Le souci du détail

Parfois, une chronique, ça tient à un détail. Comme aujourd’hui…

Je vibrais, debout, comme un téléphone portable dans le métro (si vous connaissez un métro stable, faites-moi signe) quand ma pupille s’est soudainement dilatée (y a pas plus libidineux que ce mot) à cause des cheveux d’une demoiselle. C’est surtout leur couleur qui me détournait de mon reflet ricochant sur la vitre. On aurait dit de la lavande. Je vous jure, de la lavande ! Comme ces champs de cartes postales du sud de la France… N’eût été cette pitoune (une pouf si vous préférez) qui vagissait des banalités à sa copine amorphe, j’aurais presque entendu les grillons et senti le pastis. 

Cette vision a fait remonter un souvenir à la surface. C’était à l’été 2011. J’étais de retour en France, définitivement pensé-je, après trois belles années passées au Québec. Pour me changer les idées, j’étais allé rendre visite à un ami en Bretagne, après avoir pris les précautions d’usage, en emmenant avec moi un parapluie, trois boîtes d’anti-dépresseurs, et une paire de lunettes de soleil… pour dissimuler mes yeux rougis par cette météo déprimante. Contre toute attente, il avait fait beau durant la quasi totalité de mon séjour, et je m’étais même payé le luxe de revenir avec des coups de soleil. J’en avais profité pour faire un détour par le réputé festival des Vieilles Charrues, ce qui m’avait permis de vérifier qu’un Breton bourré et parfumé au vomis à 16 h, c’est pas une légende. Je me souviens de ces deux filles dans notre dos, alors que nous faisions la queue pour obtenir nos sésames. Outre une apparence rustique qui dénotait un conflit larvé avec la douche, les dames en question redonnaient toutes ses lettres de noblesse au verbe tituber. L’une de ces loques tenait dans une main une bouteille en plastique à moitié remplie d’un liquide suspect. Vu leur état déliquescent, la possibilité que ce soit de l’eau relevait de la pure foutaise. D’autant qu’il émanait de ce contenant une odeur elle aussi patibulaire, le genre à titiller l’odorat et à provoquer un Alcootest. Comment je le sais ? Parce qu’elles m’ont proposé de trinquer avec elles et que cette promiscuité soudaine m’a permis de faire connaissance avec leur haleine festive, et je suis poli ! J’aurais pas mis ma langue et encore moins ma queue dans leur bouche, c’est vous dire !

Mais revenons à ce qui m’amène à vous évoquer la Bretagne, qui ne vaudra jamais la Normandie (des raisons familiales m’obligent à être aussi obséquieux qu’un animateur québécois, mon beauf revendiquant un pedigree normand). Un jour, l’ami à qui je rendais visite de mon plein gré a tenu à m’impressionner en me faisant découvrir un commerce de glaces proposant une trentaine de parfums, si je ne m’abuse. Bref, il y avait l’embrassas du choix, dans le sucré comme dans le végétal, puisqu’on pouvait déguster des assortiments à base de tomates et de choux, entre autres curiosités… Quantité et originalité se disputaient la faveur de cette enseigne ayant pignon sur la mer. Moi, c’est la lavande qui avait titillé ma curiosité, que je décidai de marier à deux saveurs plus classiques, comme si j’avais senti venir le mauvais coup. Même la couleur était une invitation à la gourmandise.

C’est une fois en bouche que le rêve s’est brisé. Pour faire court, c’est comme si j’avais croqué dans un de ces blocs désodorisants que l’on place dans les urinoirs pour évacuer les odeurs de pipi frelaté. Aussi fort en bouche. Une horreur ! Exit cette délicatesse qui avait embaumé mon esprit avant les présentations, cette élégance que je comparais, peut-être un peu hâtivement, aux bonbons à la violette. Je me faisais une telle joie de planer sur cette fragrance synonyme de vacances que la chute a été rude. Imaginez : de la plage aux chiottes. Brutal, j’vous l’dis !

J’ai juré ce jour-là de ne plus manger de crème glacée à la lavande.

Vanille-chocolat, y a qu’ça d’vrai !

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2 replies »

  1. Toujours tellement plaisant de te lire Olivier. Tes expressions colorées sont toujours savoureuses et assurément plus délicieuses que la glace à la lavande !
    Tu me fais sourire si souvent qu’à chacune de tes publications j’ai hâte de prendre un temps d’arrêt pour savourer tes écrits.
    Juste un petit merci donc en ce matin gris du Texas.
    Carole

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