Paroles de jeûne…

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Une partie de notre festin, qui s’est achevé avec deux desserts, dont une délicieuse salade de fruits…

Oui, je l’ai fait, j’ai fait le ramadan. Enfin une journée. Par solidarité et ouverture d’esprit. J’ai pas eu à me forcer, je suis comme ça. J’étais curieux aussi de tester une nouvelle expérience. Pour se lancer dans pareille aventure, il faut pouvoir compter sur un Musulman. Moi, j’en avais un sous la main. Un Marocain. Nabil. Pas très suédois tout ça. Je dois cette rencontre à une amie québécoise qui l’a un jour commandé dans un catalogue pour femmes en quête d’exotisme. Depuis, ils ne se quittent plus. Lui, c’est le Musulman salade niçoise, puisqu’il est natif de cette région du sud de la France célèbre pour sa promenade des Anglais, raison suffisante pour que je n’y foute jamais les pieds. 😉

J’ai appris par hasard qu’il était pratiquant, et donc qu’il respectait le ramadan à la lettre. J’avais en préambule prévenu ma mère de mon projet, qui en a conclu que j’allais me faire pousser la barbe et partir guerroyer contre les impies. « Si tu pars en Syrie, je te renie ! », m’a-t-elle mis en garde en se marrant à moitié. J’avoue y avoir pensé à cause des vierges promises si tu deviens un martyr. J’avais en effet pesé le pour et le contre avec les sites de rencontres, où cette probabilité est loin d’être garantie. Mais revenons à Nabil, qui est à peu de choses près comme bon nombre des gens de son obédience : souriant et accueillant, malgré un soutien inconditionnel à Marseille qui a le don d’agacer les Parisiens (têtes de chiens) et affiliés. En bon Musulman, il m’avait donné quelques conseils avant le jour J, m’autorisant au passage à me mouiller les lèvres ou la tête en cas de forte chaleur, au grand dam des purs et durs. Je n’en fis rien, alors que Montréal connaissait une de ses premières canicules de l’été. C’était bien ma veine ! Je me suis toutefois autorisé une douche au réveil – je pouvais m’a dit mon coach – car je tenais à rester digne dans cette épreuve !

Là où j’ai tiqué, c’est lorsqu’il m’a communiqué les heures du lever et du coucher du soleil. Surtout le lever : 3h26 ! Visiblement, les Musulmans n’ont pas la même horloge que nous. Dans ma tête, et alors que l’été donne sa pleine mesure, le jour pointait le bout de son nez sur les coups de 5h, 4h30 grand max… Pas 3h26 ! Pour le coucher : 20h48 le jour où j’ai accompli mon premier jeûne du ramadan, soit lundi 13 juillet.

Je dois avouer avoir ressenti une légère appréhension la veille. La même que l’année de mon premier marathon à Paris, que j’avais terminé sur un nuage, acclamé par une foule en délire. Pour ne rien arranger, je me suis réveillé en pleine nuit, la gorge un peu sèche et la bouche pâteuse. Je me suis dit que j’avais peut-être encore le temps de me rafraîchir le gosier, une dernière fois. Mais c’était trop tard, mon réveil était sans pitié : 3h50. Merde… Ça commençait bien !

Le matin, pour résister à toute tentation, je suis resté plus longtemps au lit. C’est fou comme on se sent démuni sans son bol de céréales… En l’espace de quelques heures de sommeil, ma cuisine était devenue l’enfer incarné, et le robinet un suppôt de Satan ! Par chance, je travaillais ce jour-là. Je crois qu’il était important pour ce baptême du feu que je garde l’esprit occupé, l’oisiveté n’étant pas toujours bonne conseillère ! J’ai même fait une croix sur ma pause déjeuner à midi, histoire de rester confiné dans ma bulle. Rien ni personne n’aurait pu me faire dévier de ma trajectoire. Je prenais ma mission très à cœur.

La chaleur a été une alliée, dans la mesure où elle restreint la sensation de faim. Je n’en dirai pas autant de la sensation de soif, bien présente elle. Sous l’effet de la restriction, j’avoue avoir vu flotter des pintes de cidre pétillant devant mes yeux arides. À plusieurs moments de la journée, Nabil s’est informé sur mon état par SMS, ce à quoi je lui ai répondu, modestie vacillante sous le coup de la privation de nourriture et de liquides, que j’étais un warrior !

