Sans titre mais pas sans cœur

ac8rkkgdAujourd’hui, c’est la Saint-Valentin. Depuis quelques jours, je vois sur Facebook des personnes demander à leurs amis virtuels qui fut à l’origine de leurs premiers battements romantiques… J’ai répondu à l’un d’elles, sur le ton de la plaisanterie, que mon premier rapport buccal avait eu lieu avec Casimir, un Bonobo…

Ma première chérie, je m’en souviens très bien : Sophie. Cheveux corbeau et des prunelles d’un bleu nordique. C’était au CP (cours préparatoire), elle était assise tout devant, moi un peu en retrait (j’ai attendu le lycée pour aller me réchauffer près du radiateur des cancres). Je lui faisais parvenir, avec l’aide de phalanges complices, des petits mots dont j’ai oublié la teneur, à part que c’était pas graveleux. À 5-6 ans, quand même… Ça n’est pas allé plus loin que ces petits jets d’encre, mais juste la regarder déplier le petit bout de papier pour en lire le contenu suffisait à mon bonheur…

L’histoire la plus longue concerne Christelle. Quatre ans. Chez les chiens, je sais pas à quoi ça correspond, mais chez les humains, c’est quatre ans. N’eût-été cette lâcheté qui m’empêchait de lui dire la vérité, par peur de faire mal, j’aurais coupé le cordon ventriculaire à 3. Christelle et moi, ça pouvait pas marcher. Trop différents. À l’époque, j’étais plutôt décontracté du survêtement, elle, c’était plutôt chaîne en or qui brille (enfin un succédané). On n’était pas du même monde. Le dimanche en été, je me retrouvais à faire du ski nautique sur la Moselle avec ses frères et sœurs… Oui, vous avez bien lu, sur la Moselle (cours d’eau lorrain pour les nuls en géo). Pas très glamour, et carrément dégueulasse quand j’y repense. Une tasse de cette eau patibulaire et tu chiais liquide pendant deux jours. J’exagère un peu, mais disons qu’à 18-19 balais, j’avais autre chose à foutre que de parader derrière un bateau conduit par des nantis fonçant à vivre allure, cheveux au vent, sur une rivière à l’eau opaque… Je suis parti brutalement, une annonce comme un uppercut sournois, sans possibilité de seconde chance. Je crois que j’étais bourrelé de routine. Quand le ballon a explosé, j’ai vécu ça comme une sortie de prison.

Après ça, il y a eu Ève. Une bombe, un pétard comme on dit au Québec. De celles qui te paraissent inaccessibles. Je n’oublierai jamais ses fesses si parfaites au réveil (c’est là que je me pinçais, persuadé que je rêvais). Plus âgée que moi. Je l’ai hameçonnée avec des poèmes. Pas les miens, ceux de personnages célèbres comme Alfred de Musset ou Hugo. Tant qu’à faire.  Je lui envoyais par la poste, sans décliner mon identité. Et puis le hasard a fait que nos chemins se sont croisés et que nous nous sommes rapprochés. C’est là qu’elle m’a confié recevoir des lettres d’un mec qui restait anonyme, le genre louche, limite pervers. J’ai révélé l’identité de cet homme. On a bien ri ! Quand je l’ai embrassée, y avait E.T. à la télé. Comme quoi on peut conclure devant un extraterrestre.

Ça a duré deux mois. La dame était infirmière militaire à l’époque, et la guerre qui sévissait alors en ex Yougoslavie – où j’allais moi aussi me rendre sans mesurer tous les risques – a eu raison de nous. Le coup a été rude. Quelques semaines plus tard, elle faisait l’objet d’un article dans la presse régionale. Hein, mon ex ? On y apprenait ses accointances avec les Serbes, jugés peu recommandables à l’époque par le gouvernement français, sa radiation de l’armée et d’autres choses. Récemment, je suis tombé sur elle en train de témoigner au Tribunal international de La Haye !

J’ai appris bien plus tard qu’elle m’avait trompé avec un gars que je connaissais, il pratiquait la boxe je crois. Ève, et le péché, ça date pas d’hier…

