Un pour tous, tous debouts !

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Une forme détournée et malsaine de la standing ovation. Le mec de dos, qui fait hélas encore des émules, l’a appliqué avec une efficacité effroyable dans des enceintes bondées qui ont propagé sa folie.

Il y a un truc dont je veux vous parler depuis fort longtemps. Ce truc, c’est la standing ovation au Québec.

Tout un programme ! N’importe quel immigrant y est un jour confronté, surtout s’il a atterri à Montréal, où le volume de spectacles en tout genre est assez faramineux.

À croire que l’ovation debout a été inventée par les Québécois. Ils la maîtrisent à la perfection, pratiquant le jusqu’au-boutisme avec une rigueur soviétique. Faites le test, vous ne serez pas déçu.

Autant dire qu’il y a comme un décalage quand on a appris à utiliser avec parcimonie, en tout cas avec raison, cette posture qui consiste à se lever comme un seul homme suite à une performance remarquable. En France, il est de tradition de réserver cette pratique à certaines situations, genre le chanteur s’est surpassé, est mort sur la scène après un show sensationnel… La standing ovation, c’est un peu le bouquet de fleurs que l’on jette à l’artiste en faisant claquer ses paumes avec ostentation. On y a également recours pour rendre hommage à un illustre personnage, ponctuer un discours enflammé et inspirant, afficher un soutien inconditionnel, ou encore pour saluer une séquence d’une telle émotion qu’elle vous arrache une larme, et parfois plusieurs, débordement lacrymal que les mâles tentent de dissimuler à leur chérie pour ne pas passer pour une fillette.

Oubliez toutes ces nuances au Québec ! Chez les cousins, c’est systématique. Le spectacle est terminé, et hop ! tout le monde debout, enfin presque, car il y a toujours des rebelles dans la salle qui tentent de protester contre ce réflexe à leur manière. On trouve aussi des gens, comme moi, qui vont résister plusieurs secondes, et finir par se lever, bien souvent il est vrai parce qu’ils ont la vue obstruée par tous ces moutons de Panurge. Ce mouvement de foule est d’une efficacité incroyable. C’est comme lorsqu’une personne émet quelques claquements de mains qui emportent l’adhésion, inspirant chez son auteur un sentiment de domination jouissif. Parfois, il m’arrive de penser, sourire en coin, qu’on devrait récompenser la personne dans le public qui se lèverait la première. Imaginez la compétition que cela engendrerait… On ne viendrait plus pour l’artiste, mais pour décrocher la victoire. On s’entraînerait des heures à se dresser le plus rapidement possible de son fauteuil à la maison.

Le problème, c’est quand il y a un rappel, autant dire souvent. À la fin du show, standing ovation. Rebelote à l’issue du premier rappel, etc. Bien entendu, les personnes très âgées (sur le point de passer l’arme à gauche) ou en fauteuil, les culs-de-jatte et les femmes enceintes jusqu’aux dents sont dispensés de ces exercices. Les personnes un peu enveloppées, en revanche, sont invitées à prendre part à cette gymnastique collective totalement galvaudée il faut bien le dire au Québec.

Une précision pour finir : on s’abstiendra bien évidemment d’acclamer un artiste après un show déliquescent ou carrément merdique. Car, pour le coup, à gesticuler de la sorte dans une salle dubitative, vous passeriez pour un con. Quoique débordant d’enthousiasme et ayant toujours à cœur d’encourager autrui, le Québécois se fixe tout de même des limites. Sa gentillesse et son hospitalité légendaires dussent-elles en souffrir…

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PS : pardonnez le décalage entre le propos léger de cette chronique et la noirceur de l’illustration. Mais par moment, il est bon de surprendre pour sensibiliser. Dans les temps agités que nous vivons, les extrêmes nous incitent à rester vigilants, histoire de ne pas redonner de la couleur à des images qu’on croyait jaunies…

 

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