À 16h, je finissais de travailler et c’est là qu’il s’est produit un truc improbable. Une petite douleur au niveau de la vessie. Une envie de pisser ! Pas une goutte d’eau depuis des heures et j’allais uriner. En poudre, peut-être, mais j’allais uriner ! Mon organisme avait décidé de me déposséder de mes ultimes réserves, pas les plus saines je vous l’accorde… Faute d’activité, le temps s’est mis à ralentir brutalement. Une horreur ! Pour palier cette situation, je suis allé faire mes courses de la semaine. Quelle bonne idée ! Quelle bonne idée en effet de sillonner les allées luxuriantes d’un supermarché quand ton ventre crie famine et ton gosier Bretagne (la pénurie de flotte n’est pas pour demain dans cette région fortement alcoolisée). Un supplice ! Moi sado ? Peut-être…

En revenant chez moi, non sans avoir copulé olfactivement avec mes nectarines et mes pommes, j’ai reçu un autre texto de Nabil (il me lâchait pas, devait se faire chier lui aussi), me précisant que ramadan oblige, je n’avais pas le droit de me masturber, de regarder des vidéos pornos (même avec des animaux), et d’avoir des pensées impures en regardant avec trop d’insistance les fesses rebondies d’une inconnue dans la rue… Putain, pouvait pas prévenir plus tôt ! Par chance, aucune séance de plaisir solitaire n’était venue interrompre mon rythme de spartiate, et mon cloisonnement m’avait préservé de tout dérapage visuel. « Le désir, la tentation, le fantasme. Pas bon… », a-t-il écrit. Ils placent quand même la barre très haut les Musulmans, même si côté plaisirs de la chair, c’est Carême tous les jours en ce qui me concerne… 😉

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Le fameux Selecto, sorte de Coca-Cola maghrébin hyper sucré !

À 18h30, je prévenais mon ami de mon arrivée imminente. Le temps me rapprochait de la délivrance, mais les deux heures et des poussières qu’il restait au compteur me paraissaient une éternité. J’aurais vendu ma poupée gonflable pour un verre d’eau. La faim, curieusement, ne me tiraillait pas plus que ça, et pas un instant au cours de la journée mon estomac ne s’était laissé aller à quelques borborygmes suspects. Quand je suis arrivé sur place, Martine et Nabil s’affairaient dans la cuisine à mettre les petits plats dans les grands. Ils avaient visiblement décidé de m’en mettre plein la panse ! Ça sentait la bouffe, et chaque odeur pavait la voie à une libération toute proche. J’avais insisté auprès de mon ami pour avoir une rupture de jeûne traditionnelle, et je n’ai pas été déçu.

Vers 20h55, une datte et un cocktail à base de lait sont venus mettre fin à la diète. La suite ? Un festin ! Un mélange de sucré et de salé, un agglomérat de bouffe que l’ogre que j’étais devenu allait honorer à pleines dents, au mépris de l’élégance la plus élémentaire. Sans oublier le thé à la menthe, bien chaud, et le fameux Selecto, un ersatz de Coca-Cola que les Algériens, paraît-il, éclusent à fortes doses. Très sucré et un goût de bonbon dans la bouche… Un litre de cette mixture et tu finis diabétique.

Je suis reparti repu et content de mon expérience. En me glissant, l’espace d’une journée, dans la peau d’un Musulman, j’ai mesuré pleinement la valeur de cet effort que représente le ramadan, mais aussi la foi dont ils font preuve et qui impose le respect. Je parle ici de tous ceux qui à l’abri des regards encaissent sans broncher cette restriction, au nom de leur croyance et sans prosélytisme. Comprendre l’autre, c’est accepter et connaître ses différences, tâter un peu de son monde pour mettre de la lumière dans nos pensées un peu opaques. Par les temps qui courent, il n’est pas inutile de tendre une main ou une oreille…

Lorsque j’ai mentionné sur Facebook que je faisais le ramadan pendant une journée, certains m’ont dit que j’étais givré, fou, en se demandant sans doute quelle mouche m’avait piqué… J’ai répondu que j’étais solidaire, curieux, sain et ouvert d’esprit. Je sais désormais, contrairement à beaucoup, ce que peuvent ressentir les musulmans pratiquants. Tout le mérite revient à ces hommes et femmes qui respectent ce jeûne durant un mois, et certainement pas à l’auteur de ces lignes, qui s’est limité à une journée. Je ne suis ni mort de faim ni de soif, alors que ce n’est hélas pas le cas de tous sur cette planète. Il faut je crois savoir relativiser en toute situation…

Le ramadan restreint l’appétit mais ouvre les yeux. Et rien que pour ça, l’expérience valait pleinement d’être vécue et partagée.

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