Blue Light Burlesque : l’art des préliminaires

Photo : Ruth Gillson.

Portrait de la fondatrice et effeuilleuse du Blue Light Burlesque, qui présentera un spectacle le 6 mai au Petit Campus de Montréal. Humour et sensibilité au rendez-vous.

Le strip-tease, ça ne s’improvise pas. Demandez donc à Madame Oui Oui Encore, la fondatrice du Blue Light Burlesque. Un personnage coloré et volubile que cette fille du Plateau, devenue infidèle à ce quartier qu’elle adore pour aller se blottir dans l’Ouest de Montréal et les bras de son amoureux par la même occasion. Une fille qui fait tomber le voile au cours d’un entretien sur la terrasse d’un café en abandonnant ses lunettes de soleil…

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Photo : Jü Graphee.

RACONTER UNE HISTOIRE

Depuis 2008, sa petite entreprise fait le bonheur des amateurs de néo burlesque au Café Campus, où les numéros – une petite quinzaine en moyenne – s’enchaînent à raison de quelques minutes par tableau. Chaque fille – mais il peut parfois y avoir des hommes – se dénude, même si elle n’a pas obligation de tout enlever. C’est une des règles du milieu, comme celle de dissimuler ses mamelons derrière des pastilles et ses parties intimes avec un cache-sexe. « Le burlesque, c’est l’art de séduire et de raconter une histoire. On n’est pas là pour donner une érection, mais pour exciter les sens, il n’y a rien de sexuel, c’est un mélange d’humour, de sensualité et d’espièglerie », insiste cette femme qui a le rétro tatoué sur le cœur et a longtemps donné des cours de swing… À propos du burlesque, elle a d’ailleurs cette jolie formule : « Ce n’est pas l’acte sexuel, ce sont les préliminaires. »

NUES ET AUTHENTIQUES

Et dans ce domaine, elle assure. La voilà qui me mime un de ses sketches, sa façon d’enlever ses lunettes en préambule, avec cette délicatesse dans le geste… C’est son teaser à elle, sa façon d’appâter le spectateur. Elle précise : « Le Burlesque, c’est parfois en voir un peu moins qu’un peu trop, c’est un bout d’épaule avec un regard… » Difficile de ne pas donner quitus à cette sincérité qui affleure à la surface de ses mots, comme celle qui, à ses yeux, a valeur de Saint Graal pendant un spectacle de strip-tease. Ne lui parlez pas d’esthétique, de silhouettes semblant avoir été découpées dans les magazines de mode. « Dans mes spectacles, on ne vise pas la perfection, on veut être le reflet de la vraie vie », avec ses petits seins et ses grosses fesses. Le public est aussi à l’image de la société: « Des gens de toutes sortes de milieux, de tous âges et qui viennent de partout… »

Sur scène, les effeuilleuses sont libres de raconter une histoire, en théâtralisant leur performance. « La beauté du burlesque, c’est que tout peut y être incorporé. Beaucoup de femmes ont découvert un moyen d’expression là-dedans. On peut parler du travail, du fait d’avoir des enfants, de sexualité… en fonction de sa personnalité. » Madame Oui Oui Encore, c’est la romantique de la gang : « Je suis la Isadora Duncan. J’utilise souvent un ventilateur et des voiles dans mes numéros, c’est une de mes signatures visuelles. »

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Un soir au Petit Campus. D’un spectacle à l’autre l’équipe n’est jamais la même. (photo : Blue Light Burlesque)

DU BONHEUR DANS LE PRÉCAIRE

Le Blue Light Burlesque, c’est aussi une histoire de famille, ou presque. Sa petite sœur participe ainsi à l’aventure depuis les débuts, sous les projecteurs, flanquée du pseudonyme Coco Vanille. « Elle aime le spectacle et les costumes autant que moi et je la trouve excellente. Elle a même interprété des numéros enceinte ! », confie son aînée avec une pointe d’admiration dans la voix. Pour compléter le tableau, il faut citer la maman, « une de nos plus grandes fans, c’est elle qui réalise nos costumes », mais aussi le paternel, un ancien producteur qui lui a appris le sens des affaires et de la gestion. Dans le registre des affaires justement, le monde est loin d’être rose selon l’intéressée. « Il n’y a pas d’argent à faire là-dedans, chaque année je me demande si ça va être la dernière… » admet cette femme aux multiples facettes, qui enseigne l’art de l’effeuillage mais est aussi spécialisée dans la peinture à l’encaustique, c’est-à-dire qui utilise de la cire d’abeille, elle qui possède un Bac en Arts plastiques.

UN RÊVE ACCOMPLI

Le Café Campus, c’était pour elle l’aboutissement d’un rêve, celui de présenter un jour sa propre série de shows. « La première année, on a proposé dix spectacles, ce qui représente un joli défi quand on sait qu’il faut se renouveler en permanence. » Pour 2016, le Blue Light Burlesque a un peu levé le pied, avec “seulement“ sept rendez-vous. Ce lieu, c’était aussi une façon de boucler la boucle, puisque c’est là que le déclic s’est produit, en 2002. « Je suis allée voir un spectacle des FluffGirls Burlesque, une troupe de Vancouver. À l’époque, j’avais une école de swing et je trippais sur le rétro. Je suis tombée en amour devant leur performance… » Elle rencontrera d’ailleurs l’organisateur de cette soirée, un certain Chaz Royal, qui tient désormais les rênes du plus gros festival du genre au monde, dans la ville de Londres.

UN SOIR AU LION D’OR…

Après ça, « les astres se sont alignés ». Nous sommes en 2004 : « Je rencontre des gens assez fous, on monte un petit spectacle au Lion d’Or, un lundi soir et à 21 heures ! » Celle qui n’était pas encore Madame Oui Oui Encore négocie même le prix, convaincue que ça va être un désastre. La salle comble lui prouvera que non. « J’en profite pour faire un numéro et je me rends compte que j’aime ça… » Un an plus tard, Éric Caze, du Théâtre Corona, la contacte. « C’est notre 2e show et on remplit cette salle de 700 places, on doit même refuser du monde à la porte ! », se souvient-elle avec un étonnement intact.  La suite, on la connaît…

Avant de trouver un pied-à-terre au Café Campus, cette femme aimant les défis sera donc passée par le Lion d’Or, le Théâtre Corona, mais aussi le Club Soda, la Tulipe et la Maison Hantée, un lieu qui n’existe plus. Dans un monde où le virtuel a fortement endommagé les cordons humains, notre effeuilleuse en chef milite plus que jamais pour le contact, à l’aise dans son cabaret, où public et performeuses se nourrissent mutuellement. Comptez sur elle en tout cas pour vous parler de cette énergie qui circule d’un camp à l’autre. « Plus les gens sont motivés et réceptifs, et plus tu en donnes. Avec le strip-tease, tu sens monter la tension et l’émotion. » Avec parfois, pour les faire grimper à l’échelle, une simple paire de lunettes déchaussée avec grâce…

  • Article écrit pour le média culturel Camuz.

Page Facebook de leur événement du 6 mai.

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Le slogan du Blue Light Burlesque : érotico-rétro-chic ! (photo : Jü Graphee)

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