Pédaler à nouveau…

Plusieurs personnes se sont rassemblées au Square Dorcheste pour le Cyclo-Nu de Montréal est la version Montréalaise du World Naked Bike Ride (Tour cycliste nu mondial), à Montréal en ce samedi 2 août 2014. JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Je n’ai pas encore atteint ce niveau de décontraction sur mon vélo ! (photo : Joel Lemay/Agence QMI)

Aujourd’hui, j’ai eu un orgasme. Je vous arrête tout de suite : j’étais seul. C’est à cause de mon vélo (oui oui, j’avais mis la selle). Depuis décembre, il croupissait dans une des pièces de mon appartement avec jacuzzi et femme de ménage portugaise (j’enjolive un peu). L’hiver n’autorise aucune sortie au Québec, excepté pour les plus courageux, une catégorie dont je me suis auto-exclu à la mi-décembre, un exploit en soi, rendu possible en raison d’une saison hivernale particulièrement douce cette année.

J’attends toujours avec impatience ce moment béni où lui et moi on se rabiboche. Cette fois, c’était un 21 avril. La température extérieure – 20 degrés – et le grand ciel bleu ont eu raison de sa torpeur. Je lui ai tâté les pneus, histoire de prendre son pouls. Le bonhomme était un peu raplapla. J’ai alors sorti la pompe pour lui remplir la bedaine. Une fois regonflé à bloc, mon deux-roues avait déjà plus fière allure.

J’ai alors ouvert la porte de mon entrée, je l’ai porté en descendant les escaliers. C’est une fois sur la selle que j’ai compris à quel point il m’avait manqué. Ça me fait toujours cet effet. J’avais remonté les manches de ma chemise, besace en bandoulière et paire de Converse de circonstance en cette fin de journée décontractée des aiguilles. C’était Dali dans ma tête, le temps s’alanguissait, un peu à la manière de ces horloges difformes que le peintre se plaisait à maltraiter d’un coup de pinceau surréaliste. Bref, j’étais bien.

Il faut aimer le vélo et avoir vécu Montréal à l’entame du printemps pour saisir la teneur de ces lignes. Car le printemps, mes amis, est enfin arrivé ! Ça se sent, ça se voit, et qu’importe si les températures sont encore un peu indécises, on peut affirmer sans se tromper que la saison souterraine est derrière nous. Je l’appelle ainsi car c’est l’époque de l’année où je me retrouve dans l’intestin chaud de la métropole, je veux dire son métro, avec ses montées de fièvre, ses pannes incessantes et ses gueules d’outre-tombe. Montréal, Paris, New York et consorts, même constat : sous terre, la grisaille est souvent de mise, voire insoumise. On ne la dompte pas si facilement… Mais tout cela appartient désormais au passé.

Montréal sur un vélo, c’est autre chose. C’est une liberté retrouvée en quelque sorte, l’assurance en tout cas d’étendre son rayon d’exploration. À moi les détours et les virées tardives pour humer la ville un soir d’été, avec ce parfum tiède et revigorant qui vous prend soudain par les narines pour vous tapisser les pensées de belles images.

Aujourd’hui, sur ce bicycle que j’avais l’impression de redécouvrir, j’ai prêté attention à tous ces détails révélateurs du changement d’atmosphère, je parle de celle qui transforme littéralement votre environnement, qui redonne ses couleurs à un tableau qui a déteint. Montréal dans ses habits de printemps, ce n’est plus la même femme, c’est un autre parfum. Et puis ce sentiment enivrant de la reconquête des terrasses, qui sont autant d’îlots de réconfort, avec leurs serveurs et serveuses se faufilant entre les tables.

Il y a aussi ces filles qui n’attendent pas l’été pour lâcher du lest, qui appâtent la chaleur avec des tenues plus légères. Très typique de Montréal ça, je veux dire la cohabitation assez amusante à observer parfois entre ceux qui, encore groggy par l’hiver, se refusent à tourner le dos à leurs vêtements chauds, là où d’autres préfèrent l’insolence à la soumission.

Sur le chemin du retour, j’ai aussi croisé deux personnes qui finissaient leurs crèmes glacées. Sans oublier les stations de Bixi, que les services de la ville ont commencé à déployer dans les différents quartiers. Près de chez moi, un seul de ces vélos en libre service n’avait pas trouvé preneur, ce qui témoignait là encore de la renaissance ambiante.

C’est beau, une ville qui fleurit.

 

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