Lettre à un automobiliste aveugle

Cher connard (ça commence bien),

Je m’adresse, à travers toi, à tous ces automobilistes qui ne respectent pas les cyclistes. Aujourd’hui, j’ai tendu le bras gauche pour t’informer que j’allais tourner… à gauche (tiens donc !). J’aurais pu, il est vrai, m’autoriser une petite farce en tendant le droit, mais j’avoue ne pas y avoir pensé dans la précipitation. Joueur mais pas téméraire. Malgré cela, tu as failli m’écraser, enfin j’exagère un peu, mais disons que tu n’as pas tenu compte de cette gestuelle propre aux vélocipèdes.

Visiblement, tu n’es pas au courant des us et coutumes chez nous, tu n’as pas fait de mise à jour. Je te rappelle que l’homme a inventé la roue il y a fort longtemps, et que ma présence devant toi découle en quelque sorte de cette création géniale et très pratique il est vrai. Je renchéris en t’informant, et la précision est importante, que les vélos ne sont pas pourvus de clignotants, d’où cette technique du bras tendu (à ne pas confondre avec le salut hitlérien) qui vaut ce qu’elle vaut. Je sais, tu vas me prétendre le contraire, et je vois où tu veux en venir, petit pinailleur que tu es ! Mais laisse-moi ajouter que les deux-roues auxquels tu fais sans doute référence et qui n’ont pas recours au bras tendu sont communément appelés des scooters ou des motos, qui roulent un peu plus vite que nous. Même sous l’emprise d’une drogue extrêmement forte, ou poursuivi par une meute de musulmans affamés à la fin d’une journée de ramadan, je ne pense pas pouvoir rivaliser avec ces engins.

Tu vois, quand je tends le bras comme je l’ai fait plusieurs secondes avant de bifurquer de ma trajectoire jusqu’alors exemplaire, ce n’est pas pour mimer un L inversé avec mon corps ou te demander à toi de tourner à gauche. Ce n’est pas non plus pour aérer mes dessous de bras, mettre en évidence mon triceps saillant ou la marque de mon bronzage (oui, le cycliste a une prédisposition au ridicule, surtout s’il est amateur de natation). 

C’est, et je le répète, pour t’indiquer que le bonhomme qui pédale devant toi t’informe de faire attention et donc de ralentir, ou du moins de prendre en considération cet appel de l’aisselle si je puis dire.

Et ne viens pas me dire que tu n’as pas vu mon bras tendu. À vue d’œil, il doit faire un bon mètre, ce qui est suffisant il me semble pour être vu de loin, en tout cas à une distance raisonnable. Oui, je sais, des bras de 3 mètres seraient plus adéquats dans ce cas de figure, mais avoue que ce serait non seulement disgracieux, mais aussi incompatible avec la conduite d’un vélo. Un skate, je dis pas, mais un vélo…

Voilà ce que j’avais à te dire, à toi l’inconnu qui ne lira jamais ce texte. Et pardon pour le « connard » de tout à l’heure, mais vous n’avez pas le monopole de la grossièreté.

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1 reply »

  1. Cher cycliste,
    Je me suis reconnu, et très bassement et anonymement, je tenais à m’excuser. Je sortais d’une séance de Mad Max avec mes nouvelles amies, je téléphonais, et cherchais un endroit pour mettre mes cendres quand tu as tendu le bras que je n’ai pas vu.

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