Retour sur terre…

Dans la vallée de la Matapédia, réputée pour ses rivières à saumon, les ponts couverts font le bonheur des photographes.

Voilà, c’est fini. Fini le beau voyage de presse, les beaux paysages, les belles rencontres. C’est triste de revenir en ville quand on a été choyé par le Québec maritime. Autant à l’aller on a tendance à appuyer sur le champignon, autant sur le chemin du retour on ralentit la cadence. Moi, j’ai emprunté la route 132 jusqu’à Québec avant de bifurquer vers l’autoroute 20. Un classique quand on veut prolonger le plaisir. On traverse quelques beaux villages, à commencer par Kamouraska, avec le Saint-Laurent sur le siège passager. Au moment de la séparation, on ressent comme un petit pincement au cœur. On fait le deuil, en quelque sorte. 

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Percé, un classique de la Gaspésie… mais toujours le même plaisir !

Comme en 2012 (la Côte-Nord en moins), j’ai effectué le tour de la Gaspésie, avant d’achever mon périple dans le Bas-Saint-Laurent. Quand on arrive dans cette région, l’air n’est plus le même, les relations humaines non plus. Tout est plus simple, les distances paraissent soudain moins longues. La boucane de la ville a fait place à celle des champs, où les narines se prélassent. Le sel est à l’honneur et l’atmosphère sent le large. Quand vous respirez, c’est tout votre corps qui hisse les grandes voiles. Vous devenez le capitaine de pensées sans attaches, vos voguez vers l’aventure sur un bateau qui fend une mer de bitume avec des bourrasques d’essence.

Moi, mon voyage, je l’ai aimé, humé, dévoré, avec ce sentiment de redevenir moi-même dans ce Québec marin qui s’accroche à votre mémoire comme une moule sur un rocher. Si je devais vous raconter cette nouvelle histoire, voici les chapitres que je pourrais aborder :

Une fois encore, la nature m’a fait de belles offrandes. Ma virée en kayak de mer dans le parc Forillon fut magique à plus d’un titre. Tout était réuni ce jour-là. La météo, splendide, l’encadrement – merci à Cap Aventure et notre guide Vincent Gaillard – et l’accueil réservé par cet animal curieux pourvu de moustaches qui nous émerveille à chacune de ses apparitions. D’abord éparses, les têtes de phoques ont fini par devenir plus nombreuses à la surface de l’eau, à mesure que l’on s’approchait de la colonie, nos regards navigant entre les mammifères avachis sur les rochers et ceux qui faisaient trempette. Et puis ce coucher de soleil parachevant notre escapade. Au milieu de cette baie (celle de Gaspé) parmi les plus belles du monde, les pupilles dirigées vers ce spectacle de toute beauté. Je vous assure que dans ces moments-là, plus rien n’existe autour de vous. C’est le moment présent dans toute sa splendeur, du bonheur bodybuildé.

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Terrasse improvisée sur l’île aux lièvres, avec le concours d’une chaise échouée sur les berges…

L’île aux Lièvres fut une autre belle découverte. Je ne jurai jusqu’à présent que par l’île Verte, mais je dois avouer que ce territoire situé à un quart d’heure en bateau de Rivière-du-Loup m’a fortement séduit, en particulier pour son caractère sauvage, la présence humaine se résumant aux va-et-vient des touristes qui viennent profiter des lieux quelques jours, en mode camping, auberge ou chalets… Sur cette île gérée par la Société Duvetnor, l’heure est à la sensibilisation à l’environnement. Sur place, plusieurs sentiers permettent de faire connaissance avec cette île d’où l’on peut aisément observer le phoque ou le béluga, une espèce menacée de disparition… Alors que je ne m’y attendais plus, et que mon séjour tirait à sa fin, ces derniers m’ont d’ailleurs offert un joli cadeau, à quelques centaines de mètres de l’anse où j’avais établi, pieds dans l’eau (glacée), mon petit havre de paix (voir photo). J’ai d’abord entendu leur souffle, de manière si distincte qu’ils m’ont semblé proches. Et puis j’ai vu leur robe blanche, qui se détachait sans mal des eaux sombres du Saint-Laurent. J’ai assisté à un véritable défilé, aux premières loges grâce à ma paire de jumelles. Un ballet. D’abord une dizaine de spécimens, parfaitement synchrones dans leur mouvement sinusoïdal, comme à la parade. Et puis quelques minutes plus tard, un nouveau troupeau… J’étais aux anges, je dégustais ce moment béni. Je garde en mémoire le bruit de ce souffle brisant le silence herculéen de ce décor hors du temps… 

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Ambiance vieille époque aux Jardins de Métis, où l’on joue chaque été la Symphonie des couleurs…

Ma nuit passée dans un des chalets sur roue et écolo du Domaine Floravie, au Bic, a aussi laissé une empreinte sur ma pellicule. Un petit air du sempiternel « Ma cabane au Canada », avec une agréable odeur de cèdre pour entamer la visite. Celle qui vous happe les narines quand vos pénétrez dans ces petites unités où tout a été pensé, jusque dans le moindre détail, pour préserver l’environnement, comme ces toilettes à compost que j’utilisais pour la première fois. C’est à la nuit tombée que ce site géré par Donald Lebel abat son plus bel atout : le coucher de soleil ! Faut dire que le Bas-Saint-Laurent collectionne les pépites dans le genre. Le soir de ma visite, j’ai sans doute assisté à l’un des plus beaux crépuscules depuis que j’ai posé mes valises au Québec. Alors que le dieu des astres regagnait sa chambre d’un pas nonchalant, le ciel s’est mué en cocktail. Je sirotais des couleurs exotiques avec des yeux gourmands. Je crois qu’on ne peut rêver meilleur enterrement que ce requiem… À croire que sa dépouille nourrit des vers multicolores…

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Rustiques, confortables et écolos les chalets sur roue du Domaine Floravie !

