Skieur du fin fond

Je traverse en ce moment une période de baptêmes. Je parle ici de baptêmes sportifs. Ça a commencé avec le Kin-ball. J’avais beaucoup aimé l’expérience, en dépit de quelques chutes et deux ou trois phalanges douloureuses.

Il y a deux semaines, j’ai remis ça en me confrontant à la pratique du ski de fond, dont j’avais eu un très vague aperçu durant mon adolescence. D’où cette impression légitime de repartir à zéro. Je dois cette défloration à une gang d’amis rompus à cette pratique, rencontrés durant la TDLG 2016. La TDLG ? J’en ai aussi causé. Pour les retardataires, c’est par ici. La Traversée de la Gaspésie, c’est un rassemblement de malades joviaux qui communient sous la bannière du ski de fond mais aussi de la raquette, laquelle s’est faufilée jusqu’au menu de cette virée roborative pour le cœur, sportivement et humainement parlant. 

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C’est ainsi que je fis la connaissance de deux Virginie et un Éric. Un trio qui me ferait par la suite découvrir une Christelle, une Marie-Fred et d’autres personnes colorées dans leur genre. Il y a 15 jours, je prenais la direction des Laurentides, armé d’une paire de skis qui ne m’inspiraient pas confiance. Non qu’ils fussent de piètre qualité – bien au contraire, j’étais équipé comme un prince ! – mais disons qu’entre eux et moi le contact tenait plus de la méfiance que de la copulation. Je les soupçonnais d’avoir été conçus pour me faire tomber, et le futur allait me donner raison ! Pour célébrer mon baptême, j’ai récolté une dizaine de chutes, dont une sortie de sentier qui a tenté de me caser avec un arbre, m’obligeant au passage à requérir l’aide d’Éric, alors que mon corps tordu de ridicule s’enfonçait doucement dans un bon mètre de poudreuse. J’avais trouvé cette première expérience épique, assez éreintante merci bien!, mais plaisante malgré tout. Assez pour en remettre une couche (de neige?), pas plus tard que dimanche passé, au camping de Saint-Agathe-des-Monts, toujours dans les Laurentides.

Skier un dimanche, on n’a pas idée. Le jour du Seigneur, paroxysme de la paresse et du ralenti, avec la grasse mat’ faisant office d’eucharistie. L’oreiller du Christ… Amène ! Skier quand le ciel est d’humeur chagrine et qu’une douceur anormale pour la saison a transformé la neige en colle. Croyez-moi, il faut être motivé pour s’élancer dans de telles conditions, avec le souvenir encore tiède de votre personne enfouie sous la couette.

Rapidement, notre groupe s’est scindé en deux, Éric proposant de servir de chaperon à Souhaila, une Tunisienne éprise de salsa qui venait de me ravir le rôle de débutant, à mon grand soulagement. À eux donc la pastille verte, synonyme de parcours facile… Pour ma part, j’avais hérité du bleu, couleur attachée aux pistes réputées difficiles, un cran au-dessous des tracés noirs. Un minimum pour les deux Virginie qui m’accompagnaient, plus aguerries que moi. Difficile : voilà un mot que mon cerveau de skieur encore vert sous les spatules avait bien du mal à accepter, malgré la perspective de glisser en si délicieuse compagnie (le matériel m’étant fourni par l’une d’elles, j’ai promis d’être obséquieux durant la saison hivernale). On appelle ça cirer les pompes, ou, pour être plus en phase avec la discipline du jour, farter les skis ou les égos… 🙂

img_88641On a fini par rejoindre Éric et Souhaila dans un refuge qui n’attendait que nous pour nous déclarer sa flamme. Encore fallait-il la faire naître, cette flamme pourvoyeuse de réconfort. Une des Virginie, surnommée « la petite » en raison de son statut de cadette de la bande, m’a alors proposé d’allumer le feu, puisque j’étais un homme a-t-elle glissé… Une perspicacité qui attisa les résidus de virilité en moi. Sauf que je n’ai pas vraiment l’âme d’un homme des bois, et que les feux et moi, c’est comme l’amour avec une femme : aléatoire ! Faute de pouvoir solliciter l’autre Virginie, qui brillait par son absence, on s’est donc débrouillé par nous-mêmes, parvenant au final à mettre de la vie dans ce foyer inerte.

Une petite heure plus tard, on repartait de plus belle, sous un soleil plus généreux. Mes deux amies ont alors décidé d’opter pour un trajet plus conforme à leur envie de sensations fortes, ou en tout plus adéquat avec leur pratique régulière du ski de fond. Alors que mon estomac était en mode digestion, les donzelles avaient faim de glisse! C’est comme ça que je me suis retrouvé sur une piste noire, non sans avoir tenté de les dissuader, eu égard à mon niveau de skieur balbutiant. Mais vu qu’on ne peut pas rivaliser face à deux femmes entêtées, qui ont l’art de vous caresser dans le bon sens du poils pour vous faire courber l’échine, j’ai donc fini par accepter le défi, alors que le gyrophare du stress venait de se mettre en action dans ma tête. Car qui dit piste noire dit en général une descente bien raide, le genre à vous faire regretter d’avoir dit oui, et accessoirement vous faire retomber en enfance à grand renfort de larmes que vous pensiez perdues…

img_88971Aussi bizarre que cela puisse paraître, je m’en suis tiré sans trop de chute, restant même debout dans des portions à entreprendre avec tact, qui scintillaient le piège. J’ai en revanche poussé le paradoxe à tomber alors que rien ne m’y obligeait, en position statique par exemple, et même dans une montée, dans cette position du canard qui donne à l’égalité ses lettres de noblesse, la parité dans le ridicule il va sans dire…  J’ai donc rempli mon contrat même s’ils me reste bien des ajustements à effectuer – notamment dans les descentes, ma hantise ! – avant de pouvoir fanfaronner en tambourinant sur mes pectoraux à la manière d’un gorille un tantinet hâbleur.

La sortie s’est achevée par une petite bataille de boules de neige, un classique, avec le non moins proverbial bonhomme de neige, le premier du genre apparemment pour l’amie tunisienne. Un autre baptême en quelque sorte. Le petit chocolat chaud (bouillant même) qui a ponctué cette virée fut d’un grand réconfort et amplement mérité. Avec, cerise sur le gâteau, un clin d’œil à ma région natale, la Lorraine, puisqu’un ouvrage sur les Vosges (un des quatre départements de ladite région) était consultable sur place. L’occasion de confirmer que les Québécois savaient être moqueurs. Mais vous savez ce qu’on dit : qiui aime bien châtie bien ! 😉

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