Marathonien un jour…

… marathonien toujours. C’est ce que m’a dit un ancien forçat du bitume en 2004, la veille de mon premier 42 km et des poussières. C’était à Paris. Il avait raison. Une fois la ligne d’arrivée franchie et quel que soit le chrono, vous intégrez la grande famille, vous êtes un des leurs.

20160924_200827Si je parle marathon, c’est parce que celui de Montréal a lieu aujourd’hui. Une épreuve qui ne m’est pas étrangère… À l’orée de mes 40 ans, je m’étais élancé du pont Jacques-Cartier, comme des milliers d’autres coureurs, après un simulacre de préparation. Autant dire que le stress était aussi grand que l’inconnu. Je crois, à vrai dire j’en suis sûr, que je n’ai jamais autant souffert les baskets aux pieds que ce jour-là. Je l’avais fini au mental, avec une photo de ma nièce à portée de main pour me motiver, mais aussi ce désir pugnace de le finir pour ma mère, qui avait combattu un cancer. Cette souffrance – relative donc – qui avait été la mienne m’avait inspiré un texte dont les mots avaient fini étalés dans le journal La Presse (ci-contre). J’avais notamment écrit que ces deux femmes étaient devenues mes jambes quand je devenais un zombie.

À Paris, la souffrance avait été passagère, en tout cas sans commune mesure avec mon expérience québécoise, qui a failli me vacciner à vie contre la course à pied. Elle s’était résumée à ce fameux mur qui vous vampirise; quand il vous frappe, le mental claudique, c’est la panne sèche, et aucune pompe à essence ne semble en mesure de vous requinquer… Moi, fallait pas me parler, j’aurais insulté la terre entière, j’étais dans ma bulle et je courais au ralenti. Ça m’était arrivé au 35e kilomètre, dans un quartier huppé près de Roland Garros plus propice à la rêverie qu’à la survie. Vers le 40e, la ligne d’arrivée approchant, la machine s’était remise en marche, puisant dans ses dernières réserves, comme par miracle. Je m’étais même surpris à accélérer pour grappiller quelques places au classement.

20160924_190548Avant de m’élancer sur les Champs Élysées – quel bonheur au passage de pouvoir courir sur cette avenue mythique ! – j’avais pas pris l’entraînement à la légère. Trois à quatre sorties par semaines, dont deux semi-marathons pour habituer l’organisme à ce type d’endurance. Et à l’arrivée, quelques kilos en moins sur la balance, au point où un ami croisé dans la rue m’avait cru malade… Les 42, 195 km de Paris en ont retranché 4 de plus ! Un kilos en moins par heure, allez hop !

Ce marathon restera à jamais gravé. Parce ce que c’était le premier, dans une ville magnifique qui vous épaule avec ses décors de carte postale, même si à un moment tu ne les remarques plus. Nous avions été encouragés d’un bout à l’autre par des centaines de milliers de personnes, en musique parfois, ou avec le soutien des pompiers de la Ville Lumière. J’ai couru Paris avec un ami. On s’était promis de le finir ensemble mais un gros coup de pompe en a décidé autrement. Au moment où il flanchait, j’avais les jambes en feu, comme si on m’avait dopé à mon insu. Jusqu’à ce mur sans pitié 5 km plus loin.

J’ai une pensée pour tous ceux et celles qui vont prendre part au marathon ce matin, et tout particulièrement ceux qui vont vivre cette belle expérience pour la première fois. Avec cette fierté légitime en bout de ligne, et la leçon qu’ils en tireront après coup. Celle-ci : ne jamais baisser les bras. 

 

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