J’ajouterai à ma liste les Jardins de Métis, qui valent incontestablement le détour, au même titre que la Villa Estevan, son restaurant. Sur ce site d’une beauté aristocratique, les fleurs s’épanouissent parfois dans les assiettes. On les déguste après les avoir contemplées, un peu comme une femme quand votre cœur transi se met à table… La bouffe arrive sous votre nez dans ses habits du dimanche, et vous dégustez l’offrande avec la satisfaction béate d’un épicurien surpris d’être encore surpris. Le décor, mélange de finesse et de sobriété, apporte son écot à la gourmandise du moment. Pour digérer, il faut aller flâner dans les allées fleuries de ce petit paradis à la mise en forme plus anglosaxone que française, entendez par là que la nature s’ébroue sans réelle contrainte… Et puis il y a le directeur, Alexander Reford, dont le code vestimentaire est à l’image des Jardins, entre décontraction et élégance. Courtois et sympathique sous des dehors austères. Il arrive parfois que la première impression ne soit pas la bonne, et je le range dans cette catégorie. J’aime ces personnages qui ne se donnent pas au premier venu, qui jaugent avant de lâcher un peu la bride, quelques sourires semés ici et là faisant foi de cet « autre » qui se mure derrière une carapace en forme de bouclier…  Je lui dois en tout cas la belle découverte de Métis-sur-Mer, où niche un café savoureux dont j’ai déjà parlé ici, ce qui a valu à ce blog une belle fièvre visiteuse ! Et rien que pour ça, Mister Reford (à un D près il déclenchait une émeute) mérite une place entre ces lignes, avec estime mais sans flagornerie…

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Un air de bout du monde à Gaspé, dans le parc Forillon…

Bien évidemment, il y a eu des tas de belles rencontres, même éphémères, au cours de ma petite odyssée… On a toujours peur d’en oublier dans ces cas-là, mais sans vouloir faire ombrage aux autres interlocuteurs, je me dois de mettre en avant Michel Queenton, de Parcs Canada. Il fut mon guide durant toute une journée. Une agréable rencontre, et j’ai cru comprendre que cela avait été réciproque. Je dois à cette personne bonhomme une des plus belles vues du parc, au sommet d’une tour battue par les vents. Où que l’on regarde, on est cerné par la mer, on est au bout du monde (c’est d’ailleurs la signification de Gaspé, un mot de racine amérindienne). Je dois reconnaître le professionnalisme et le sens de l’accueil des guides de Parcs Canada, comme j’avais déjà pu le constater à Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, il y a trois ans, alors que je visitais l’archipel des îles de Mingan, un des joyaux de cette région sauvage et rupestre. Je pourrais citer aussi Alan Côté, l’homme derrière le renommé festival en chanson de Petite-Vallée. La passion incarnée et une gueule de rocker… Ou encore Yvan Whittom, qui m’a permis de découvrir en primeur – précédé seulement de géologues canadiens mandatés par l’UNESCO – ce site d’un intérêt géologique remarquable sur le mont Sainte-Anne, baptisé « la forêt magique », dans les environs de Percé. On se serait cru dans un décor imaginé par Tolkien, voire sur une parcelle du territoire des Hobbits !

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Un aperçu de la “forêt magique“ à Percé… Un vrai décor de cinéma !

J’ai achevé mon petit périple (quelque 2 500 km en 8 jours tout de même) par une visite – trop courte – du savoureux village de Kamouraska. Un must-do, un must-see, le genre d’endroit à convertir un paresseux à la marche. Car il faut descendre de son véhicule pour apprécier tous les charmes de cette localité si pétillante durant la belle saison. C’est coloré, authentique et plein de ressources. Je pourrais vous conseiller le Café-bistro Côté Est – pour sa superbe terrasse notamment et le cachet de cet ancien presbytère -, la Fée Gourmande, où la formule Couette et chocolat fait un malheur – je recommande fortement la tartinade de caramel, un véritable péché ! -, la boulangerie Niemand – autre arrêt obligatoire dans cette localité – ou encore le magasin général, où convergent les fins gourmets et les amateurs de vieux objets…

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L’antre du festival en chanson de Petite-Vallée. Une institution pour les amoureux de musique francophone…

Les amateurs de macarons avaleront quant à eux quelques kilomètres de plus, à La Pocatière plus précisément, chez Pâtisseries & gourmandises d’Olivier. Ne vous étonnez pas si vous y voyez une tour Eiffel et entendez un drôle d’accent. Les gérants, Olivier et Sandrine Duplessy, sont français, originaires de Paris… Des globe-trotters qui ont fini par adopter le Québec. Parmi les délices proposés sur place, impossible de ne pas croquer dans leurs macarons pur beurre qui se déclinent en 19 parfums, dont un lime-basilic aussi surprenant que délicieux. Ils finissent leur transhumance dans un emballage rose qui est un clin d’œil à Dior, dont Sandrine, passionnée de mode, est une admiratrice, au grand dam des finances familiales…

Ces 8 jours de virée auront été à l’image de la météo ensoleillée qui ne m’a pas lâché d’une semelle. D’où ce retour assez lent sur la 132, les fenêtres de ma voiture bien ouvertes pour profiter des derniers embruns.

La mer, on se jette dans ses bras, sans se soucier de ce moment pénible où il faudra s’en libérer. Comptez sur le Québec maritime pour vous le rappeler…

Photos  : Olivier Pierson.

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C’était un soir à Bonaventure… La Baie des chaleurs n’a jamais aussi bien porté son nom !

 

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