10 Cloverfield Lane : un huis-clos qui finit en eau de boudin

10cl_posterJe reviens vous parler cinéma, et plus précisément du film 10 Cloverfield Lane, suite ou prequel du premier épisode, tourné en 2008 et qui se déroulait dans une ville de New York apocalyptique. À l’époque, cette production avait créé la surprise et séduit la critique, malgré une caméra subjective prompte à rebuter tous ceux qui avaient frôlé la nausée en regardant Le projet Blair Witch, un long-métrage rappelant étrangement le mal de mer et qui mit à mal les joies du camping. Donc, partant de ce postulat de base, j’avais toutes les raisons de croire que ce nouvel opus était prometteur, d’autant que je suis plutôt friand du travail de J.J. Abrams, qui a produit ce film, et que le trailer m’avait mis l’eau à la bouche. Pour ceux qui avaient prévu d’aller voir cette fiction, ne lisez pas ce qui suit. Ou plutôt si, lisez, vous ferez par la même occasion des économies. Ouh là, ça part mal cette chronique… Un peu mon n’veu !

Le soir où je suis allé voir 10 Cloverfield Lane, l’écran de la salle connaissait quelques ratés, juste avant les incontournables bandes-annonces. J’ai pas pris ça comme un mauvais présage. J’aurais dû.

Pourtant, ça s’annonçait bien sur le papier. Ce huis-clos oppressant dans un bunker, avec un John Goodman remarquable dans son personnage psychologiquement torturé, avait l’air de tenir ses promesses. Très vite, on comprend que l’atmosphère est devenue irrespirable, voire carrément inhospitalière, à l’extérieur de cet abri souterrain somme toute assez coquet. Attaque nucléaire, invasion extraterrestre, délire psychotique du maître de maison… Tous les scénarios semblent plausibles, et le dernier tient même la corde au fur et à mesure que l’intrigue avance. Faut dire que Howard (Goodman) finit par dévoiler son vrai visage, n’hésitant pas à buter un de ses deux colocataires, l’autre mâle en fait, pour roucouler seul avec Michelle, qui a pris la place de sa fille, dont on ne sait pas si elle est décédée ou si elle a vraiment existé. Toujours est-il que le monsieur fait un transfert sur cette jolie brune et que c’est assez flippant merci bien…

On finit donc par ranger ce film dans la catégorie des thrillers psychologiques, et l’on se dit que ça cadre parfaitement avec le huis-clos, pas ennuyant pour un sou, à l’instar du dernier Tarantino d’ailleurs. Sauf que Michelle va finir par s’échapper, après avoir dissout une partie du visage de son geôlier. Entre-temps, elle avait eu le temps de se confectionner, avec l’appui de son ancien camarade de chambrée – qui lui finira totalement dissout dans un baril d’acide – une combinaison censée la protéger des rayons radio-actifs à l’extérieur, ce qu’elle avait fini par croire après la visite nocturne d’une femme au visage peu romantique, rongé par une atmosphère qu’on devinait patibulaire. Constatant que les occupants du bunker rechignaient à la laisser entrer, elle s’était fait hara-kiri en s’explosant le crâne contre la porte de l’abri anti-atomique. Ambiance…

Mais revenons à Michelle, dont l’équipement vise autant à la protéger qu’à nous faire rire. Donc elle se fait la malle, retrouve l’air libre, et finit par observer dans le ciel une nuée d’oiseaux en V, sans doute en partance pour Bora-Bora. Quoi, des oiseaux dans cet air infesté !? Pas conne, elle comprend que son déguisement de carnaval ne lui est d’aucune utilité. Là voilà donc qui ôte son casque et respire à pleins poumons. Et là on repense à cette femme au visage peu ragoûtant, entre l’acné purulente et l’eczéma, en se disant qu’il y avait quand même quelque chose de louche dans tout ça, que ce n’était quand même pas une camée qui avait perdu son chemin et s’était retrouvée en pleine cambrousse pour siroter du maïs en intraveineuse.

