Imprévisible amitié

L’amitié. Voilà un bien joli mot, un mot que l’on cuisine à toutes les sauces. Un mot terriblement fragile aussi, aux humeurs changeantes, qui peut se désagréger à la moindre contrariété. On n’y peut rien, c’est comme ça. Elles vont, elles viennent, certaines sont plus solides que d’autres, certaines valent plus la peine que d’autres. On les détricote, on les rabiboche aussi. Elles saignent, elles pleurent, elles enlacent, elles en bavent, elles rebondissent, elles remplissent… Bref, elles sont.

Quand on est jeune, on a tendance à « facebooker » cette notion sacrée; c’est à celui qui en aura le plus. On capitalise sur le nombre, on croit, à tort, que la quantité est mère de sûreté. Avoir beaucoup d’amis, c’est comme les « like » qu’on empile dans un coin de son ego, la main jamais très loin du pantalon. En gros : ils me like donc je suis. Je ne connais pas royaume plus hypocrite que FB, ce fils de bute.

Avec l’âge, on inverse le curseur. On fait le tri, on analyse, c’est un peu l’heure du bilan, même si aucune amitié parmi les plus solides n’est à l’abri d’une fêlure, d’un incident de parcours, d’une trahison ou d’une incompréhension. Le plus dur dans tout ça est d’accepter ce turnover, et de tirer parfois un trait sur des relations sur lesquelles on avait beaucoup misé. L’amitié, c’est rien qu’une grande roue : soit tu montes soit tu descends…

Il arrive qu’on récupère in extremis un bonheur qu’on croyait perdu, et, curieusement, l’amitié qu’on a réussi à sauver paraît soudain plus solide. Elle se nourrit du cancer qui la rongeait, et trouve dans les blessures passées le moyen de resplendir. Je sais, à vrai dire j’en suis sûr, que nous sommes tous passés par là. Après chacun le vit et encaisse à sa façon.

Mon départ pour le Québec a mis pas mal de mes amitiés à rude épreuve et j’ai tenté, autant que faire se peut, de les entretenir malgré la distance. Récemment, j’ai envoyé des cartes postales à certains, comme autant de mains tendues, et la plupart des destinataires ont répondu. C’était ma façon de dire que je ne les oublie pas. Ma vie n’est plus en France et j’ai dû me reconstruire un cercle d’intimes ici, chez les cousins, où l’amitié est soumise aux mêmes turbulences, mais ça n’effacera jamais ce qu’ils représentent à mes yeux.

À chacune de mes visites en France, j’essaie de voir le maximum de ces potos qui comptent, mais c’est souvent mission impossible. Parfois, c’est juste une heure, et à chaque fois on ne m’en tient pas rigueur; la seule chose qui compte est que l’on se voit. Point. Les vrais amis devraient toujours réagir ainsi. Dans le meilleur des cas, je passe même une nuit chez eux, ce qui prolonge le plaisir, et là encore, la majorité a toujours été consciente des efforts que je déployais, avec les moyens du bord, pour conserver ce lien qui nous unissait.

Il m’est arrivé d’accorder autant de place à ces amis qu’à ma propre famille famille, que j’adore, car je les ai toujours considérés comme une seconde tribu. Je n’ai jamais eu un mot déplacé à leur endroit, même à 6 000 km de là, je les respecte, et leur bonheur m’a toujours comblé; je ne les ai jamais enviés et j’ai accepté leurs défauts. Moi même, je ne suis pas parfait, je suis le premier à le dire. Ça n’existe pas, les gens parfaits, sauf sur les couvertures tronquées des magazines… Mais si on m’aime vraiment, on prend le package. C’est le deal.

Ces efforts ne suffisent pas toujours, hélas. Je l’ai appris à mes dépens il y a quelque temps. Le couteau qu’on vous plante dans le dos, ça n’est jamais agréable, comme les insultes d’ailleurs. L’attaque fait encore plus mal quand les missiles et les crachats sont envoyés par des proches, des amis de longue date, des gens que vous respectiez. Des gens qui se permettent des remarques blessantes sans connaître votre quotidien ni même prendre la mesure du sens de votre visite chez eux, aussi courte soit-elle. Des gens à qui j’ai envie de dire ceci : si je venais vous voir, ce n’était pas pour bouffer et boire un coup gratos, c’est parce que vous comptiez, c’est tout. Ça me semblait évident. Alors forcément, la belle maison qu’on avait bâtie s’est effondrée.

Je sais, on a connu des textes plus amusants, en tout cas légers, sur ce blog aux émotions contrastées, adepte du second degré, parfois sarcastique, jamais avare d’un peu d’humour, de coups de gueule et de confessions plus intimes comme celles-ci. Salutaires, forcément.

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2 replies »

  1. Tellement vrai ! J’ai vécu qq chose de semblable dernièrement un membre de la famille que je voyais a l’occasion qui ne me connaissait pas ,je voudrais bien avoir votre plume pour ……. Me faire du bien 🙁

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