Impropre à la contemplation

Ma très chère voisine du bas,

Tu es partie. Pas définitivement. Hélas. En apercevant les deux taxis stationnés devant chez toi l’autre jour, et les quelques valises que les chauffeurs s’affairaient à mettre dans leur coffre, j’en ai déduit que tu te cassais en vacances. Tu as pris l’habitude d’aller te ressourcer auprès de ta famille en Algérie – pays magnifique paraît-il – en prenant avec toi toute ta marmaille. Quatre ou cinq enfants je crois, que tu élèves seule, ce qui mérite le respect. Respect d’autant plus indiscutable que dans le lot figurent deux spécimen que mes oreilles ne vont pas regretter durant votre absence. Car entre les crises de calcaire du plus grand – à se demander s’il ne va pas un jour étriper une de ses sœurs – et la plus jeune, qui met mon amour de la chanson à rude épreuve en jouant les Castafiore, il y a de quoi vouloir se faire stériliser pour ne pas avoir de mômes.

Mais je ne suis pas là pour parler de ta ménagerie. Non, j’aimerais t’entretenir de ces poubelles que tu as cru bon de laisser sur le pas de ta porte, poubelles que les écureuils du coin ont éventré à la première occasion, en quête de substantielles provisions. J’avoue que c’est logique de laisser pourrir ses déchets devant chez soi quand on s’absente pour un bon mois, nonobstant la chaleur ambiante qui va se charger de faire faisander tout ça. Tu aurais pu, dans un élan de bon sens qui t’aurait honorée, entreposer tes vidanges dans ta cour arrière, histoire de nous épargner cette pollution visuelle et olfactive.

Je te laisse imaginer à quoi ressemble ton entrée depuis que tu es partie, et le sentiment de dégoût qui s’empare de tes voisins et des badauds, contraints de subir ce pitoyable tableau de détritus jonchant le sol. Par chance, je n’ai pas programmé de recevoir de la visite venue de France cette année, ce qui m’évitera les commentaires compatissants et interloqués d’amis ou de membres de ma famille face à cet affront fait à la sacro-sainte propreté.

Il y a des jours – et crois moi ils sont nombreux – où je me demande ce que vous avez dans la tête, toi et tous ceux qui souillent les trottoirs et les forêts de ce monde avec leur manque de savoir vivre… Récemment, je tirais à boulets rouges sur une personne qui n’avait pas éteint son téléphone mobile durant une représentation théâtrale (lire ma précédente chronique), lequel s’était bien évidemment mis à sonner, créant un certain malaise dans la salle. Toi, tu excelles dans un autre genre, pas très odorant je dois avouer. J’ai aussi remarqué chez ta progéniture une propension à insulter cette belle invention qu’on appelle une poubelle. Faudrait d’ailleurs que tu expliques le sens de ce mot à tes mioches, qui le confondent avec l’herbe qui devance les marches de votre petit ponton. Visiblement, ils assimilent cette discrète verdure à un dépotoir. Profites-en pour leur rappeler que les résidus qu’ils sèment ici et là ne sont pas biodégradables. Je sais, ça fait beaucoup à ingurgiter pour eux, mais essaie quand même, on ne sait jamais ! Ceci dit, tes voisins directs, qui n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, ne sont guère plus exemplaires en la matière, et encore moins prompts à ramasser les papiers qu’ils laissent choir sur le sol.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais en se baissant, on accède facilement aux déchets qui se trouvent par terre, et tout ça sans se démettre une côte ou risquer un lumbago. C’est mécanique, le corps humain a été conçu pour accomplir ce genre de gestes. Je vous le fais pas dire, la nature est sacrément bien fichue ! Il va s’en dire qu’un cerveau fonctionnel facilite cette prise de conscience. C’est pareil pour les poches de pantalons, très pratiques ! On peut y fourrer ses clés, ses mains et même quelque menus papiers, dans l’attente d’une poubelle à disposition pour s’en débarrasser. Je vous assure que c’est vrai !

Ah, et tant qu’on y est : il est de coutume de descendre ses poubelles la veille au soir. Le soir, c’est pas 14h. Je sais, les poubelles à la maison, c’est encombrant, pas très glamour, mais si on nous demande d’attendre la fin du jour pour en garnir les trottoirs, c’est qu’il y a une raison. Disons que c’est plus discret, ça atténue le spectacle peu ragoûtant offert par ces gros sacs verts ou noirs ventripotents qui digèrent des rebuts de toutes sortes, même des cadavres parfois…

À bon entendeur…

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