à la con ! Et dire que je pourrais siroter une coupe de champagne en admirant mes belles Louboutins achetées 2 000 euros… » Et puisque l’on parle de chaussures, vous remarquerez qu’elles se confondent avec les jambes (on n’est plus à un handicap près !)

Donc je résume : sourde, pas de nez, onze doigts aux mains, des pieds en forme de souliers, des sourcils de Portugaise et une coupe de cheveux que n’aurait pas renié Claude François après avoir été électrocuté… Ah, et puis muette aussi. Plus de bulle, nada! Mais toujours le sourire. Les petites filles que la frangine dessine ne sont peut-être pas des canons de beauté, mais elles restent positives !

Putain, si ça se trouve, elle m’envoie un message… La salope !

T’embrasse bien fort la frangine. Moi aussi, yé né pas changé… 🙂

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Catégories :La famille

1 reply »

  1. Je pleure de rire !! Merci pour cette jolie psychanalyse … C’est tellement vrai et réelle. Complice je confirme un seul dessin fait à l’arrache et tu as tout compris
    Je t’aime et surtout on ne change pas !

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