L’heure du rappel (2)

L’heure du rappel : c’est le nom de cette rubrique qui a vocation à faire du neuf avec du vieux, en publiant d’anciens textes de ce blogue. Histoire de leur donner un second souffle et de permettre aux lecteurs qui prennent ce site en cours de route de les découvrir. Inutile de dire que depuis la création de cet espace intimement public, il y a 5 ans déjà, les jets d’existence se sont accumulés. Je propose donc de rafraîchir la mémoire à mes fidèles lecteurs, en espérant que les nouveaux venus apprécieront l’endroit…

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Le test de la douche (28 décembre 2011)

« Je dois à des douches le dépucelage de ma pudeur. J’avais 9 ans et je découvrais le football. Mon premier match a été une horreur. Pourtant, j’avais marqué mon premier but, ce que j’allais fêter dignement en trinquant avec des laits fraise, et notre équipe avait gagné. Je me souviens que ce baptême du feu portait bien son nom, puisque la rencontre s’était déroulée sur un terrain rouge, autrement dit la hantise des footballeurs. Quand on tacle sur ce genre de surface, les genoux s’en souviennent… Et puis ça brûle.

Moi, durant toute la rencontre, je ne pensais qu’à une chose : les douches. Ce moment tant redouté où j’allais me retrouver à poil pour la première fois en public. Quand on est jeune, et quand on est plus vieux à bien y penser, on est obnubilé par son anatomie. La question est alors de savoir si vous serez dans la norme, si vous surclasserez vos partenaires, ou si, au contraire, vous serez la risée ou la cible préférée de vos petits camarades.

Donc moi, l’ailier gauche, qui réussirait la prouesse de finir une fois meilleur buteur de son équipe – chez les cadets et dans un club de district pour être honnête, ce qui n’a rien d’extraordinaire – je repoussais l’instant où l’arbitre sifflerait la fin du match. J’avais pensé à plusieurs scénarios pour emprunter une porte de sortie :

– Non, c’est bon, j’ai pas transpiré (c’était quand même l’été).

– Je me suis fait opéré d’un testicule, je n’ai pas encore cicatrisé.

– Bon, les mecs, j’en ai une très grosse. Donc, par respect envers vous, je préfère me laver chez moi.

– Ah merde, c’est con, j’ai oublié mon shampoing dans la voiture de mon père. Je vais le chercher et je reviens…

Bien entendu, je n’ai mis aucune de ces trouvailles à exécution. Tout ça pour dire que je menais pas large. Finalement, je me suis dit que c’était comme enlever d’un coup sec un pansement collé aux poils. Le moment venu, j’ai donc baissé mon slip comme un pansement. N’ayant pas trop été désavantagé par la nature (ça ne veut pas dire que je suis membré comme un minotaure), tout s’est bien passé. Les autres douches ont été une formalité. Plus tard, chez les seniors, je ne trouvais même pas gênant les intrusions intempestives de la secrétaire du club, au milieu d’une douzaine de queues et d’une vingtaine de couilles. L’intéressée se reconnaîtra sans doute…

Ou oublie souvent de le dire, mais le dépucelage de la pudeur est une étape parfois difficile à négocier quand on est jeune. Je dois au sport la guérison de ce complexe, ce qui m’a rendu un fier service par la suite. Je n’ai, en revanche, jamais révisé ma position concernant les terrains rouges… »

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