Le M avant la N

A voté. Oui, j’ai voté. C’était samedi dernier. Une véritable épreuve d’endurance. Jugez plutôt : 2h30 d’attente, une queue du diable, avec un peu de pluie pour entamer l’entrain. Normal, j’habite à Montréal, où les 58 000 inscrits en étaient réduits à converger vers un seul et même lieu. Ridicule vous avez dit ? Je suis arrivé dans cet isoloir qui me semblait plus grand que d’habitude. Sans doute à cause de l’enjeu de ces élections bleu-blanc-rouge plus grandes que nature, historiques pour reprendre un mot de circonstance, mais aussi hélas entachées par des affaires qui ont éclipsé les vrais enjeux et fortement amputé les débats… Quel gâchis. Ces Présidentielles 2017 promettaient de frapper un grand coup, et de ce côté-là, on n’a pas été déçus. Quatre candidats qui se tenaient dans un mouchoir de poche et à l’arrivée les partis traditionnels sur le siège éjectable, avec ce néologisme enfanté par Mélenchon crucifié sur la mine des vaincus : dégagisme.

Exit donc Hamon et Fillon. La victoire du premier, champion désigné d’un camp fragmenté et usé, relevait de la pure utopie. À peine quittait-il les coulisses victorieuses des Primaires qu’il se dirigeait vers l’échafaud des urnes. Quant au second, kamikaze attitré des Républicains et héraut de la victimisation, à défaut d’avoir été le héros de sa famille politique, cette défaite percluse d’ecchymoses a le parfum de l’insolence et de la disgrâce. 

Ni droite ni gauche donc, la balle au centre. Car c’est bien vers le centre que tous les regards sont désormais braqués, même si ce nouvel empire du milieu inspire autant de crainte que le mastodonte économique chinois. Son syncrétisme idéologique est loin de faire consensus, et il faut reconnaître qu’au premier abord, ça fait un peu tambouille ou plat du dimanche agrémenté avec les restes de la semaine… Bien inspiré celui qui pourra prédire ce que cette mosaïque au demeurant bancale donnera dans les faits, mais vu le contexte et le duel à l’affiche, on ne va pas faire la fine bouche, ou, pour reprendre l’expression de Laurent Sagalovitsch sur le site Slate.fr, « jouer aux dés dès qu’il s’agit de l’avenir de la République ».

L’outsider devenu prétendant au titre est devenu par la force des choses, mais aussi par voie des urnes, le dernier rempart face à l’extrémisme. On a le droit d’être déçu par ce résultat mais on ne peut pas se soustraire – au  nom de cette abstention qui a bon dos – à l’enjeu de cet ultime bataille, quitte à serrer les dents et les poings. Personnellement, je n’ai pas envie de me réveiller avec la gueule en bois le 7 mai, en me disant que le scénario catastrophe du FN au pouvoir aurait pu être évité.

Dans moins de 15 jours, je vais donc réintégrer cette file interminable, mais cette fois avec un bouquin, histoire de tuer le temps. Et le moment venu, je choisirai sans l’ombre d’une hésitation Macron, comme je l’avais fait avec Chirac en 2002, au mépris de mes convictions politiques. Le M avant la N donc, en pensant aussi au pays qui m’a adopté et me prouve chaque jour que le vivre-ensemble n’est pas une quête vaine et insolvable. Et comment pourrais-je me revendiquer d’être citoyen canadien (ce sera le cas très bientôt) avec un bulletin indigne des valeurs profondes de ce grand pays ? À commencer par le multiculturalisme, qui, sans être parfait, incite davantage à l’ouverture qu’au repli…

Lire aussi ceci.

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Un peu de musique pour adoucir les mœurs. En l’occurrence le collectif montréalais Nomadic Massive. Multicolore et multilingue. Bref le monde d’aujourd’hui… 😉

 

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