Traversée de la Gaspésie (3) : Claudine Roy, femme pas banale

« Claudine, c’est une femme énergique, de la dynamite ! » Je ne fais que reprendre les paroles d’un participant lors de la dernière Traversée de la Gaspésie, qui a eu lieu du 20 au 27 février.

Un autre : « La raquette, le ski, c’est un prétexte. Les gens viennent pour l’ambiance, elle a réussi à créer une ambiance extraordinaire… »

Je pourrais m’arrêter là, au risque de provoquer une bronca. Et vous auriez raison de rouspéter. Claudine Roy est une reine (j’assume ce jeu de mot), une reine de la Gaspésie, en tout cas une de ses ferventes ambassadrices, une « indomptable Gaspésienne » pour reprendre le titre du journal Le Devoir, qui lui a consacré un article le 5 mars dernier. Cette femme ne fait pas sa taille. Disons qu’elle est pas très grande de prime abord, mais vous savez ce qu’on dit, il faut se méfier des apparences ! C’est après avoir pris connaissance de son parcours et considérer sa motivation de granit que l’on se sent rapetisser à ses côtés. Il y a des gens comme ça, imbibés de passion jusqu’à la moelle, qui semblent avoir banni le mot « jamais » de leur vocabulaire. Elle, c’est son petit coin de pays qui met du carburant dans son moteur.

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RAGE DE VIVRE

La vie de Claudine a démarré comme celle de notre Depardieu national (là, c’est le Français qui cause), lequel a bien failli ne jamais voir le jour, sa mère ayant tenté d’avorter avec des aiguilles à tricoter, comme il le raconte au début de sa bio Ça s’est fait comme ça, aux Éditions XO, livre que je conseille au passage. Claudine a connu des débuts moins laborieux que l’inoubliable interprète de Cyrano, et fini par franchir elle aussi, il y a 60 ans, un col bien connu des bébés avant de pousser ses premiers cris. C’est après, que ça s’est corsé. La faute à une méningite. Elle avait trois mois et personne ne donnait cher de sa peau dans le monde des vivants. D’où sa rage de vivre, d’où cette énergie déballée comme une offrande…

Claudine, en tout cas du peu que j’en ai vu, c’est la fille pas gênée avec les costumes, rétive à toute idée de ridicule sous couvert de la joie de vivre, affectueusement tactile, toujours à droite et à gauche… « Pour moi, la vie, c’est 100 milles à l’heure ! », a-t-elle déclaré dans une des salles du cinéma de Gaspé, où elle a tenu une conférence improvisée alors que la pluie avait contraint au repos, l’avant-dernier jour, la plupart des participants de la dernière Traversée de la Gaspésie. Ce jour-là, crocs au pieds, Claudine a dévoilé une petite partie de sa vie de femme d’affaires, dont l’incontournable Brise-Bise de Gaspé figure au chapitre de ses œuvres. Une fois lancée, on s’est vite aperçu qu’il y avait de la matière à ingurgiter ! Et sans l’intervention d’Hélène, une des figures de sa garde rapprochée, on sentait que la dame aurait pu aller au-delà de l’heure prévue, au détriment de cette soif qui me titillait le gosier, alors que le fameux Brise-Bise promettait mousses et autres boissons affriolantes à quelque dizaines de mètres de là…

« PERSONNE N’EST BANAL »

« Fille de bord de mer », pour reprendre son expression (j’ai pas l’air comme ça, mais j’ai pris de notes !), Claudine a été initiée au ski par un Suédois enseignant dans un cégep (grosso modo l’équivalent du lycée français) de la région. Si je fais mention de ce détail, c’est parce que la native du petit village de Pointe-à-la-Frégate est devenue une accro du ski de fond, au point de le pratiquer à haut niveau. Autant dire que si je décide de la défier dans ce registre, je prends le risque de me couvrir de ridicule, visage suffocant de celui qui a tout donné… en vain.

Quand elle a lancé la Grande traversée de la Gaspésie, cette aventurière dans l’âme n’imaginait pas ce qui allait suivre. Car le coup d’essai est devenu un coup de maître, la TDLG a fait des petits, forçant l’organisation à revoir sa copie devant le succès grandissant. En revanche, la philosophie de cette aventure humaine et sportive n’a pas changé : la joie de vivre et l’instant présent, réunis sous cette bannière rassembleuse qu’elle porte à bout de bras. Si on devait y inscrire une devise, ça pourrait être celle-ci : « Il n’y a personne de banal. » Une des phrases fétiches de la boss.

Il ne faut donc pas prendre ombrage si elle vous traite de fou, car dans sa bouche, l’insulte se mue en compliment. Vous rentrez alors de plain-pied dans la confrérie des fêlés, les plus heureux du monde car ils laissent passer la lumière, pour paraphraser le grand Michel Audiard. En matière de folie, Claudine en connaît un rayon. Elle fut par exemple de l’expédition Gaspé-Hull (2000 km de ski de fond en 35 jours), en compagnie d’Yves Tessier, dont j’ai parlé précédemment sur ce blog, mais aussi d’autres chums de la première heure, à commencer par celui qui partage sa vie, la bienveillance incarnée.

IMPOSSIBLE N’EST PAS CLAUDINE

Au cours de cette conférence au débotté mentionnée plus haut, on a pu mesurer son opiniâtreté à travers quelques anecdotes. Car pour promouvoir sa Gaspésie chérie et en vanter les vertus, culturelles et culinaires notamment, la présidente des traversées de la Gaspésie ne se fixe aucune limite. Il y a un mot pour ça : le culot. Quand on agit par amour, il devient une évidence. C’est ce culot monstre qui lui a permis quelques belles prises, dont l’astronaute canadienne Julie Payette, ou encore le milliardaire et fondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté, un autre modèle de persévérance, à l’occasion du 475e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier.

Pour la TDLG 2017 (la 15e), Claudine mettra sans doute les petits plats dans les grands. Difficile de croire qu’il en sera autrement. Ne serait-ce que pour rester fidèle à cette maxime célèbre dont elle a modifié le sens et qu’elle répète comme un mantra  : « À l’impossible nous sommes tenus. » Comme un écho à cette citation gravée dans le marbre par un certain Che Guevarra : « Soyons réalistes, exigeons l’impossible. »

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(Ci-dessous une petite vidéo bonus, introduite par Claudine, qui revient sur l’édition 2016 de la TDLG)

Crédits photos : Jacques Gratton.

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