Éternelle Dalida

fic125034hab0-88312144927-original.jpgL’année 2017 sera entre autres celle de la Dame du Caire. Alors qu’un biopic est sorti en début d’année sur les écrans en France (bientôt au Québec), un livre revient sur la vie échevelée de cette femme éprise d’amour et de liberté. Trente après sa mort, Fabien Lecœuvre nous invite chez elle, côté cour et côté cœur, dans un ouvrage intitulé Chez Dalida, le temps d’aimer, richement illustré par Philippe Lorin.

Elle a traversé les époques, vécu des drames personnels, vendu des dizaines de millions de disques à travers le monde et choisi de mettre un point final à son existence. Le personnage de Dalida était à double face, côté cour et côté jardin. Toujours en quête d’affection, sous les lumières des projecteurs ou dans les alcôves de sa vie sentimentale, et l’âme sans cesse tiraillée entre le bonheur et la souffrance. Un combat intérieur permanent. La seconde a fini par l’emporter, le 3 mai 1987, dans la maison de ses rêves située rue d’Orchampt à Montmartre, où elle vivait depuis 1962. Avec ces quelques mots posés sur une lettre et gravés pour l’éternité : « Pardonnez-moi, la vie m’est insupportable. » Cruel clap de fin pour une chanteuse magnétique et attachante qui aura marqué son temps et tout sacrifié pour son métier, et qui, comme d’autres d’artistes partis trop tôt sous les coups de boutoir d’un mal-être profond, ont figé leur jeunesse et leur aura dans un acte désespéré. Aurait-elle connu une carrière à la Aznavour si elle n’avait pas commis l’irréparable il y a 30 ans ? Fabien Lecœuvre, qui l’a interviewée en 1979 alors qu’il débutait sa carrière, en doute. « Je pense qu’elle se serait quand même suicidée à un moment ou à un autre. Elle avait incontestablement une fascination pour la mort. »

Ce spécialiste de la chanson française, que l’on peut voir aux côtés de Patrick Sébastien dans l’émission Les Années bonheur sur France 2, vient de signer un ouvrage (ndlr : il s’agit en fait d’une version améliorée de son livre Chez Dalida, le temps d’aimer, paru en 2007) sur celle que l’on surnommait la Dame du Caire, sa ville natale, qu’elle a quittée à l’âge de 21 ans pour tenter sa chance à Paris, contre l’avis de sa mère. Mue par une insatiable envie de faire carrière dans le cinéma, c’est pourtant dans ce que Gainsbourg qualifiait d’art mineur (lui qui se rêvait peintre) que l’ancienne Miss Egypte va forger sa gloire et enchaîner les succès, sans se soucier des modes. Une intemporalité qui fascine l’attaché de presse de Michel Polnareff : « Elle a su s’adapter selon les décennies, jusqu’à devenir une égérie du disco dans les années 70 », un courant musical dont elle dira qu’il lui colle à la peau comme un gant. C’est aussi durant cette période dorée qu’elle se produira au mythique Carnegie Hall de New York, où elle recevra un accueil triomphal.

Dans ce livre illustré par Philippe Lorin, au talent aussi aiguisé que ses crayons, la vie de l’interprète de Bambino, son premier tube, se parcourt comme un roman. Yolanda est devenue Dalila puis Dalida, a été brune puis blonde, a tourné des films en parallèle d’une carrière de chanteuse fécondée avec l’aide du destin, qui mettra sur sa route Lucien Morisse, l’ancien directeur artistique d’Europe 1. Un des artisans de sa notoriété mais aussi son premier amant. Un homme à propos duquel elle aura cette très belle confidence : « Il m’a donné confiance en moi, redonné le goût de la lutte, de la réussite que j’avais un peu perdu… Il m’a donné la paix du cœur, la plus douce, celle pour qui je serai capable d’abandonner les applaudissements les plus nourris, les vivats les plus chaleureux. » Lui, comme d’autres de ses compagnons, finira par se suicider. Des drames qui ne feront que répandre un peu plus le venin de la mélancolie dans les veines de cette femme écorchée. « Elle avait une souffrance épouvantable, une espèce de douleur qu’elle trimballait partout », confie celui qui prépare deux ouvrages sur Claude François, attendus en 2018. Fabien Lecœuvre fait allusion à cette peur du vieillissement qui la taraudait dans un milieu plutôt enclin au jeunisme. Une course contre le temps devenue insupportable.

Chez Dalida, le temps d’aimer, aux Éditions du Rocher, 120 pages.

Article paru dans le mensuel L’Estrade (Metz), édition de février.

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