Pour l’amour du rêve

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Je suis allé voir La La Land, devenu Pour l’amour d’Hollywood au Québec.

J’ai longtemps hésité avant de me décider. Je suis toujours dubitatif quand il s’agit de comédie musicale, ce que ce long-métrage servi par une solide trame sonore prétend être, même si la part de chansons reste modérée, ce qui faisait mon affaire. On est loin des Misérables mettant en scène entre autres Russel Crowe, Hugh Jackman et Anne Hathaway, où pour le coup les séquences parlées se résumaient à la portion congrue. On retrouve pour l’occasion la patte de Damien Chazelle (également scénariste), qui nous avait gratifiés de l’excellent Whiplash, véritable étendard du batteur, avec sa scène finale qui claque comme un feu d’artifice.

Le jeune cinéaste américain nous refait le coup de la scène coup-de-poing dans son nouvel opus, sauf que cette fois il nous livre le dessert dès l’entame, sur une autoroute saturée de Los Angeles qui quitte sa torpeur moite et engoncée dans un plan séquence réglé au millimètre et d’une grande fluidité. L’entrée en matière parfaite pour mettre l’eau à la bouche.

Les comédies musicales, je disais, je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire, pour paraphraser le regretté Coluche. Dans ce domaine, mes battements de cinéphile vont à Chantons sous la pluie (qui réapparraît ici et là à travers quelques pas de danse complices), une référence sur le plan chorégraphique, Grease, avec son côté meringué, ses midinettes et ses blousons noirs au cœur tendre, et Moulin Rouge, qui a fait ressortir mon côté fleur bleue, alors qu’au moment de sa sortie je vivais une histoire passionnelle, sans possibilité de happy end… Chienne de vie.

La La Land est une belle déclaration d’amour à cette cité des étoiles (Los Angeles) qui alimente les paroles d’une chanson au refrain entêtant et sait se montrer cruelle loin des projecteurs, rabotant la motivation d’une pléthore de candidats rêvant de percer la grande toile du 7e art, et qui, en bons Tayloristes de l’espoir, enchaînent les auditions devant des juges sans pitié, pour ne pas dire sans considération.

C’est aussi une belle histoire entre deux êtres mués par le même désir d’atteindre leur but, lui dans la musique (le jazz), elle dans le cinéma. Loin de verser dans la mièvrerie ou le propos sirupeux, ce candidat très sérieux à la récolte d’Oscars – qui a déjà tout raflé aux Golden Globes – finit par effilocher une passion qu’il avait savamment et doucement tricoté. Emma Stone et Ryan Gosling forment un couple très beau, peut-être trop pour les trompettes de la renommée. On aimerait, pris dans le tourbillon des bons sentiments que la magie de la mise en scène façonne, unir leurs ventricules à jamais, sauf que leur bonheur réciproque est condamné à d’autres horizons.

Car Damien Chazelle a eu la bonne idée de nous épargner l’insupportable fin en forme de conte de fée dont ce genre de récit est souvent prisonnier. Ça ne l’empêche pas de faire appel à l’émotion dans ce feel good movie coloré, à la fois moderne et rétro, et qui laisse entrevoir à la toute fin de sa bobine étoilée ce que l’histoire – en tout cas celle que le spectateur avait échafaudée à l’avance – de ces deux tourtereaux aurait pu devenir avec quelques réajustements dans le scénario écrit par la vie, lequel ne tient souvent pas à grand-chose…

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1 reply »

  1. Ah la la… c est étonnant comme personne ne s attarde sur le titre lui même et le jeu de mots. Il y a aussi le clin d œil à james Dean et l observatoire… Belle vision des choses mon cher mais j ai quand même une crainte : ce film nous parle et nous émeut, il est calibré et émouvant mais ne peut pas toucher tout le monde au sens où la patte populaire n y est pas. Hélas notre culture s évapore et ce film nous le rappelle avec brio. Je donne l’oscar à Emma.

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