Plus fort que Facebook…

L’idée de cette chronique m’est venue après un passage tardif dans un commerce de mon quartier. Il devait être 22h30, j’avais pas bouffé, une envie de cuisiner équivalente à celle de prendre en levrette un dindon, et l’intime conviction que je me coucherais pas le ventre creux.

Le propriétaire de cette échoppe est musulman. Je ne l’ai jamais vu auparavant, et pourtant, à trois ou quatre reprises, il a dit que j’étais son ami. Enfin pas si ouvertement, disons qu’il l’a laissé entendre en semant par ci par là un « mon ami » qui m’a fait sourire. Je ne veux pas généraliser, mais c’est la même chose chez mon fournisseur de merguez préféré, où je suis visiblement intime avec le caissier et le boucher. Et je ne vous parle pas de l’épicier du coin.

Franchement, le commerçant arabe, c’est plus fort que Facebook ! T’as même pas envoyé d’invitation, t’as aucune connaissance en commun avec lui, et le mec, il t’adoube illico dans son cercle ! Tu franchis la porte de son magasin, et il te like. Quand je pense que je me suis fait chier pendant des années à aller chez Jean Coutu (*) pour trouver un ami, alors qu’il me suffisait de traverser la rue pour lui mettre la main dessus !

Bon, je me moque (gentiment), mais faut avouer que cette proximité soudaine et imposée est réconfortante et qu’elle se prend sans broncher. Ça atténue les distances, ça brise la glace. Tu te sens un peu chez toi…

Un peu plus tard, une femme est entrée. Elle a commandé une pointe de pizza. J’ai cru qu’elle s’était perdue, qu’elle achetait un petit quelque chose par charité. Son élégance jurait dans cette enseigne lambda. J’ai aussitôt été sensible à la cambrure de ses reins. Elle avait la classe, elle nous maculait de ce désir dont elle semblait être l’évidence. J’ai bien vu qu’il y en avait un autre qui était à la dérive.

Quand elle est repartie, ma suspicion s’est confirmée. Il a accompagné du regard sa sortie chaloupée. On sous-estime souvent le côté hypnotisant d’une paire de fesses. J’aurais pu me barrer avec la caisse sans aucun problème, sans arme ni violence. Il devait déglutir de l’intérieur (devant une belle femme, on ne vaut pas mieux que le bambin qui chie dans ses couches).  Bon, je grossis un peu le trait, mais le mec était plus avec moi. Il a fini par reprendre ses esprits, comme libéré d’une entrave invisible qui le maintenait dans cet état amorphe. Il recouvrait la vue, la rétine encore tiède après le passage de la déesse incandescente. J’ai souri une seconde fois, et c’est à ce moment précis, alors que nous remontions ensemble à la surface, la prunelle suffocante et conquise, que j’ai compris que nous étions vraiment amis. 🙂

(*) Note pour les Français : je fais référence à une publicité au Québec qui affirmait que chez Jean Coutu (une pharmacie… et bien plus), on trouvait de tout, même un ami.

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