Rouge, blanc, bleu (2)

La nuit a été courte. C’était Beyrouth dans mes pensées. Des tranchées partout dans mon lit. J’ai dormi avec un fusil sur le cœur…

À 10h, j’ai rejoint le café que j’avais quitté la veille le sourire aux lèvres avant de chuter lourdement dans l’incrédulité et la tristesse. Cette fois, je suis tombé sur Paul, le compagnon de Maude. Un Libanais, autant dire que les attentats, son peuple connaît. Il a immédiatement voulu savoir si j’avais de la famille à Paris. Nous avons échangé quelques mots, pas très réjouissants comme vous pouvez l’imaginer. J’ai dévoré machinalement mon viennois au chocolat en parcourant la presse, en ayant toute la peine du monde à me focaliser sur ce que je lisais. Comme si une partie de moi était restée au lit. J’étais en lambeaux et je cherchais à recoller mes morceaux.

Quand je suis parti, Jesse était affalé devant le comptoir. Jesse ? Le bouvier bernois des propriétaires. Lui et moi on s’apprécie. Il connaît mon expertise dans les caresses et vient parfois rôder près de ma table pour prendre sa dose. Quand il m’a vu s’approcher de lui, il s’est mis sur le dos, paré pour la séance de massothérapie offerte gracieusement. Je l’ai flatté. Je crois que j’avais besoin de réconfort, et je savais que ce chien me donnerait entière satisfaction. Oui, ces quelques secondes de complicité m’ont fait du bien. Quand je vois ce dont l’Homme est capable, j’ai tendance à aller me réfugier du côté des animaux. À ce moment-là, je me suis dit que le monde gagnerait à être bouvier bernois. Et ça m’a fait sourire…

Je ne suis pas rentré chez moi tout de suite. Besoin de prendre l’air. J’ai fini par laisser mon vélo quelque part pour continuer ma cure à pied, avec Benjamin Clementine dans les oreilles. Pas ce qu’il y a de plus gai, mais ça voix me réconforte. Le hasard de mes pas m’a conduit devant une boutique de produits tibétains. Depuis quelque temps, je considère avec intérêt cette culture si apaisante. Des drapeaux de prière ont ainsi fait leur apparition dans mon salon, et il m’arrive de temps à autre de brûler de l’encens pour m’évader un peu…

Je suis arrivé au même moment que la propriétaire, la clé encore dans la serrure. Quand je suis entré, je me suis senti tout de suite chez moi. Peut-être ce sourire dont ce peuple a le secret. Ayant remarqué mon accent, elle m’a aussitôt demandé des nouvelles de mes proches, s’est enquise de savoir si ma famille habitait Paris. Ça m’a touché, c’était la main que je cherchais à agripper alors que j’avais le sentiment de me noyer. J’avais la certitude, auprès de cette petite dame, de ne pas être un client mais un compatriote, puisque nous habitons la même planète.

J’en ai profité pour lui demander si elle vendait des bracelets tibétains mala, en bois de préférence. Ils pendaient à quelques centimètres de mes yeux, mais le fantôme que j’étais n’avait rien vu. J’ai aussitôt mis la main sur l’un d’entre eux, après une petite explication de la gérante quant à sa signification. Sans que je lui ai demandé, elle a inscrit sur un petit bout de papier la prière qui y est rattachée. « Le mantra de la compassion », m’a-t-elle précisé. Quatre mots à répéter 27 fois : Om Mani Pémé Hum. « Il calme l’esprit », a-t-elle ajouté.

Je ne crois pas au hasard, je me dis que cette rencontre devait avoir lieu, c’est tout. J’ai quitté son échoppe en claudiquant un peu moins, conscient que mon angoisse serait difficile à déloger…

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