Rando épique en Estrie

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Au sommet du mont Chauve.

21 mai. Long week-end oblige, et soleil donnant du cœur à l’ouvrage, je décide d’aller m’aérer les poumons. J’opte pour la région de l’Estrie, qu’il me tarde depuis un bon moment de connaître plus en profondeur. J’ai loué une voiture, considérant que je me sens pas d’attaque pour un petit 200 bornes de marche. Un petit gabarit mais ça suffira, je lui demande juste de me conduire d’un point A à un point B. J’ai pas prévu de flamber, et là où je vais, suis pas sûr que les biches vont se pâmer devant mon carrosse. Je suis d’humeur aventurière,  j’ai envie de crapahuter un peu. J’ai les cuisses qui frétillent et je sens que mes chaussures de rando ont envie de se décrasser les lacets… 

Mon choix : le parc national du Mont-Orford, dont le point culminant, Mister Orford justement, domine ses sujets du haut de ses 850 mètres. Moi, j’ai pointé mon index vers le mont Chauve, plus petit (600 mètres). C’est celui qui me garantit un parcours dans mes cordes, dans la mesure où je veux grimacer un peu. Suis pas venu pour prendre des marguerites en photo. Au bureau d’accueil, une employée évalue à 6h30 les 16 km à avaler, « pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde », tient-elle aussitôt à préciser. En clair, papa et maman qui viennent pique-niquer avec la marmaille, la glacière, les chaises et tutti quanti… Je croiserai d’ailleurs une de ces tribus lors de mon ascension d’un pas alerte.

L’“agréable“ compagnie des maringouins

À midi et des brouettes, je m’élance. À mi-chemin, je décide de faire une halte pour profiter de la vue plongeante sur un lac. Je m’assieds sur le dos bombé d’un rocher, ravi d’être enduit de ce silence qui me tonifie les pensées. C’est oublier les maringouins (moustiques) contre lesquels l’employée du parc m’avaient mis en garde. « Ils sont en avance cette année. » En avance, et affamés ! Une véritable attaque en règle de mon épiderme, certains ayant déjà commencé à faire le plein de carburant. Je décide alors de manger une orange, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée vu leur état d’excitation. Au fond de moi, je me dis que ces saligauds ne vont quand même pas me pourrir ma journée. Eux, peut-être pas, mais une autre race de nuisibles sans doute. Je veux parler du touriste de base, bruyant de préférence. En ville ou lové dans la nature, il ne fait pas la différence. Quand il se déplace par grappe, c’est pire. Moi j’ai droit à deux grappes, l’une française, l’autre québécoise. Des jeunes, dans la vingtaine à vue de nez. Le genre pas très discret. C’est vrai que moi, étant seul, je ne vais importuner personne, sauf si je soliloque, au risque de passer pour un fou. Je décide de prendre congé de ce petit monde, convaincu que je trouverai mon havre de quiétude ailleurs.

Arrivé au sommet, je me dit qu’ils se sont un peu emballés en baptisant cette montagne le mont Chauve. Dégarni, à la limite, mais chauve ? Pour la quiétude, je déchante. C’était guère mieux que 200 mètres plus bas. Autre troupeau, même conséquence. Bon, en même temps, avec un sommet perché à 600 mètres, faut pas s’attendre à voir débarquer des alpinistes avec leur bouteille d’oxygène et leur pieu. Le mont Chauve, comme la majorité des montagnes au Québec, c’est pas l’Everest  ! Du coup, c’est à la portée de pas mal de monde, avec la pollution sonore que cela induit parfois. 

Le sens de l’orientation

Qu’à cela ne tienne, je lézarde une heure sur ce crâne offrant une agréable vue sur les alentours, ce qui me permet de constater la présence de résidus de neige sur un des sommets voisins. Vient le moment de redescendre. Une heure me dit-on pour rallier le point de départ. C’est sans doute vrai si on ne se trompe pas d’itinéraire  ! Du coup, je suis bon pour une heure supplémentaire, alors que la fatigue commence à se faire sentir et que mes réserves d’eau sont à sec. Alors que je rebrousse chemin, je tombe sur un randonneur qui me confirme que je fais fausse route, prenant un air désolé en m’annonçant que je suis encore loin de mon point de chute. Je sens monter le découragement. La perspective de devoir dormir sur place – sans tente ni papier toilette ! – recharge subitement mes batteries. Une heure trente plus tard, j’arrive à bon port… enfin c’est ce qu’il me semble. Car je n’ai aucun souvenir de ce cul-de-sac qui obstrue mon avancée. Je me retourne et aperçoit un autre marcheur. Voilà qui me rassure, je suis pas complètement perdu, sauf si ce dernier m’a pris pour son aiguilleur (le pauvre).

Un autobus nommé soupir

À ma gauche, au sommet d’un talus, je distingue le toit d’un de ces bus scolaires jaunes si typiques de l’Amérique du Nord. J’en conclus qu’il doit y avoir un parking. En m’approchant un peu plus, je constate que plusieurs personnes ont pris place à bord. Elles m’invitent à les rejoindre. J’apprends qu’il s’agit de la navette servant à rapatrier les randonneurs ne souhaitant pas faire la totalité du tracé. On m’informe par la même occasion que je suis chanceux, car il s’agit de la dernière de la journée. Les retardataires en seront quittes pour 7 kilomètres de plus à pied. Le hasard m’a conduit à cet autocar et je dois avouer que sur ce coup-là, il a bien fait les choses !

C’est la première fois que je monte à bord de ce genre de bus. Ils appartiennent à l’imaginaire collectif. Ils ont beau être photogéniques, leur confort et leur prouesse sur la route laissent un peu à désirer, surtout quand ils affichent complet. J’ai même cru que dans les montées – et on ne parle pas des ascensions du Tour de France – le bus allait se mettre à reculer. J’imagine que celui qui nous a ramenés à destination n’était pas le plus jeune de sa caste. Remarquez, pour profiter du paysage, c’est l’escargot idéal.

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Le très joli village de North Hatley figurait au programme de ma virée.

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