Un vélo nommé Torture

Le gîte où j’ai pris l’habitude de me ressourcer. (photo : Olivier Pierson)

Dimanche 26 juillet – île Verte, dans le Bas-Saint-Laurent.

Pour mon 2e jour dans la municipalité de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, je décide de rendre visite à un de ses habitants. Gérald. L’hospitalité et la simplicité incarnées. Par le passé, c’est lui qui assurait la gestion et l’accueil du site des maison du phare, un gîte aussi rustique que confortable… En 2013, il a passé la main. Il travaille désormais sur la terre ferme, mais a conservé sa maison dans ce petit coin de paradis, où il vient souvent passer ses week-ends avec femme et enfants.

La veille, je m’étais mis en tête d’aller marcher un peu. « Un peu », ça veut dire 4 heures. J’en avais profité pour calculer le temps qu’il me fallait de mon lieu d’hébergement à son domicile, soit environ 1h30. Donc trois heures pour un aller-retour. Au lendemain d’une virée épuisante, j’avais fait le deuil d’une nouvelle échappée à pied…

Le vélo, c’était pas dans mes plans au départ, mais Jocelyn, qui épaule sa conjointe Blandine dans l’accueil des touristes – avec tout ce que cela implique (préparation des petits-déjeuners, des chambres, etc. – m’a offert gentiment d’utiliser un de leurs bicycles. Deux plus exactement, un bleu et un rouge. Visiblement, le premier pétait la forme, il était dans la fleur de l’âge aurait-on dit pour un humain. Il toisait le second, avec son allure de vétéran. Il était devenu le petit vieux que plus personne ne remarque… Même chez les vélos, le poids des années est sans pitié.

Rouge = pas bon

L’idéal aurait voulu que je dévore les kilomètres avec le bleu. Sauf que le bleu était déjà réservé. Va pour le rouge donc. Je me dirige vers lui d’un pas décidé. Jocelyn m’avait prévenu que la roue avant était un peu voilée, sans pour autant me décourager de partir en vadrouille avec lui.

J’ai commencé par un rapide état des lieux, à commencer par la vérification des pneus. À l’avant : rien à redire. C’est l’arrière qui posait problème. En général, quand tu appuies dessus avec ton pouce et que ce dernier atteint presque la jante, tu sais que la chambre à air a un besoin urgent de tonus, mais aussi que tu vas devoir mouliner davantage. Bref, tu vas souffrir. Aucune pompe n’étant à disposition, j’ai dû faire avec.

Autre problème de taille : la selle, enfin je veux dire son réglage. Idéalement ajustée pour un enfant ou une personne de petite taille (genre ma mère). Je vous invite d’ailleurs à faire du vélo avec un pneu arrière quasiment à plat et une selle qui est un remède contre le vertige. De quoi on a l’air ? Faudrait demander ça à l’autochtone que j’ai croisé en chemin et qui m’a souri. Un sourire que j’ai mis sur le compte de l’hospitalité locale, refusant d’imaginer qu’il se foutait juste de ma gueule (ce qui était plausible vu ma posture). Pour donner un peu de piquant à votre virée, vous pouvez aussi, comme moi, vous aventurer sur un sentier boueux, avec projections de crottes en pleine face et dans le dos incluses (bien fait de mettre un haut noir moi). 

Dès les premiers coups de pédale, j’ai compris… J’ai compris que j’étais bon pour une petite suée. En chemin, j’ai aussi remarqué que mon compagnon de route était affligé d’un problème de peau appelé rouille. Une sorte d’eczéma qui confirmait la santé chancelante de ce deux-roues pétri de rhumatismes. Et puis tiens, tant qu’à faire, le guidon n’était même pas droit. Ça commençait à faire beaucoup… Je vous avoue avoir cru qu’il allait me claquer entre les mains le vioc !

Frein avant actionné = grosse honte

Est arrivée cette côte dont je redoutais la montée, au point de pleurer intérieurement comme une madeleine (ça pleure une madeleine ?). Un mur devrais-je dire, que la pluie des derniers jours avait rendu incertain et assez hostile, surtout pour un VTT en état de décomposition avancée. Autant dire que que j’ai mis pieds à terre sans chercher à combattre. J’ai bien fait. Sur un plan pédestre, cette montée était déjà éreintante (testé et approuvé), alors sur le dos d’un zombie… Une fois au sommet, j’ai repris ma position assise. Quelques secondes plus tard est apparue la première descente. Yes ! Assez raide merci bien ! Pas question donc de rouler à tombeau ouvert avec la monture qu’on m’avait filée. C’est là que j’ai activé les freins et entendu ce bruit. Sur le coup, j’ai cru entendre une corne de brume, ce qui était plutôt raccord avec le décor maritime des lieux. Disons que j’en n’étais pas loin. De quoi effrayer la faune à 5 km à la ronde. C’est surtout le frein avant qui hurlait de la sorte. Mon biclou me faisait la totale ! L’autre, plus silencieux, n’était pas parfait pour autant : il se contentait de ralentir, mais pas de freiner!

Autant dire que ce vélo était une épave, ou qu’il en prenait doucement la direction. Plus tard, lorsque Gérald m’a offert un lift pour le retour, j’ai dit oui sans hésiter. Il faut dire que la pluie battante dehors m’avait un peu forcé la main. Et puis la perspective d’enfourcher à nouveau qui vous savez a été la goutte qui a fait débordé le vase de ma démotivation…

Si un jour vous dormez à l’auberge du phare de l’île Verte, ne prenez pas le vélo rouge. Je vous aurais prévenus…

– Leur page Facebook –

IMG_8526

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s