Un refuge nommé Natashquan

 

13700228_10153907544637832_4393634882035379325_nJe suis retourné à Natashquan. La première fois, c’était il y a 4 ans, dans le cadre d’une tournée de presse. J’y avais passé une nuit et une demi-journée le lendemain, autant dire que ma frustration était grande. J’avais été frappé par la beauté et la quiétude du cadre. Je m’étais promis d’y revenir un jour, et quand l’occasion s’est présentée cette année, j’ai foncé.

Natashquan, c’est le bout du bout, et ce fut même pendant longtemps le bout d’une route, la 138 pour ne pas la nommer (depuis elle a été prolongée jusqu’à Kegaska, à une cinquantaine de kilomètres de là…). Natashquan, ça se mérite, surtout quand tu habites Montréal. Deux jours d’asphalte dans le corps et la délivrance au bout du compteur. Par chance, la route est belle et les villages traversés sont autant de parenthèses sur un parcours étirant son bitume à l’infini.  

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UNE ICÔNE PRÉNOMMÉE GILLES

Natashquan, donc. À peine 300 âmes sur un territoire immense – la Côte-Nord, où un certain Gilles Vigneault (souvenez-vous, « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ») a poussé ses premiers cris. La fierté de cette localité qui lui a dédié un musée dans l’ancienne école du village. Sa maison natale, inhabitée, est encore debout. Fragile, mais encore debout. Disons qu’une petite cure de jouvence s’impose. La solidarité locale s’est d’ailleurs mise en branle pour lui redonner belle allure. On la découvre sur le chemin qui mène à L’Échouerie, avec sa petite terrasse grignotant la plage, où la littérature de l’instant te dévoile ses plus belles pages. Un autre lieu incontournable, qui agit comme un aimant sur les habitants et les touristes. Lieu de détente, de rassemblement, mais aussi de spectacles, ce café-bistrot est vêtu de ce bleu qui va si bien au village. 

EMBLÉMATIQUES GALETS

Il existe un autre emblème à Natashquan : les Galets. On les identifie très facilement en arrivant, et le promontoire rocheux où ils ont été bâtis il y a plus de 150 ans est un havre de paix à conseiller aux contemplatifs. Ils restent magnétiques quelle que soit la couleur du ciel. C’est comme un village miniature, avec ses allées de bois reliant les 12 cabanes encore debout. Car on parle d’anciennes cabanes où les pêcheurs entreposaient leur matériel et le poisson séché et salé. Classées au patrimoine historique en 2006, la plupart d’entre elles ont fait l’objet d’un programme de rénovation en 2012, lequel, confié à une entreprise extérieure, a fait grincer pas mal de dents chez les habitants, déçus de ne pas avoir pu remettre d’aplomb, et à moindres frais (on parle toute de même d’une facture de 500 000 dollars) ce qu’ils considèrent un peu comme leur Tour Eiffel. Mais laissons là cette bisbille locale.

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Les Galets : l’emblème de Natashquan.

DEUX SOLITUDES

À Natashquan, tu peux croiser des chiens qui ressemblent à des loups. Ça m’est arrivé un soir. Je revenais tranquillement de la plage. Sur le coup, j’avoue avoir été pris d’un doute. Il a surgi de nulle part, je suis resté stoïque dans mon slip. Le doute n’est jamais bon pour la sérénité. Je vous jure que j’ai pas pleuré… Avant lui, j’avais croisé un autre toutou qui divaguait, sans oublier ce gros caniche, lors de mon premier petit-dejeuner au bord de l’eau. Je m’étais mis en tête de savourer le paysage en dégustant mes céréales, mais devant l’intrusion de ce canidé malpoli, qui n’avait d’yeux que pour mon bol, espérant une inattention de ma part pour y fourrer ses babines, j’ai dû opter pour une solution de repli. Ça commençait bien… Tu peux aussi croiser des Autochtones. Normal, tu te trouves sur un territoire innu, et la communauté amérindienne – des Montagnais – la plus proche a planté ses maisons et ses tipis dans le village voisin de Pointe Parent, à 5 kilomètres de là. Ce qui m’a frappé, je dois l’avouer, c’est la césure que l’on ressent entre les deux peuples. Disons qu’ils cohabitent à défaut de vivre ensemble. D’ailleurs, Pointe Parent est scindé en deux, avec d’un côté le village des blancs comme ils disent et de l’autre celui où résident ces descendants des Premières Nations. 

