Colère matinale

phot-01-chat-colere-imgMa voisine a encore frappé. Enfin, je devrais dire son rejeton. Depuis qu’ils ont emménagé il y a deux ans, mes matinées sont devenues agitées. Car avec une régularité de métronome, son fils célèbre la nouvelle journée en enchaînant les sprint dans leur couloir, et par ricochet dans le mien, vu l’épaisseur de la paroi qui nous sépare (sans doute du polystyrène étant donné son efficacité douteuse). Donc, vers 6h30-7h, il s’agite, il fonce. Il est comme possédé, le démon de l’athlétisme l’habite. Dans sa tête, il est seul au monde, et sa mère doit penser la même chose… Gros cirque à bâbord et à tribord. Du coup, mon réveil est devenu obsolète. Je ne me demande plus quelle heure il est, je me fie aux sauts de cabri de cet Usain Bolt en culottes courtes. Si ma mémoire est bonne, il me semble qu’il se prénomme Clarence, Térence ou un autre truc en « ence »… Pour éviter toute confusion, j’ai opté pour « casse-couille ». Ça lui va bien. Parfois, je le croise dans le couloir extérieur ou dans la rue. Il me fait de grands sourires, me regarde comme si j’étais son père (oh, t’enflamme pas petit !), avec sa jolie frimousse… À cet instant où je me sentirais presque amadoué, il m’arrive de penser qu’il me nargue, le petit con. « Monsieur Olivier », qu’il m’appelle. J’aime bien, ça me donne de la prestance. Quand il sera plus grand, je lui apprendrai à dire « sa majesté Olivier »…

Mais trêve de sentimentalisme, revenons à cette matinée du 20 mars, où je ne faisais qu’un avec mon matelas futon en rêvassant à des Amazones qui allaient me bouffer tout cru en commençant par mes noix de cocos. Quand soudain, je suis extirpé de mon sommeil lubrique par un coup de canon. Dans ma parenthèse onirique, mon île dorée était menacée par des corsaires armés jusqu’aux dents. Dans la prosaïque réalité, la détonation provenait de la cuisine d’à côté. Sur le moment, je n’en ai pas cru mes oreilles. Non, elle n’a pas osé, pas à 7h du matin… La tête encore dans le pâté, j’ai cru qu’une fête d’anniversaire venait de s’ébrouer dans mon salon. Une mélodie pour enfants, dont le volume assez élevé lui permettait de se glisser jusque dans ma chambre, nonobstant la porte censée protéger ma quiétude, venait de rompre ma léthargie et de réveiller l’animal que je suis à cette heure de la journée. Imaginez un ours mal léché dont on écourterait l’hibernation. Voilà, c’était moi.

Autant dire que la guerre venait d’être déclarée. Ma couette a fait un vol plané, je me suis rué jusque dans ma cuisine et boum ! Petit coup de poing sur le mur, en faisant tomber au passage une boîte métallique de bergamotes de Nancy qui trônait par là. Juste ce qu’il faut pour leur rappeler qu’il est un peu tôt pour la farandole… Aucun effet. Toujours cette mélodie excessivement forte, accompagnée de la voix du môme reconverti en chanteur d’opérette.

C’est à ce moment-là que l’autre est apparu, je veux dire celui qui sommeille en nous et qui prend les choses en main quand la patience est à bout. Furibond, j’ai vociféré un peu dirons-nous. Puis je suis retourné dans ma piaule, en claquant la porte si fort que quelques morceaux de peinture s’en sont détachés.

Je pense avoir été convaincant, à en juger par le silence contrit qui s’est installé presque aussitôt.

Ça fait du bien de pousser sa gueulante de temps en temps. Le problème, c’est qu’après toutes ces émotions, je n’ai pas retrouvé mes Amazones. J’avais dû les faire fuir elles-aussi…

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