J’ai appuyé sur la détente à Gatineau

Faut que je vous raconte… Non, je ne vais pas me marier. 

Non, ce qui m’amène, c’est une expérience fort agréable qu’il m’a été donnée de vivre à la frontière de l’Ontario. D’ailleurs, quand je me suis garé sur le parking de l’établissement dont je m’apprête à vous parler, je m’y suis bien cru, en Ontario. La plupart des véhicules provenaient de cette province qui a enfanté les Maple Leafs de Toronto, ennemi juré du Canadien de Montréal. Je précise qu’on parle de hockey pour ceux qui auraient pris sport en 5e langue…

Mais venons-en aux faits. Dans le cadre d’un reportage ô combien difficile à réaliser pour un magazine touristique, j’ai dû consentir une virée au Nordik Spa-Nature. Ça m’a pris 2h30 de route pour m’y rendre, ce qui justifiait mon besoin impérieux de décompression. Je n’ai pas été déçu ! Car pour faire le vide dans ce lieu haut de gamme, il faut s’arrêter à Gatineau. Gatineau, c’est cette ville pépère du Québec séparée d’Ottawa par un simple pont. Autant dire que dans cette partie de la Belle Province, le bilinguisme est une formalité.

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Le grand bassin d’eau chaude qui domine la nature alentour.

Quand je suis arrivé, il y avait un monde fou. À considérer cette affluence, qui me ramenait à mes vertes années, quand des groupies faisaient le pied de grue devant ma chambre, la porte couverte de graffitis dont je tairais les allusions grivoises, je me suis dit que la qualité devait être au rendez-vous.

Mon contact sur place se prénommait Marianne. Je la résume en deux mots : hospitalière et professionnelle.

J’ai donc fait le tour du propriétaire en sa compagnie, habillé. La précision est utile car moins d’une heure plus tard, je me retrouvais en peignoir devant elle. Si j’arrête là ma phrase, ça fait bizarre. Disons que c’est tendancieux et que ma mère pourrait d’ailleurs être tentée de me téléphoner de France pour me demander une photo de l’heureuse élue. Je vais donc poursuivre ma chronique, au grand dam de ceux qui se ruinent en cierges pour trouver chaussure à mon pied, et remplir avec des tas de mots le vide qui sépare «… habillé » de « en peignoir devant elle ».

Donc, le tour du propriétaire. On se sent un peu mal à l’aise quand on visite ce genre d’endroit en conservant ses vêtements. On dénote. Autour de vous, des centaines de gens en peignoir, ou qui se prélassent dans des tenues légères, le nombril et la cellulite à l’air. Ça procure un peu le même effet que lorsque l’on garde son maillot dans un camp de nudistes, en moins violent je vous l’accorde. J’ai vite pris la mesure de ce spa considéré comme le plus grand en Amérique du Nord. C’est vrai que c’est grand. Pas au point de prendre sa voiture pour se rendre aux toilettes, ou d’utiliser un télescope pour mettre un visage sur la fille qui vous fait signe de la main, mais c’est spacieux… Jugez plutôt : 8 saunas (bientôt 9) secs ou humides, 29 salles de massage, dont 6 à l’extérieur durant les beaux jours (en hiver, ce serait du suicide) et plusieurs bassins de différentes températures, à commencer par le froid, où j’ai tenté une incursion en hurlant à la mort (ça m’a rappelé mes tentatives de baignade en Gaspésie et ma peau bleue).

Ce site prônant la thermothérapie est divisé en trois sections, dont une où le silence est d’or. Dans les deux autres, vous pouvez chuchoter ou discuter, puisqu’on encourage aussi la socialisation. Ça me rappelle un autre lieu, en France, qui prônait les rapprochements humains dans des postures “kamasutresques“ que ma morale hypocrite réprimandait. Mais fermons là cette page qui tire sa raison d’être d’une imagination maladive plus communément appelée mythomanie… J’ajouterai que l’on trouve aussi sur place de quoi se remplir la panse, car mine de rien, et aussi surprenant soit-il, la relaxation, ça creuse l’appétit et ça fatigue ! Quand on fréquente ce genre d’endroit, on devient magnanime avec les fonctionnaires…

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La visite terminée, je suis donc allé me changer. C’est là que je me suis retrouvé, en quittant le vestiaire, dans cette espèce de robe de chambre devant Marianne, à qui j’enviais cette élégance soudainement perdue à cause de mon nouvel accoutrement, lequel, il faut l’avouer, n’est pas très vendeur !

J’ai bien aimé le buffet proposé par les saunas. J’emploie sciemment le mot « buffet », car ils donnent à goûter à diverses saveurs. Il y a l’aromatique, avec ses fragrances d’orange et d’eucalyptus notamment, le tellurique, ou encore le méditatif, avec sa petite musique réconfortante. De nombreux fauteuils, canapés et poufs géants ont aussi été disposés dans cette enclave rassérénante. Sans oublier les hamacs. Ah, les hamacs ! Ils sont indétrônables en matière de relaxation. Je me suis enfoncé dans l’un d’entre eux et en 5 minutes j’étais dans les nuages. Je flottais, bercé par une main invisible, tête bien enfouie dans la capuche de mon peignoir et doigts de pied en éventail… Vous voyez le tableau ? Un vrai pacha.

J’ai aussi testé ce grand bassin creusé dans le secteur Panorama. Pour la vue tout d’abord, puisqu’on surplombe les collines environnantes et qu’on aperçoit la voisine Ottawa. Pour la température ensuite, car l’eau y est avenante. On y pénètre comme dans du beurre. Aucun cri de supplicié pour conjurer la froideur. Vous rentrez en vainqueur dans cette eau à plus de 25 degrés, le torse bombé et la crête du coq dominant bien en évidence…

Je finirais ma prose hautement subjective avec deux coups de cœur. D’abord ce sauna finlandais très spacieux où quatre fois par jour le public a droit au rituel Aufguss, un mot allemand qui signifie infusion. Ça commence toujours par un gong que le Lorrain que je suis traduira ainsi : « Magnez-vous le derche, ça va commencer ! » En clair : dépêchez-vous ! Car c’est populaire ce truc. En quelques secondes, les trois niveaux du sauna sont occupés. C’est là qu’arrive le maître Aufguss. Rien à voir avec un maître Jedi ou un prof d’arts martiaux. Juste une employée du site qui prend plaisir à verser de l’eau sur les pierres brûlantes, ce qui fait monter d’un coup la température dans la pièce. Cette opération se répète à plusieurs reprises et avec différentes saveurs emmagasinées dans des boules de glace qui libèrent leurs effluves au contact de la roche volcanique. L’animatrice agite alors une serviette pour enrober l’espace de ces parfums très affriolants. Les narines sont aux anges. C’est sensuel, tactile et aussi très convivial !

Et puis il y a le traitement Källa. C’est la cerise que je mets sur mon gâteau. En fait, il s’agit d’un bassin flottant encastré à 5 mètres de profondeur et gorgé de sel d’Epsum, ce qui donne à cette expérience exquise des allures de mer Morte. Votre corps est en apesanteur, dans un environnement où le mutisme est de cathédrale, avec, en guise de chantilly, une musique sous-marine qui accentue la dérive. Car vous dérivez, en vous laissant porter par le bien-être.

Et croyez-moi, on va loin, très loin sur ses épaules…

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Le bassin flottant est comme un piège qui se referme sur les organismes en quête de berceuse…

Photos fournies par le Nordik Spa-Nature.

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