Saint-Valentin-humour-05Il m’a fallu attendre l’année 1999, soit un bon 5 ans plus tard, pour retomber amoureux. À vrai dire, je pense que je ne l’avais jamais été avant, dans le sens où je n’avais jamais éprouvé le besoin de dire « je t’aime » à une femme. Jusqu’à Déborah. Avec Débo, c’était inné, ça sortait comme une giclée de sperme. Je devais avoir l’artère du cœur bouché avant elle. Je suis arrivé dans sa vie comme un « ouragan », pour reprendre son terme. Elle était mariée depuis un an, j’ai foutu un beau bordel. Divorce, larmes… etc. Débo, tout le monde l’aimait, elle avait été programmée pour faire du bien. Sa générosité faisait consensus et son rire irradiait la joie de vivre. Mais il y a eu un clash. Elle rêvait d’une vie à deux, je veux dire sous le même toit. Je crois que c’est allé trop vite pour moi… Bref, je vais pas réécrire l’histoire. Débo a dit stop, et j’ai vacillé. Elle a refait sa vie, était heureuse. Et puis elle s’est envolée sur une route de campagne. Putain d’accident. La mort au bout du fil, on la sent même avant les présentations. Elle a laissé un vide, du genre qu’on ne rebouche jamais entièrement. Je m’en suis longtemps voulu de ne pas l’avoir recontactée plus tôt. Débo, c’était un cadeau offert par la vie…

En terme d’intensité, je dois citer Barbara. Du genre très belle extérieurement et intérieurement. Du genre interdite aussi. Le genre de relation qui te pète à la gueule et atomise ton entourage. On s’est quitté sur le sommet de la vague, la rupture idéale en somme, sans les claquements de porte, les règlements de compte de bas étage ou les mots blessants. Mais partir quand tout va bien, quand les oiseaux gazouillent à tue-tête, ça fait aussi terriblement mal. Car Barbara était pas seule, et celui qui occupait son quotidien et était aussi le père de son enfant, n’était autre qu’un ami que je considérais comme un frère, et avec lequel j’ai touché à la quintessence de l’amitié, avec des fous rires d’un autre monde. Et voilà que je commets l’irréparable, au mépris de tout mais pas de cet amour qui me consume et m’enivre (« le cœur a ses raisons… »), que ça finit par se savoir et que je perds tout… Mais je n’ai aucun regret. Barbara m’a rappelé qu’après Débo, il y avait une vie, et de la place pour les petits papillons dans le ventre. Si elle avait été seule, je pense que nous serions peut-être encore ensemble aujourd’hui, c’est vous dire…

Je dois citer Irène. Encore un rôle d’amant ! Je vous jure, je fais pas exprès ! Visage d’ange, sourire craquant, très jolie poitrine… Je ne vais pas donner trop de détails, pour préserver son identité, mais j’ai dégusté chacun  de nos rendez-vous secrets. Je la cite pour cette confession qu’elle m’a faite un jour à propos de notre brève relation, alors que je ne m’y attendais pas. Juste pour me dire qu’elle avait été importante à ses yeux, enfin je résume. Disons qu’elle ne m’avait pas mis dans la case des ex dont le prénom et le souvenir s’évaporent sous les effets du temps… Cela m’avait touché, et j’espère pouvoir la revoir un jour autour d’un verre ou d’une bonne assiette.

tumblr_inline_nin2sacrbZ1qal4p6Je finis avec Marie. En fait je devrais dire Marie-Hélène, mais dans ma bouche, ç’a toujours été Marie. Ma première blonde québécoise, et la seule. Je crois qu’à travers elle, c’est Débo qui me faisait un clin d’œil. La même générosité, la même clameur sur son passage. Marie, tout le monde l’aime, c’est comme ça. Je la vois moins souvent depuis qu’elle a déménagé, mais je peux compter sur elle et elle sur moi. Nous sommes restés très proches, mais dans un registre amical qui convenait plus à notre relation. Je suis parti, mais elle trouvé chaussure à son pied. La bonne cette fois. Une chaussure prénommée Dominique, comme ma mère ! Ils filent le parfait amour et attendent un heureux évènement, ce qui me comble car Marie mérite ce qui lui arrive. Je lui dois en partie ma belle acclimatation au Québec, et ça, croyez-moi, c’est beaucoup !

Bien entendu, il y en a eu d’autres. Que celles que je n’ai pas nommées, si d’aventure il leur arrivait de croiser ce blogue, n’en prennent pas ombrage. Quelles que fussent mes relations passées, elles ont toujours été frappées de ce respect inhérent (en principe) à toute relation, même résumée à des instincts charnels.

Je profite d’ailleurs de cette Saint-Valentin pour leur dire merci… et peut-être, qui sait, à bientôt. En m’excusant auprès de la dernière, elle aussi mariée, si je n’ai pas donné suite à ses lettres, et si le jour de nos confessions secrètes, je n’étais pas, disons, dans le coup. Je crois que je n’avais pas fait la paix avec une relation passée, d’où cette impression d’être absent, en totale déconnexion avec son corps. Donc pardon l’amie…

Voilà, c’est ma façon de célébrer la Saint-Valentin, laquelle, sous ses dehors mercantiles, a le mérite d’exister. On ne peut pas reprocher aux gens, surtout à l’époque que nous vivons, de faire l’apologie de ce sentiment si enivrant et bon pour la santé.

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