Une date en plein cœur

Aucune tour n’est tombée ce jour-là, mais la blessure infligée a causé des dégâts tout aussi importants que l’attentat perpétré par des terroristes islamistes en 2001 à New York… L’histoire s’est passée en 1989. Elle est remontée à la surface ce mardi 6 décembre, et, d’une année à l’autre, la plaie suinte à nouveau…

Le 6 décembre est une date à jamais maudite au Québec, à proscrire de la mémoire des plus sensibles. Une date synonyme de tragédie et d’incompréhension, de larmes et de sang, de « avant » et « après ». Car il y a eu un avant et un après après le drame de Polytechnique, du nom de cette école maculée de douloureux souvenirs, et qui inspira un cinéaste québécois. Son film, à la lisière du documentaire, a fait l’effet d’une bombe dans ma tête le jour sa sortie (2009) et mon cœur d’immigrant avançant encore à tâtons dans la province francophone… 

Pour l’occasion, j’exhume ce texte écrit après être allé voir ce long-métrage bouleversant. J’en étais ressorti ébranlé. Le tireur fou avait laissé une lettre pour expliquer son geste mortifère.  « J’ai décidé d’envoyer ad patres les féministes qui m’ont toujours gâché la vie », écrivait-il notamment. Il a, hélas, tenu parole…

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« Quand Marc Lépine a tiré, ses balles ont traversé tous les Québécois. Le 6 décembre 1989, il dégoupillait sa haine des féministes en abattant froidement quatorze innocentes à l’école polytechnique de Montréal. Vingt ans après, les détonations résonnent encore dans la conscience collective…

Je suis allé voir le film qui retrace cette tragédie. Sobre, comme son titre: Polytechnique. Le réalisateur a opté pour un format noir et blanc qui neutralise la couleur du sang et participe au travail de mémoire. La réalisation, tout en retenue, pose un linceul sur les effets de manche qui n’avaient pas leur place dans ce long-métrage intense dont on escalade chaque minute.

Polytechnique ne dure que 1h15 mais on en ressort vidé et bardé d’interrogations.  La décision – politique – du tueur, qui s’est suicidé sur les lieux du massacre, met en lumière le côté sombre de la nature humaine. Le 6 décembre 1989, j’entamais en France ma dernière ligne droite avant le baccalauréat. Rien ne me destinait à découvrir un jour la Belle Province. Aujourd’hui, j’ai posé une main sur une blessure encore béante pour sentir le pouls d’un peuple meurtri. Comprendre une culture, c’est aussi écouter ses peines.

Pour la première fois, je me suis senti Québécois en assistant à cette projection émouvante, touché moi aussi par une balle perdue sur un champ de  bataille où les morts ont tous le même sexe.

Quand le rideau du film s’est baissé sur le nom des victimes, j’ai traîné mon regard à droite et à gauche. Une mosaïque de visages graves et émus. Le silence, tout juste perturbé par la complainte des mouchoirs, est devenu très pesant. J’étais plongé dans l’intimité d’une famille, la pupille un peu humide…

Je suis entré dans une salle de cinéma, mais j’ai quitté une église. »

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