Deux Brexit en une semaine

Chère Angleterre,

On ne pouvait rêver plus beau cadeau. Ta défaite inattendue contre l’Islande, un confettis de 330 000 âmes connu pour ses geysers et ses volcans aux noms imprononçables, nous a rappelé à quel point le sport était beau, surtout quand c’est toi qui perds. C’est vrai que dans le confessionnal de la théorie, on te donnait victorieuse, on susurrait un quart de finale tout tracé contre l’équipe de France, bancale sur ses crampons mais toujours en course pour une couronne hypothétique. France-Angleterre, c’est vrai que ça avait de la gueule sur le papier. Et puis faut dire qu’après avoir quitté l’Europe des technocrates sur le terrain des urnes, après un référendum aux conséquences encore floues mais aux relents nationalistes évidents, on se prenait à rêver de te voir bouter hors des gradins européens par un coq revanchard, lequel n’a jamais vraiment digéré la défaite de Waterloo, et encore moins ces échanges linguistiques qui ont fini par virer au supplice culinaire pour des légions de petits Français (je sais de quoi je parle : 10 ans de psychanalyse à cause de tes petits pois vert fluo). Ce duel sportif hautement symbolique était très excitant il faut bien l’avouer. Comme un choc de titans enfanté par une crise profonde. J’imaginais déjà les commentaires enflammés adossés à cette rencontre sulfureuse.

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Photo : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP.

Qui aurait cru qu’après avoir coupé le cordon avec Bruxelles, tu déciderais d’enfoncer le clou par le biais de cette élimination prématurée aux contours extra-sportifs, en dépit des efforts de ton capitaine Wayne Rooney et sa tronche de repris de justice. Comme tu t’en doutes, les parallèles (un peu faciles) avec ton Brexit encore fumant de l’orgueil des vainqueurs étaient à prévoir, et beaucoup en ont usé jusqu’à la corde sur les réseaux sociaux, la rancœur encore pantelante. J’imagine déjà la tête des pourfendeurs de ta sortie fracassante si tu avais poussé l’insulte à brandir le trophée suprême après avoir adressé un joli doigt d’honneur à Merkel et sa bande…

Personne n’aurait imaginé que l’Islande, où les volcans sont restés hermétiques et les geysers fréquents depuis le début de cette chronique, se chargerait de t’indiquer, au prix d’un louable sens du sacrifice devant son but, le chemin de la sortie que beaucoup te prédisaient sur l’autel de la vengeance, qui pour le coup se déguste à température élevée (thermostat 10 me souffle-t-on). Lesquels doivent regretter au passage que la procédure de divorce entamée avec l’Europe ne soit pas aussi expéditive qu’un match de football…

 

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