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DU VENT SUR LA TOILE

À Natasquan, le vent fait partie du décor. Il se met parfois à souffler très fort, et longtemps. Quand je dis longtemps, c’est la nuit, le jour, et la nuit d’après. Avantage : les nuages partent aussi vite qu’ils sont arrivés. Inconvénient : ça pogne un peu les nerfs quand t’as prévu de dormir un peu. Parfois aussi, le ciel se met à gronder si fort que tu cries « maman ! » (nan c’est pas vrai) Chose certaine : le coup de tonnerre qui a fracassé le ciel un soir où j’étais plongé dans ma lecture du kamasutra pour les nuls m’a fait l’effet d’un tremblement de terre. Disons que la foudre était pas passée loin.  J’avais jamais entendu je crois un tel craquement, comme si les cieux avaient ouvert grand leur bouche pour avaler mon petit cocon. Impressionnant, je vous le dis ! 

DES NOMS QUI RÉSISTENT AU TEMPS

À Natashquan, tu as une épicerie qui ressemble à un dépanneur amélioré, une pompe à essence, deux petits musées, quelques artisans et une offre de gîtes assez surprenante vu la taille du village. Moi, j’ai loué un charmant chalet chez Paulette et Camille Landry. J’ai même eu droit un matin à du pain fait maison et un peu de confiture de chicoutai, le fruit emblématique de la région, dont la cueillette n’est visiblement pas une partie de tout repos. Des Landry, il y en a beaucoup ici, comme les Vigneault d’ailleurs, et aussi les Lapierre, dans une moindre mesure. Comme si ces deux clans avaient bâti de leur mains ce village et entretenu la dynastie de génération en génération. 

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Un des îlots où je suis allé me réfugier.

SE BAIGNER ET SURVIVRE

À Natashquan, tu peux te baigner ! Je jure devant Sophie Marceau que c’est vrai. C’est d’ailleurs, paraît-il, le seul endroit de la Côte-Nord où tu peux te baquer, et un des rares au Québec, où, faut-il le rappeler, la baignade s’apparente à un défi. Non seulement, l’eau est supportable, au point où ta peau ne devient pas bleue, mais la plage est immense. Cerise sur le gâteau : tu as pied sur des centaines mètres… Et par endroits, à marée basse, des îlots de sable se forment. Des îlots où tu cours te réfugier et te sens l’âme d’un Robinson.

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Quand tu fais confiance au hasard, la nature te réserve parfois de bien belles surprises…

OSER LE PAS DU PORTAGEUR

À Natashquan, tu peux faire de la randonnée. Pour ceux qui aiment les parcours balisés, il y a le Sentier le Pas du Portageur. Ce fut une belle surprise pour moi, au point où je l’ai accompli deux jours de suite. Il faut compter un bon trois heures de marçhe pour l’effectuer dans sa totalité… et être aussi un peu téméraire. Car le sentier en question n’a visiblement pas été entretenu depuis quelque temps, comme en atteste l’état de délabrement avancé de certains aménagements, ou encore cette portion rendue inaccessible par la chute d’arbres (la faute des castors, présents dans le secteur ?) Pas suffisant pour me faire rebrousser chemin, et je dois dire que je ne l’ai pas regretté ! Le Pas du Portageur offre une belle variété de paysages, à commencer par la taïga, très présente dans cette région, sans oublier la rivière Natashquan, sertie de sable par endroits, où il est très agréable de se baigner. Un décor de carte postale où le silence est roi et l’eau, peu profonde, à bonne température ! Au début et vers la fin du parcours, on croise aussi des mangeoires d’oiseaux, toutes différentes les unes des autres, qui servent aussi de repères pour le marcheur.

LA PLAGE SANS LA MER

Autre coup de cœur : la route menant au petit aéroport, et qui se termine en cul de sac sur un lac. Il faut quitter cette bande de bitume pour se plonger dans un décor qu’on ne soupçonnait pas à quelques kilomètres de la mer, et qui rappelle parfois les dunes littorales de la Vendée. Le sable est parfois si dominant, ne laissant que des miettes à la végétation locale, qu’on se croirait parachuté en plein désert… C’est lors de cette journée très ensoleillée, où le hasard guidait mes pas, que je suis tombé sur cette oasis qui a comblé mon instinct contemplatif. Le genre d’endroit où tu te laisses imprégné par la beauté ambiante. Tu es prisonnier d’un tableau peint par la nature et tu n’es pas pressé de recouvrer ta liberté.

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Les paysages de la Côte-Nord sont parfois surprenants !

J’ai roulé moins vite en quittant ce petit coin de pays. J’étais pressé d’aller me jeter dans les bras de cette contrée reculée, vivant à son propre rythme, mais le jour du grand départ, j’ai béni la distance qui me séparait de Montréal. Natashquan me reverra un jour. 

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Sur le sentier du Pas du Portageur, entre taïga, forêt et rivière.

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