Au Chant du Coq…

L’hospitalité, vous connaissez ? C’est ce mot si agréable à lire et à écouter, et davantage à vivre… Certaines personnes excellent dans cet art de l’accueil. Chez elles, c’est inné, ça leur coule dans le sang. On la déguste à travers une poignée de main, une porte laissée ouverte, ou juste un sourire… Au Québec, il existe une région où elle semble avoir été inventée : le Bas-Saint-Laurent. Ce n’est pas une légende, juste un constat que la réalité entretient. Beaucoup vous le diront : les gens y sont chaleureux.

L’Île Verte regorge de cet oxygène si bon pour la santé. Le climat est propice à toutes sortes de rencontres, du biologiste passionné et passionnant qui a construit de ses mains un musée du squelette fascinant, à l’artiste peintre qui vous narre son enclave du bout de ses pinceaux, en passant par cet insulaire sans cesse en mouvement que le hasard a un jour mis sur ma route…

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L’extérieur est pas mal non plus !

Il se prénomme Gérald, et dans sa famille (les Dionne), l’île Verte est une vieille connaissance. Disons que ce patronyme a semé quelques générations sur cette terre d’estuaire rythmée par les marées. Gérald, je l’ai connu pendant un reportage. Il accueillait ce jour-là une meute de journalistes, dont une tripotée de Belges sympathiques (pléonasme). À l’époque, il veillait encore au bon fonctionnement du gîte des maisons du phare, incontestablement un des joyaux de la municipalité de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, qui a élu domicile sur l’île. L’air y est souvent plus frais et le vent rarement aux abonnés absents, mais on y revient pour ses sublimes couchers de soleil et cette ambiance de bout du monde qu’on ressent au pied de sa vieille lanterne. J’avais à peine débarqué du traversier que je m’étais senti chez moi. Gérald m’avait tendu les clés d’une de ses voitures, ou en tout cas ce qu’il en restait. Disons qu’elle faisait la job comme on dit ici. Je n’aurais pas fait le tour de l’Amérique du Sud à son bord (en tout cas pas sans assurance), mais pour faire le tour de cette petite enclave, ça suffisait amplement.

Gérald, c’est la simplicité incarnée. La gentillesse aussi. Faut dire que ces deux-là s’entendent comme larrons en foire. Pendant longtemps, il a vécu sur ce confetti d’à peine 15 km de long qui l’a vu grandir, avant de décider, il n’y a pas si longtemps, de déménager sur la terre ferme, pour permettre notamment à ses enfants d’aller à l’école plus facilement. Mais il a conservé la maison familiale, celle de ses grands-parents, avec son âge respectable (150 ans) et une partie de sa façade d’un rouge éclatant. Quand lui et son clan ne viennent pas s’y lover durant les week-ends, la belle bâtisse se transforme en gîte, au grand bonheur des visiteurs. Pourtant, quand on approche de cet écriteau où apparaît « Au Chant du Coq », on remarque d’abord, sur la gauche, un bâtiment imposant qui semble sur le point de s’effondrer. Il abrite de vieux appareils électroménagers et quelques meubles défoncés, ainsi que du matériel agricole accusant lui aussi le poids des années.

À peine entré et on est déjà conquis...

À peine entré et on est déjà conquis…

De l’extérieur, la maison de Gérald a fière allure. Elle sent bon la campagne. Il faut monter quelques marches pour faire tomber les barrières de l’inconnu. Le charme opère toute de suite. Pour utiliser une métaphore grivoise, disons qu’il vous prend sur la table sans passer par les préliminaires. La séduction débute par un couloir d’entrée lumineux qui domine le fleuve, et dont le plancher s’enorgueillit sous les effets du soleil. Le rouge de la porte jure avec l’encadrement jaune des fenêtres. Le cadre rêvé pour boire le silence et se perdre dans un bouquin.

Il y a un mot qui décrit cette bâtisse : authentique. Sans doute une des plus belles de l’île. Dire qu’elle respire le vécu est un euphémisme. Du sol au plafond en passant par la cave, la maison suinte les souvenirs, déploie ses rides et ses imperfections sans complexe. Les propriétaires ont su préserver son âme avec une déco qui fait l’apologie de l’ancien et du rustique et rendrait jaloux un antiquaire. Une fois dans le salon, on a compris. On mesure l’implication des gérants pour vous rendre la vie belle. On les envie aussi de posséder un endroit pareil. À l’étage, les chambres font aussi dans le voyage temporel. Pour y voir plus clair le soir, il faut tirer sur une ficelle pendouillant sous la lampe. Idem dans les toilettes de la taille d’un cagibi, où le bois accomplit sa mission réconfortante avec brio. Le genre de cachette qui vous incitent à la lecture.

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L’intérieur est chaleureux et rustique….

Mais ce n’est pas tout, car en contrebas de la maison, il y a un chalet. Un chalet plutôt banal vu de l’extérieur. Rien pour vous inspirer des « OH ! » et des « AH ! », voire des larmes d’esthètes. Le coup de foudre intervient là encore entre les murs, avec toujours cet équilibre réussi entre le confort et le champêtre. On pensait avoir été conquis avec la maison, mais on la trompe à quelques centaines de mètres de là, on apprend la versatilité dans les bras de cette femme fatale, le décolleté de sa terrasse donnant sur le fleuve. Une dernière estocade. La séduction a accompli sa jolie besogne.

Outre son nom – du genre à faire bander un Français (cocorico !) – Au Chant du Coq reflète la beauté environnante à la perfection. On quitte cette demeure à reculons, et il n’est pas rare de prendre en photo ce petit coin de paradis. Si on peut la louer durant l’hiver ? Eh bien oui, figurez-vous ! Et il paraît d’ailleurs que l’île verte promet une toute autre ambiance sous la neige, proximité humaine décuplée par la rigueur du temps. Vous constaterez alors, dès votre arrivée sur le quai, que je ne vous ai pas menti, surtout si Gérald vient vous cueillir sur place.

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Certaines pièces du mobilier renvoient à une autre époque…

Et si sa maison est déjà réservée, ne baissez pas les bras. Il existe à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs d’autres endroits où vous vous sentirez comme chez vous, à commencer par La Mijotée. On reste dans la famille puisque la maîtresse des lieux, Hélène, n’est autre que la sœur de Gérald. Deux chambres sont disponibles dans cette autre bâtisse ancienne où vous croiserez sans doute Marco et son rire rabelaisien. Un matelot (il intervient sur le bateau qui relie l’île à la terre ferme) qui manie la tapette à mouches avec dextérité, et qui déborde de cette simplicité qui fait l’essence des gens du coin. Et sa moitié ? Comme lui ! Pas la dernière à se marrer et de bonne compagnie.

Avec de telles rencontres, on oublie qu’il y a un monde qui va trop vite de l’autre côté, et l’on est reconnaissant aux marées de nous embrigader dans ce cocon dont l’isolement apparent cache une belle liberté…

(Je dédie cette chronique à Pierre-Henri Fontaine, l’homme derrière le Musée du squelette, qui a perdu son fils récemment dans un accident d’hélicoptère.)

Le site du Chant du Coq si des envies de réservation vous titillent l’esprit.

Le site de La Mijotée.

Le site pour tout savoir sur cette île merveilleuse.

Photos : Éric Berteau.

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