Seul avec Redford

752607-seul-mer-afficheJe viens de regarder Seul en mer, un peu réticent au départ à l’idée de me farcir un huis clos. Oui, je sais, c’est pas super bandant sur le papier, le genre double faces. Pile : « J’ai adoré ». Face : « Paraît que j’ai ronflé ? ». Le dernier en date qui m’ait fait un effet bœuf, ce sont Les 12 salopards de Tarantino, qui évolue en grande partie dans ce registre casse-gueule. Mon verdict pour Seul en mer ? La pièce est retombée sur pile.

Ce film d’action existentiel met en scène un Robert Redford laissé à lui-même face aux éléments, l’océan plus précisément, lequel va mettre ses nerfs à rude épreuve. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que Dame Nature ne va rien lui épargner dans cette fiction empruntant le sillon tracé par Charybde et Scylla qui sent le poisson et la poisse, sans pour autant entamer son calme olympien, du moins au début. On ne peut que courber l’échine (et la grande voile) devant cet homme qui va lutter pour sa survie au milieu de nulle part, puisant dans ses ultimes ressources – personnelles et matérielles – pour repousser l’inéluctable après une rencontre inopportune avec un container. Oui, un container mesdames et messieurs, au beau milieu du Grand Bleu, égaré par un de ces cargos sillonnant les eaux du globe chargés jusqu’à la gueule de marchandises diverses…

Seul en mer débute directement les pieds dans l’eau. Redford tiré de sa sieste par une humidité suspecte. C’est ce qui arrive quand un objet dérivant (à ne pas confondre avec un produit dérivé) entre en collision avec votre confettis flottant. D’où un gros trou dans la coque (le container est bourrin) et donc un “léger“ problème à résoudre. Une première embûche que le héros encaisse avec un certain flegme, malgré la mise hors d’état de fonctionner de ses appareils de communication, parant au plus pressé en improvisant une rustine de son cru pour rester à flot et accessoirement au sec. Bien entendu, ce n’est qu’une mise en bouche, un signe avant-coureur, et l’on se doute que la mer d’huile va finir par tourner au vinaigre (elle était facile celle-là).

On se demande au passage ce que le personnage incarné par l’ancienne coqueluche de ses dames – qui approchait les 80 balais quand ce film a été tourné, ce qui paraît quand même à l’écran, d’où cette étrange impression d’assister à un film d’action au ralenti – est venu foutre au milieu de l’océan. Là, c’est le mec qui a pas le pied marin qui cause. Les grands fonds me terrorisent autant sinon plus que l’altitude, d’où un respect profond pour les vieux loups de mer qui défient les éléments et des vagues dantesques, parfois au péril de leur vie, à commencer par les aventuriers et autres compétiteurs du Vendée Globe, mythique tour du monde en solitaire et sans escales. Chapeau !  

Ce Seul en mer s’avère terriblement angoissant, dans un décor désespérément plat, avec sa chape de silence anesthésiante, où la solitude devient plus écrasante à mesure que les ennuis s’accumulent. Bref, c’est flippant, d’autant que ce voilier un peu amoché va prendre une bonne raclée, cadeau d’une première tempête qui le laissera dans un piteux état, mât brisé et panse gorgée de liquide, contraignant son propriétaire à le quitter la mort dans l’âme pour se réfugier dans un radeau de survie, non sans avoir pris le soin de récupérer quelques rations alimentaires, un peu de matériel et des provisions d’eau potable. Une des scènes fortes du film : quand Redford accompagne du regard ce compagnon qui disparaît sous les eaux. Comme l’escargot sans sa coquille ou le randonneur au long cours orphelin de cette protubérance appelée sac à dos. La symbolique du cordon que l’on coupe s’impose d’ailleurs lorsque ce personnage sans identité se résout à lâcher la corde qui le relie à son embarcation. Cette séparation m’a fait penser à une scène déchirante de Seul au monde, quand le personnage campé par Tom Hanks se retrouve orphelin de Wilson, nom donné à un ballon de volley-ball devenu son confident. Une fois en sécurité dans son igloo gonflable, RR a droit à une nouvelle trempe. Inutile de préciser qu’on n’échangerait pour rien au monde son canapé contre cet habitacle bien dérisoire qui va secouer allègrement son occupant, au point où l’on a l’impression d’être dans un tambour de machine à laver. Quand une tempête sévit en mer, on oublie le cycle délicat. Idem pour l’assouplisseur.

Film sur la solitude et la rage de vivre, Seul en mer offre un très beau rôle à Robert Redford, qui crève l’écran dans la peau de ce condamné refusant de s’avouer vaincu et trouvant toujours un moyen de se remettre debout quand la fatalité voudrait le mettre au pas… Il finira par abdiquer après avoir mis le feu accidentellement à son canot de fortune, alors qu’il tentait désespérément de se faire voir en pleine nuit par un bateau passant non loin de là. Contraint de se jeter à l’eau pour ne pas finir braisé, notre Robinson essoré finit par accepter son sort en se laissant couler dans un abîme d’obscurité qui l’aspire lentement vers le mutisme éternel, entraînant avec lui les derniers espoirs du spectateur, lequel s’agrippe à la surface comme à une bouée de sauvetage, en quête d’oxygène dans ce film étouffant.  

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Catégories :Le coin ciné

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