Ce groupe m’a tuer

(Texte extrait d’un de mes articles pour le webzine Camuz à Montréal. Je le partage pour vous faire découvrir ce groupe que j’ai aimé dès la première note…)

Autant vous prévenir tout de suite : la chronique qui suit sera laudative, limite dithyrambique, l’inspiration pantelante après ce que je viens d’écouter. Oui, et au risque d’emprunter cette phrase morbide, faute d’orthographe comprise, issue d’un célèbre fait divers français, « Feu ! Chatterton m’a tuer ».

Un coup de révolver, là, dans le sternum de mes émotions, une balle en plein cœur. Le premier album de ce quintet soudé à l’écume du talent m’a fait l’effet d’un uppercut. Dès la première écoute, mes oreilles ont vacillé, et je crois que si elles avaient été pourvues de jambes, elles se seraient cassées la gueule. Je me suis d’abord accroché aux bras d’“Ophélie“, la première chanson, enivré par son parfum capiteux, délicieusement rétro et psyché. Je ne l’ai plus quittée au cours de cette chevauchée cinématographique vers la mort (l’épilogue de l’album), où flotte une figure féminine et où la langue de Molière bombe le torse.

Ce premier disque auquel je fais référence – et qui m’inspire cette déférence propre aux conquis – c’est Ici le jour (a tout enseveli). Douze morceaux, pas une scorie. Du lourd, du rock made in France, infusé de quelques notes d’électro, comme sur “La Malinche“ ou “Boeing“, et cette voix éraillée, celle du chanteur Arthur Teboul, qui fait revenir Noir Désir d’entre les morts dans ses saillies vocales inflammables. Il faut avoir écouté “La mort dans la pinède“, sublime d’incandescence (qui a pris du muscle depuis la version de leur premier EP), ou “Côte Concorde“, qui nous ramène avec emphase au naufrage absurde et dramatique de ce paquebot de croisière à quelques mètres d’un rivage italien, pour saisir le potentiel abrasif de cette formation cornaquée par le texte, ciselé de préférence. Chez ces gars-là, le littéraire n’a rien de pompeux ou de pédant, et la poésie parait bien en selle sur le cheval cabré de leurs mélodies rageuses et accrocheuses. C’est sombre et beau à la fois, crépusculaire et lumineux, aquatique et aérien, avec parfois quelques balades et cassures au creux de leurs bourrasques, comme l’incongru “Vers le pays des palmes“, une parenthèse instrumentale à l’arrière-goût d’inachevé. “Harlem“ est un modèle du genre, dans les pas du mythique L’histoire de Melody Nelson. La comparaison avec Gainsbourg s’impose avec force aux écoutilles du marin mélomane submergé par le phrasé ressuscité de l’homme à la tête de chou. Ressuscité par cet interprète au look de dandy et à la fine moustache, qui harponne l’auditeur avec son timbre habité et une belle prestance. Car Mister Teboul est incontestablement le pivot contagieux de ce clan se revendiquant d’illustres aînés comme Bashung et les susnommés Gainsbourg et Noir Désir. « Une de nos grandes influences », me glissera le guitariste Sébastien Wolf à propos du défunt groupe bordelais, au cours d’un entretien où ma génuflexion prenait le compliment à témoin. Car oui, mesdames et messieurs, quand cet Arthur pousse les vocalises à faire éclore des fleurs d’émotion dans un champ de pores tout acquis à sa prose, vous n’avez pas d’autres choix que d’oser l’impensable, au risque de récolter des cris d’orfraie chez les apôtres de Bertrand Cantat.

Il me tarde de voir un jour sur scène ce band de Parisiens cultivés et talentueux, qui poussent l’audace à frapper un grand coup dès leur premier album. À eux de confirmer ce que beaucoup ont déjà écrit à leur sujet, le stylo en pâmoison, l’encre étalée sur la feuille de papier ou le récif informatique comme une plaie béante où coagule le bonheur. Car aussi mélancolique et aride soit-il, Ici le jour (a tout enseveli) m’a empli de plaisir. Il m’a tué avec des mots pour mieux me ressusciter.

On monte le son pour : “La mort dans la pinède“, “Côte Concorde“, “Porte Z“.

Crédit photo : Fanny Latour Lambert.

L’entrevue avec un des membres du groupe ici.

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