Les belles et le Best

Oui, je sais, vous découvrez ce titre et vous vous dites que l’on va parler de moi. Eh bien non, ma mégalomanie dût-elle en souffrir…

Je vais vous parler de George Best, du moins du livre que lui a consacré Vincent Duluc, une des plumes du journal L’Équipe. Donc on va jaser sport, de foot plus précisément, ou de soccer si vous habitez en Amérique du Nord. De légende surtout. Car celui que l’on surnommait le 5e Beatles a enflammé les stades de Sa Majesté, à une époque où l’Angleterre faisait grise mine sur le terrain économique. Ce joueur aussi charismatique qu’imprévisible a fait les beaux jours de Manchester United, bien avant les Cantona, Beckham et consorts….

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UN SÉDUCTEUR ET UN DRIBBLEUR SANS PITIÉ

Pour saisir toute la dimension de cette icône pop érigée en sex-symbol, il faut remonter aux années 60, avec pour point culminant le millésime 68, qui verra Best remporter la Coupe d’Europe des clubs avec les Red Devils, aux dépens du Benfica Lisbonne, et s’adjuger le Ballon d’Or remis au meilleur joueur européen. On parle d’un temps aux couleurs délavées où on le désignait comme le meilleur au monde à son poste, et encore aujourd’hui les spécialistes le rangent parmi les attaquants emblématiques de la grande encyclopédie du « foutcheuball », le plus grand aux yeux de ses compatriotes, cité comme modèle par Pelé et Maradona, rien que ça ! Car ce Nord-Irlandais de souche, que des recruteurs anglais ont un jour débusqué à Belfast, ville tristement célèbre pour la guerre civile qui y a fait rage, était programmé pour aller au but (et tout autant pour séduire), souvent seul, après avoir effacé plusieurs adversaires de ses dribbles foudroyants. Ses dribbles, parlons-en. Ils pétrifiaient sur place ceux qui se mettaient en tête de lui chiper le ballon. Sans parler de ses feintes qui perforaient les défenses  ennemies… On avait coutume de dire que les Beatles se chargeaient de la musique et lui de la chorégraphie.

SEXE, ALCOOL ET FOOTBALL : LA TRILOGIE D’UNE VIE

Ce sont des amis qui m’ont conseillé de lire Le Cinquième Beatles, que j’ai dévoré en deux jours, moi aussi sous le charme de cette personnalité plus grande que nature. Avant cela, je n’avais qu’une vague idée du destin hors normes de ce champion lardé d’anecdotes, fortement imbibé d’alcool et qui comptait une femme dans chaque pore… Comme l’écrit Duluc, la boisson et le sexe (on ne parle pas d’amour, on peut d’ailleurs se demander s’il a vraiment été in love, y compris avec celle qui lui donnera son unique fils, Calum) auront été ses deux béquilles. On ne peut rester de marbre devant ce conte de fée mis en pièces sur un lit d’hôpital, où cette rock star du sport roi (il fut la seule au passage) a rendu son dernier souffle comme on jette son bouclier, en 2005, le foie en compote (celui d’un autre au passage, il avait reçu une greffe en 2001, ce qui ne l’avait pas empêché de renouer avec ses vieux démons) et le visage cireux. Triste fin de règne d’un homme qui provoqua des hystéries semblables à celles que laissaient dans leur sillage John Lennon et sa bande, et dont les fulgurances sur les terrains verts flirtaient parfois avec la grâce.

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Un amateur de femmes mais aussi de voitures.

J’ai toujours eu un faible pour les personnes un peu en marge, qui prennent plaisir à froisser la copie trop lisse de la vie, ceux que l’on rassemble volontiers sous la bannière des enfants terribles. Leur décadence muée en déchéance a quelque chose de rebelle, d’insoumis, et cette insoumission inspirante à certains égards porte les germes de la liberté. George Best aura fait voler en éclat l’univers compassé et très hiérarchisé du football anglais, à une époque où il était de coutume pour les jeunes joueurs de nettoyer les chaussures et les maillots de leurs aînés. Cet apprentissage du respect s’imposait dans les vestiaires et personne n’aurait osé le remettre en cause. Sauf qui vous savez, avec sa gueule d’ange, ses yeux violets et sa chevelure en symbiose avec son tempérament dévergondé. 

POUR LE BEST ET LE PIRE

le-cinquieme-beatlesGeorge Best, et c’est peu de le dire, aura brûlé la chandelle par les deux bouts, pas avec une allumette mais un chalumeau, n’épargnant rien à ce corps qu’il refusait de voir vieillir, qui fut l’instrument de sa gloire avant de devenir celui de sa déliquescence. À commencer par ces torrents d’alcool – avec une forte dose de vodka, dont il raffolait, en général mélangée à du jus d’orange – qu’il lui a fait ingurgiter et dans les bras duquel cet enfant terrible du football allait se réfugier.

Objet de quantité d’ouvrages et de reportages, George Best a laissé son empreinte dans le panthéon couru des grands de ce monde, malgré sa vie sulfureuse et son déclin pathétique et émouvant à la fois, comme lorsque l’on assiste, impuissant, au crépuscule d’un super-héros dont on refuse la capitulation. Si on a peine à comprendre comment des gens qui ont tout peuvent gaspiller leur destin de cette façon, on peut cerner les contours de cette passion qui a accéléré leur passage sur terre. 

On achève ce livre sorti en 2014 le cœur un peu lourd, et pour un peu on rejoindrait le cortège inconsolable de ceux qui ont assisté à ses funérailles, sous un ciel au diapason de la douleur ambiante. J’avais deux ans quand George Best a quitté pour de bon Manchester United et pris ses distances avec ses belles années. J’ai découvert 42 printemps plus tard sa vie, son œuvre et sa lente descente aux enfers. Sans vraiment savoir pourquoi cet Irlandais du Nord amateur de belles voitures m’a ému plus que d’autres sportifs de haut rang. Je crois que c’est le pote, le frère ou le père que j’aurais aimé avoir. Un mélange de héros et de paria, qui fut roi et clochard, à la personnalité aussi pénétrante que ce regard rieur qui semblait faire un gros doigt d’honneur aux donneurs de leçon…

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George Best avait aussi le sens de l’aphorisme; voici quelques-unes de ces citations les plus savoureuses.

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