C’est là que ça se complique, plus précisément lorsqu’elle grimpe sur le toit d’une voiture pour mettre une forme sur un bruit inquiétant qui s’épanche à l’horizon. Nous sommes alors au crépuscule du film. Il doit rester une vingtaine de minutes. Moi, j’ai pensé à une moissonneuse batteuse. Dans ma tête, on l’avait menée en bateau du début à la fin et elle constatait alors l’incroyable machination, ou quelque chose du genre. Erreur ! Car c’est là qu’on change de dimension, et qu’on va bientôt toucher le fond. Car au loin, Michelle aperçoit un gros vaisseau spatial. Oui, des extraterrestres ! (ou alors un nouveau modèle de moissonneuse batteuse). À vrai dire, on avait senti le coup venir, mais en ce qui me concerne, le thriller suffisait. J’aurais voulu être surpris, mais dans l’autre sens : t’as cru qu’on allait te servir des créatures hideuses, mais non… Un peu dans la droite ligne d’un M. Night Shyamalan, mais en moins mystique. Soupirs…

Je me permets de reprendre la phrase de Michelle à ce moment précis : « C’est quoi ce délire ? » Oui, c’est quoi ce délire ? Sur le coup, j’ai pensé que je m’étais assoupi et donc que j’avais manqué une dizaine de chapitres, peut-être plus…  Faut avouer que la fin de 10 Cloverfield Lane surprend, désarçonne, inspire quelques sourires et laisse, il faut bien le dire, pantois. C’est à se demander si le réalisateur, dont c’est le premier long-métrage, n’a pas fumé la moquette et écluser quelques bouteilles d’alcool frelaté pour en arriver là. J’ai franchement eu l’impression qu’il avait bâclé la fin, comme si, arrivé dans une impasse, il s’était hâté à trouver une conclusion à ce récit au dénouement tortueux. Genre « on va mettre quelques extraterrestres hostiles là-dedans, avec une fin qui ouvre la porte à une suite, ou fait la jonction avec le premier volet, et tout le monde sera content. »

La fin du film est vite expédiée. Michelle doit notamment faire face à une de ces créatures, sorte de lombric herculéen dont on distingue tout juste la dentition, laquelle laisse entrevoir un régime plutôt à base de viande. Elle finira par trouver refuge dans une voiture qui entamera une lévitation vers la bouche d’un poulpe géant, un peu comme dans le 3e volet de la saga Pirate des Caraïbes. C’était sans compter sur le scénario, bien fichu. Le véhicule en question contient en effet une bouteille de Scotch, un briquet et du papier. Bref, l’assortiment parfait pour fabriquer un cocktail Molotov et le balancer dans la gueule du monstre. Avouons qu’avec du Perrier et une sucette à l’anis, l’héroïne serait allée curer les dents du vaisseau glouton. La voilà donc qui ouvre la fenêtre et envoie son colis en plein dans le mille, faisant exploser la bête (ça devait être du Scotch 20 ans d’âge pour l’atomiser de la sorte). Ce qui a pour effet de ramener brutalement le quatre-roues sur le plancher des vaches, sans toutefois blesser son occupante, laquelle avait pourtant fini amochée après un premier accident au début du film. Oui mais là, ça sentait la fin et l’envie d’en finir au plus vite devenait très pressante.

Je vous épargne la conclusion. On apprendra qu’il y  a des survivants, lesquels ont besoin de combattants et de personnel médical. Car si ça castagnait à la campagne, ça secoue pas mal en ville aussi. Et Michelle, qui vient de terrasser Goliath avec une simple bouteille de schnaps, a pris de l’assurance…

Au final, le réalisateur aurait peut-être dû lui aussi écouter les mises en garde du personnage incarné par Goodman, dissuadant à maintes reprises ses soi-disant protégés de mettre le nez dehors.

 

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