L’igloo a fondu

 Il y a trois ans, cette native du quartier de Limoilou, à Québec, écrivait une première chanson sur sa solitude. Aujourd’hui, le fantôme errant a laissé place à une artiste courtisée…

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C’est l’histoire d’une fille qui jure dans les poncifs de la mode, une fille qui a quitté l’anonymat de manière brutale. Une fille qui, hier encore, se demandait de quoi son avenir serait fait, engoncée dans sa solitude, et qui découvre aujourd’hui les joies et les contraintes de l’exposition médiatique. Cette fille, c’est Safia Nolin.

Atypique par nature

Vingt-trois printemps sous son petit chignon, une personnalité sans filtre, une démarche nonchalante, un rire franc et une grosse paire de lunettes rondes et noires sur le nez.  Ah, et aussi, quand je l’ai rencontrée, un trou énorme laissant apparaître son coude droit à travers sa chemise de bûcheron. Une atypique, dans le sens attachant du terme. Le genre à ne pas faire de compromis sur sa façon d’être. Un statut qu’elle assume : « Je trouve ça vraiment cool d’être à part, je ne voudrais jamais me fondre dans la masse. Je suis comme ça, c’est tout… » Voilà pour la mise au point.

Confessions intimes

7bccf8045097bceb14a468820041d381Son premier album, Limoilou, a tout de la mise à nu. C’est même une thérapie, comme un pansement posé sur des blessures passées. La protégée de l’écurie Bonsound y raconte des choses très personnelles, dans un registre mélancolique où elle se sent parfaitement à son aise. « C’est la seule chose que je suis capable de faire, et j’ai besoin de faire ça. » Sans pour autant se complaire dans le glauque ou l’obscur. Loin de pousser au suicide, l’ensemble, minimaliste dans ses arrangements, s’écoute d’une traite, s’apprécie comme une balade. C’est doux à l’oreille, automnal et vaporeux, avec la guitare comme fil rouge et cette voix de porcelaine qui charrie le sensible avec délicatesse. Avec Safia, la séduction ne s’embarrasse pas du superflu. « Moi + mes émotions », résume-t-elle à propos de ce disque réalisé par Philippe Brault, un des personnages clé de sa jeune carrière, qu’elle recouvre de fleurs au doux parfum d’éloge, en mettant notamment en exergue ses qualités humaines. De ces rencontres qui redonnent du lustre à une trajectoire déliquescente…

Et puis il y a sa mère. Celle qui, ivre de fierté, arrose de commentaires les statuts de sa progéniture sur sa fan page. Comment ne pas en parler ? Car Safia lui doit une fière chandelle. On le sait : c’est elle qui l’a forcée à s’inscrire à l’École de la chanson de Grandby, avec la suite que l’on connaît, à une époque où l’auteure-compositrice-interprète traînait comme un boulet son manque de confiance. « Je venais juste d’écrire une toune, et je me disais que ça n’avait aucun sens que je me retrouve là. Elle devait penser que j’avais du potentiel… » Trois ans après quitté son ombre, et alors que les regards, les stylos et les micros se tournent vers elle, la jeune femme a toujours de la difficulté à réaliser ce qui lui arrive, comme si elle était la spectatrice de ce conte de fée tombé du ciel. « Je trouve tout ça un peu déstabilisant, j’ai tellement été habituée à l’inverse. Je me dis que dans un univers parallèle, je serais sans doute à la même place qu’il y a trois ans, à ne rien faire et à ne pas me sentir bien dans ma peau. Aujourd’hui, j’ai plein d’amis, alors qu’avant, les seuls que j’avais, c’étaient ma mère et ma sœur. » À croire que sa doyenne “Igloo“, un titre qui lui a valu le prix SOCAN au 44e Festival international de la chanson de Granby, et qui fut autrefois l’allégorie de sa vie en pointillés, a totalement fondu. Quand on lui suggère cette éventualité, cette accro de musique pop, avec des péchés inavouables du genre Miley Cyrus – aussi bien dans sa version Barbie que bad girl – acquiesce : « Je me sens tellement à un autre endroit de cette vie passée où c’était trash, quand je n’avais ni cash ni vie sociale, et aucun plan d’avenir. »

Accro aux Jelly Belly… et aux orques !

Un coup de pouce de maman et un Philippe Brault plus tard, l’horizon s’est éclairci, la chrysalide a laissé place à un papillon prêt à s’envoler. « Je sais désormais ce que je veux faire de ma vie », lâche-t-elle avec certitude. Laissée sur le bas côté de la route par le décrochage scolaire, cette artiste singulière, qui a appris à jouer de la guitare en regardant des vidéos sur YouTube, a conscience que son parcours peut redonner espoir à d’autres personnes qui ont connu l’échec ou la désillusion. « Je pense que nous sommes tous programmés pour faire quelque chose dans la vie. Et rien n’est impossible », conclut celle qui adore les Jelly Belly et voue une véritable fascination pour les orques. D’où la présence de ce mammifère très intelligent sur la pochette de son album – assorti de quelques autocollants pour le décorer un peu –  qu’on croit d’ailleurs presque entendre sur le morceau très deep “Les marées“.

62c8d26783f64d9ce0dda2c5fd6299c4Quant à savoir quelle est sa chanson préférée sur cet opus prometteur, la réponse fuse : « Technicolor. » « Musicalement, mais aussi au niveau des textes et des arrangements, j’en suis très fière, je l’aime à 100% ! C’est la seule qui me donne l’impression d’avoir évolué… »

Et ce n’est sans doute pas fini.

Sa page Facebook.

Photos fournies par Bonsound.

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