Zombieland

Underworld Zombies---www.sjarre.com.ar-

À chaque fois, ça me fait le même effet. Je pénètre dans la rame de métro et je sursaute, enfin presque. Je crie même dans ma tête, ce vaste champ battu par les vents d’une imagination que je ne contrôle pas toujours…

Aujourd’hui, à ma droite, il y a avait cette fille au teint cireux, avec des cernes qui lui tombaient sur les joues. J’ai cru qu’elle faisait de la rétention de larmes. La tristesse incarnée, les couleurs en grève, un concerto de blues à elle seule. Je me suis dit que si je la touchais, j’allais être contaminé, me dégonfler comme un ballon de baudruche et partir en sifflant, ricochant contre les parois de notre train fantôme.

Je vous jure que parfois, ça fait peur, le métro de Montréal. Si je prends en exemple cette fille dépressurisée, c’est parce que j’ai bien cru qu’elle allait se transformer en zombie, qu’elle avait atteint la dernière étape de sa mutation, d’où cet état léthargique qui ne présageait rien de bon. Je me suis dit : « Dans 5 minutes, elle va hurler et se précipiter sur un crâne au hasard pour lui dévorer la cervelle. » J’imaginais du rouge dans ses pupilles atones, ce qui aurait eu le mérite d’insuffler un peu de vie à ce corps ballotté et mutique.

Si je m’auto-analyse, je mets ce qui précède sur le dos de mon accoutumance à la série The Walking Dead, où l’on apprend entre autres qu’il n’y a aucun danger à consommer de la viande avariée. Oui, c’est comme ça : chez les zombies, on ne regarde pas la date de péremption, on mange, un point c’est tout. Aucun besoin de se motiver en pensant à tous ces gens qui crèvent de faim. De toute façon, un mort-vivant a toujours la dalle, et c’est bien là le problème. Et tout ça sans prendre un kilo ! Je les maudis.

Tout ça pour dire que dans le grand intestin chaud de Montréal, les gueules d’outre tombe font partie du cadre, de la composition tombale. Si vous aimez les natures mortes, vous serez comblés ! Le genre de tronches qui peut vous faire divaguer, vous enfoncer un peu plus si vous avez le moral dans les chaussettes, ou au contraire vous faire sourire, un mécanisme de défense comme un autre. Il m’arrive de me pincer les lèvres, lorsque, le matin aux heures de pointe par exemple, je me retrouve compressé entre un gros barbu et une brune plantureuse… Le métro nous enseigne la proximité et le mélange. Le partage aussi. Votre voisin a décloisonné une flatulence ? Elle est pour vous ! Même pas besoin de secouer le drap. Direct dans vos narines ! Vous avez envie de lire ? Eh bien profitez du journal que feuillette un de vos siamois (je vous jure qu’il y a des moments où l’on croit qu’un autre corps a été greffé au vôtre).

On croise aussi, je ne vous apprends rien, beaucoup de gens bizarres dans un métro. Je repense à cet Anglophone rasta qui s’est mis à prêcher bruyamment dans la voiture où je me trouvais. Un peu comme ces prédicateurs qui haranguent des harengs sous perfusion, abêtis par des croyances exotiques. Le mec, il vociférait sur un ton apocalyptique. Sur le coup, je l’ai pris pour moi. Je me suis mis à penser que Dieu me grondait à travers cet hurluberlu, qu’il me reprochait mon laxisme en matière de ménage, comme s’il était possédé par ma mère…

Remarquez, ce jour-là, il a mis de la couleur dans un espace que je croyais vidé de son humanité. « Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière », a écrit Audiard. En plein dans le mille !

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