Le crac de la géo

Ça s’est passé à Metz, ma bonne vieille ville de Metz, au mois de décembre dernier.

À Metz, il y a un parking à côté de la cathédrale Saint-Étienne, une belle gothique qui te décolle la rétine avec ses grands vitraux. On l’a d’ailleurs surnommée « la lanterne de Dieu ». Sur ce parking, il n’est pas rare de croiser des Roumains. En tout cas, moi, c’étaient des Roumains. Ils étaient deux quand je suis arrivé pour stationner ma voiture, enfin celle de ma sœur, une mini Cooper cabriolet. Autant dire que je ne passais pas inaperçu. J’étais un guichet automatique tout désigné pour leur main tendue.

Quand je suis arrivé, le parking était presque vide, mais ils ont poussé le zèle à me désigner une place libre. Ça m’a fait sourire, mais je n’avais encore rien vu… ni entendu ! À peine avais-je coupé le moteur qu’ils étaient en représentation.

« T’as pas un euro ? » m’a lancé l’un d’eux (bon OK, on se tutoie…)

Le second ne décochait pas un mot, il est d’ailleurs resté muet tout le temps, l’air patibulaire. J’en ai déduit que le chef, le mâle alfa, c’était celui qui avait des notions de français. Certes, c’était pas du Proust, mais avec un minimum de concentration, un dialogue était possible. Juste ce qu’il faut en tout cas pour me faire comprendre qu’ils me trouvaient un certain charme économique.

Ce jour-là, j’avais endossé mon habit de grand seigneur, ayant dans l’idée de leur filer cette pièce qu’ils espéraient tant, bien avant de les voir s’approcher avec leur mine de chien battu. J’ai même donné une orange au patron du binôme, c’est vous dire l’état de grâce qui était le mien ! Il s’est aussitôt saisi du fruit, l’a épluché… et a jeté les déchets par terre ! Classe, y a pas à dire.

Visiblement, ma voiture avait tapé dans l’œil du boss, qui lorgnait de temps en temps vers le tableau de bord, en quête sans doute de quelques pièces laissées là par inadvertance, ou d’une seconde orange pour son pote. Je précise qu’il a dévoré mon offrande en solitaire, sans même en proposer un morceau à son compagnon d’infortune (le Roumain joue perso).

Il a fini par me demander si je n’avais pas 2 euros. Il négociait déjà une augmentation !

Là, je me suis dit qu’à ce rythme, j’allais finir par lui filer ma bagnole.

Ensuite, on a jasé. On a jasé parce que j’ai cru bon lui expliquer que c’était pas ma voiture, qu’on me l’avait prêtée parce que je ne vivais plus en France. Bref, que j’étais un expatrié, comme lui, que les Québécoises me regardaient bizarrement quand je leur tendais une joue pour leur faire la bise. Bref, j’essayais de tisser des liens avec mon nouvel ami, mais ça l’a pas vraiment ému. En revanche, cette confession a aussitôt titillé sa curiosité. Il a voulu savoir où je résidais.

Je lui ai alors appris que j’étais installé au Canada, plus précisément au Québec, sans trop savoir si ce mot lui disait quelque chose. Il a ouvert grand ses yeux (bon signe), avant de me demander, le plus sérieusement du monde :

« Combien d’heures de bus pour aller au Canada ? »

Autant dire que celle-là, je l’avais pas vue venir ! Il était à peine 10h, mais je savais à ce moment précis que ma journée démarrait sur de bonnes bases…

Exquis !

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