L’heure du rappel (3)

L’heure du rappel : c’est le nom de cette rubrique qui a vocation à faire du neuf avec du vieux, en publiant d’anciens textes de ce blogue. Histoire de leur donner un second souffle et de permettre aux lecteurs qui prennent ce site en cours de route de les découvrir. Inutile de dire que depuis la création de cet espace intimement public, il y a 5 ans déjà, les jets d’existence se sont accumulés. Je propose donc de rafraîchir la mémoire à mes fidèles lecteurs, en espérant que les nouveaux venus apprécieront l’endroit…

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Un poisson nommé Oli (28 mai 2012)

Je renoue avec la natation, dans un grand complexe sportif de Montréal, après trois ans d’inactivité aquatique. Je dois composer avec la présence de nageurs aguerris qui monopolisent le grand bassin.

Les nageurs de bocal sont donc conviés à se diriger vers le bassin peu profond. Peu profond, ça veut dire de l’eau à mi-cuisse quand on est debout, ou à peu de chose près. Donc, s’il me prend l’envie de plonger pour épater les truites, je suis bon pour flotter sur un brancard. Dans la piscine où je me trouve, il ne faut pas être pudique. À peine quelques cabines pour se déshabiller dans le vestiaire immense. Je m’en fous, j’ai pratiqué le football pendant presque 20 ans. J’ai donc appris à déballer l’artillerie devant d’autres hommes, lesquels, n’étant pas curés, ne m’ont jamais agressé sexuellement. Ah, les douches après une partie de football ! Je me souviens que certains se pissaient dessus parfois, c’était un jeu comme un autre. Un jeu con, mais un jeu quand même. Quand on vous pisse dessus et que l’eau est froide, ça fait du bien. On redevient vite des animaux… Parenthèse fermée. Donc, j’enfile mon beau maillot de bain, le même qui va si bien me mouler mon anatomie une fois dans l’eau, mais surtout, hélas, une fois sorti du bassin… Je maudis ce moment où l’on réajuste un peu sa dignité.

Le paradoxe des piscines est à regarder du côté des températures. Quand tu débarques habillé, tu pestes presque contre cette moiteur désagréable, tu te dis qu’ils exagèrent et tu maudis ce gaspillage de chauffage. Mais une fois en petite tenue, tu penses illico à la panne d’électricité, et tu estimes que les considérations écologiques n’ont pas leur place à quelques mètres de cette étendue d’eau javellisée qui va te planter des frissons dans tout le corps. Tu maudis aussi ces gens qui courent, ce qui provoque des courants d’air sur ta chair de poule.

En quittant le vestiaire, muscles des cuisses contractés comme une verge de toréador, j’ai constaté qu’il y avait foule ce jour-là. Une fois parvenu devant le bassin pour nains de jardin, j’ai considéré les trois lignes d’eau devant moi. A chacune correspondait une couleur : la jaune pour les lents (cancres), la verte pour les moyens (peut mieux faire), et la bleue pour les rapides (premiers de la classe). La sagesse me conduit à opter pour celle du milieu. J’enfile mes lunettes de têtard, grâce auxquelles j’aurai de belles marques autour des yeux, et j’y vais… Mais bout de quelques secondes, je percute presque le derrière d’une dame. Merde, un bouchon. Pas grave, je me glisse dans la file de gauche, celle des TGV. Sauf qu’au bout de 10 minutes, un nageur m’explique le plus gentiment du monde (pas sûr qu’en France on aurait pris autant de gants) qu’il existe une ligne pour les moyens… d’où je viens. Je dois donc redoubler. En clair, je traduis sa pensée profonde : t’es nul, va nager avec ceux de ta catégorie. Oui mais dans la catégorie en question je nage trop vite. J’en perds un peu mes nageoires. Si je les écoute, je vais faire des longueurs dans la cuvette des toilettes, mais je risque de tourner en rond…

J’ai finalement réussi à évoluer tant bien que mal avec les Verts, dépassant parfois un homme ou une femme méduse… Vous savez, ces gens qui croient nager mais qui flottent en réalité. On a envie de leur mettre des baffes ou de leur apprendre à lire ce qui est écrit sur les petites bornes posées au bord des bassins. Par exemple, moyen ne signifie pas lent. Je vous jure, j’ai vu un nageur, j’ai cru qu’il était mort. En fait, il avançait, comme un sac plastique bercé par une mer d’huile.

Je pense avoir nagé une heure, en comptant les collisions, les freinages, un ou deux brins de discussion. Dans le vestiaire, je croise un miroir. Oh les jolies marques autour des yeux ! Finalement, je crois que je préférais le maillot de bain ventouse.

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