Le sport qu’on aime

Cher petit Portugais,

Je m’adresse à celui qui a réconforté ce supporteur français en pleurs après la défaite crève-cœur des Bleus contre le Portugal en finale de l’Euro 2016. 

Tu n’as pas idée du nombre de gens que tu as pris dans tes petits bras en accomplissant ce geste régi par l’innocence. Pour emprunter une expression footballistique, tu es allé droit au but et tu as fait trembler bien des filets avec cette attitude d’une étonnante maturité.

Tu as pour toi cette jeunesse encore imperméable à la bêtise des adultes. Je pense notamment à ces blaireaux bien de chez nous dépourvus de cervelle, qui n’ont rien trouvé de mieux que d’agresser quelques-uns de tes compatriotes pour soulager leur déception. 

Du haut de tes vertes années, tu t’es conduit avec classe et tu as fait honneur à ce mot qu’il faut chérir autant que protéger : le fair-play. C’est dur, tu sais, une telle défaite à domicile, aussi près du but, qui plus est dans un pays en quête de remontant. Demande à ton peuple, à ceux qui ont vécu la désillusion de l’Euro 2004, quand les Grecs ont gâché la fête en remportant, sur vos terres, un titre qui semblait vous tendre ses bras. C’est cruel, le sport. C’est cruel à cause de cette règle marmoréenne qui n’autorise, en règle générale, qu’un seul vainqueur sur la plus haute marche. Aux sourires se mêlent donc, inexorablement, les larmes, qui aiment autant le camp des gagnants que celui des perdants.

Je fais partie de ces supporteurs que cette équipe menée par Deschamps a séduits et reconquis, en dépit d’un parcours en dents de scie et d’une conclusion à contre-courant de l’espoir suscité. Car derrière cette défaite infligée en prolongations, il y a matière à positiver. Il ne faut pas oublier le chemin parcouru par cette formation en quête de rachat après le fiasco de la Coupe du monde sud-africaine, qui a colmaté petit à petit les impacts provoqués par la honte. Le visage de cette équipe de France repentie n’a pas plus rien à voir avec cette bande de mercenaires à l’amour discutable du maillot, sortis sans gloire d’une compétition marquée par une grève des joueurs ressentie comme une trahison. La France était alors devenue la risée du monde, à défaut d’en devenir la championne ballon au pied. On repassait en boucle les images de ces nantis totalement déconnectés de leur base remontant dans leur bus, par solidarité pour un de leur coéquipier exclu du groupe à cause de propos outranciers proférés à l’endroit d’un entraîneur au capital de sympathie déjà fortement entamé. 

Dimanche 10 juillet, dans un Stade de France se rappelant au souvenir de 1998, avec Zizou et sa bande en maîtres de cérémonie, les Tricolores ont regagné les vestiaires bredouilles, avec pour seule consolation cette médaille d’argent qu’on donne à rogner aux vice-champions, qui a le poids du fardeau une fois autour du cou. Il faut toutefois leur être reconnaissant pour cette réconciliation entamée avec ceux et celles qui leur avaient tourné le dos ou ne se reconnaissaient plus dans l’arrogance qu’ils projetaient. Quoi qu’en disent les indécrottables détracteurs et autres girouettes aussi ridicules que prévisibles, sans oublier les théoriciens du complot – lesquels sont étrangement devenus inaudibles après le sacre portugais – cette génération Griezmann, puisqu’on l’a nommée ainsi, a remporté une victoire autrement plus précieuse sur le terrain de la rédemption. J’ai foi en cette génération qui n’a pas dit son dernier mot, et qui jouera sans doute, si elle reste soudée et bien dirigée, les premiers rôles lors du prochain Mondial.

En attendant, il faut s’en remettre au verdict du terrain et saluer la partie courageuse des Portugais, privés très tôt de leur icône de Ronaldo et qui ont plié sans rompre dans un stade au trois quart hostile, transcendés par un gardien devenu le Messie et épaulé dans les ultimes secondes du match par le poteau de la providence.

Tu vois, petit, ce qui fait la beauté du sport et du foot en particulier, c’est cette incertitude toujours en mouvement, qui se plaît à enfumer les pronostics les plus zélés et à clouer le bec de l’arrogance avec un contre-pied ravageur. Et puis c’est aussi ce petit garçon portugais consolant un supporteur français à la dérive qui lui répond avec une accolade émue. Les leçons de cette trempe sont toujours belles à voir et à partager. C’est fait.

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