L’autre conquête

1540-1Voilà un film qui porte bien son titre : Les Figures de l’ombre. Celles dont on parle ont brillé dans une Amérique lardée de lois ségrégationnistes, comme dans l’État de Virginie, où se déroule l’action du nouveau film signé Theodore Melfi, à qui l’on doit notamment St. Vincent, avec Bill Murray. On parle d’un temps où les Noirs et les Blancs ne pouvaient pas travailler ensemble, et encore moins fréquenter les mêmes toilettes, un des grands symboles de la discrimination qui sévissait alors. Les bureaux de la NASA à Langley ne faisaient pas exception, comme le souligne d’ailleurs une des scènes de ce long-métrage d’utilité publique.

Ces Figures de l’ombre nous ramènent au cœur de la conquête spatiale mettant aux prises les États-Unis et l’URSS, alors que le pays de l’Oncle Sam a un besoin pressant d’ingénieurs et de mathématiciens. En 1962, un certain John Glenn, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée (mort en décembre dernier à l’âge de 95 ans), allait accéder au statut de héros national en devenant le premier Américain à tourner en orbite autour de la Terre, un an après le Soviétique Youri Gagarine. Une prouesse que l’agence aérospatiale doit en partie à Katherine G. Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. À une époque où IBM en était encore à ses balbutiements, ces trois Afro-Américaines ont servi en quelque sorte d’ordinateurs humains, elles qui étaient capables de réaliser des calculs très complexes nécessaires aux missions d’exploration.

C’est le quotidien de ces femmes partagées entre la révolution technologique à laquelle elle ont pris part et la ségrégation dont elles ont été victimes (elles travaillaient dans une aile séparée et ne percevaient pas le même salaire que leurs collègues blanches) que raconte ce film tourné à Atlanta et conçu comme une entreprise de réhabilitation. Les comédiennes Taraji P. Henson, Octavia Spencer et la chanteuse Monáe se chargent de donner un visage à ces scientifiques brillantes dont le succès a contribué à faire éclater les préjugés et les barrières sociales. Taraji P. Henson, qui incarne Katherine G. Johnson à l’écran, à qui, au passage, le président Barack Obama a remis la médaille présidentielle de la Liberté en 2015, est revenue sur la dimension inspirante de ce trio décapant, en s’appuyant sur son expérience personnelle : « J’ai grandi dans un quartier difficile, je n’ai donc eu que des rêves quand j’étais petite. Quand on est originaire d’un endroit où les gens n’ont pas d’espoir et que la seule chose qu’ils voient est qu’ils n’ont aucune place dans la société, c’est décourageant. Peut-être que si j’avais su que de telles femmes existaient, j’aurais voulu devenir ingénieure. Non pas que je n’aime pas mon métier, mais il y a tellement de choses à faire dans le monde que j’ai sauté à pieds joints dans ce projet. Le film pourra peut-être permettre à des enfants qui grandissent dans le même milieu que celui dans lequel j’ai été élevée d’avoir une vision totalement différente de ce qu’ils peuvent devenir plus tard. »

De son côté, Theodore Melfi a mis en exergue l’autre conquête adossée à celle des étoiles. « Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire lorsque les États-Unis ont décidé d’aller sur la Lune. Les gens ont commencé à être appréciés en fonction de leurs habiletés. Dans Les figures de l’ombre, on voit la manière dont les connaissances et les aptitudes ont été des facteurs égalisateurs. Pendant la course à l’espace, nous avons mis tout le reste de côté et nous avons demandé à tout le monde, quel que soit sa race ou son sexe, de mettre ses compétences mathématiques au service du pays. » Un discours plus que jamais d’actualité.

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