Les Katacombes de Montréal ou la passion au féminin

wd-40-qrbp-aux-katacombes-154333-4525782_20_copie_0

Passion, abnégation, complémentarité… Trois mots féminins, trois mots qu’on peut accoler sans problème à celles qui président à la destinée des Katacombes. Car les Katas, comme disent les matelots de ce navire habitué aux tempêtes punk et metal, c’est d’abord une histoire de femmes. Un duo composé de Janick Langlais et Claudie Boulet, devenu un trio il y a quelques années avec l’arrivée d’Emma de Palma. 

Quinze ans que ces deux-là se connaissent, et leur complicité saute aux yeux. « On s’est rencontrée à l’X, c’était une cliente régulière », raconte Janick avec cette voix rauque qui la caractérise, et à qui elle en fait voir de toutes les couleurs à titre de chanteuse du groupe Parasytes, lequel ne fait pas dans la musique de chambre vous l’aurez deviné. Janick et Claudie n’ont pas seulement leurs tatouages en commun, avec un avantage dans ce domaine pour la première, elles partagent aussi une véritable passion pour le punk. Elles en sont imbibées et ça paraît. Ça paraît dans leur look, mais aussi dans cet état d’esprit militant et engagé qui ne les a jamais quittées. Etre punk, c’est aussi une philosophie…

wings-metal-aux-katacombes-146422-4467582_19_0

Dans la continuité de l’X

Les Katacombes ont fêté leurs 10 ans en 2016, et dans le genre underground, difficile de faire mieux. Le 3 novembre 2006, ils s’établissaient pour de bon au coin de la rue Ontario et du Boulevard Saint-Laurent, où la salle de spectacles ne passe pas inaperçue avec sa façade austère. Pour de bon, car avant ça, ce pilier de la musique alternative a connu d’autres vies. Une vie qui a commencé avec L’X, déjà cité. « C’était la première salle underground à Montréal faite par et pour des punks. Elle avait aussi vocation à être un centre artistique communautaire pour les jeunes », rappelle Janick, qui avait une vingtaine d’années à l’époque et en est à l’origine. L’expérience durera de 1996 à 2004.

Deux ans plus tard, une première version des Katas verra le jour sur un tronçon de la mythique Red Light, au 1 222 Saint-Laurent… avant d’être délocalisée trois ans plus tard à l’adresse actuelle à cause d’un projet immobilier. « Un mal pour un bien », analyse avec le recul celle qui est responsable de la programmation. Un bien car sa capacité d’accueil a doublé (325 personnes) et que l’endroit a fini par faire son trou dans le nightlife montréalais, accueillant même son propre festival, le Varning From Montreal. Des promoteurs comme Extensive Enterprise ou Rude Mekanicals Productions par exemple, ont même tissé des liens étroits avec cette coopérative de solidarité.

varning-montreal-ix-jour-1-146659-4469950_0_2_0

Les Katas côté façade…

lancement_barf_juin_2014_0

… et côté terrasse.

Un départ canon

La première soirée aux Katacombes, nos deux complices s’en souviennent très bien, et elles en rient encore. Claudie : « Une heure avant l’ouverture des portes, il restait encore des fils à brancher pour la console de son et d’autres petites choses à régler… Disons que les dernières heures ont été assez intenses ! » « On avait fait un hommage aux Ramones par un groupe local, c’était plein ! », poursuit Janick. Avant de devenir la salle de spectacles que l’on connaît, les Katas ont accueilli des soirées DJs, mais l’expérience, peu concluante, a tourné court. Avec le temps, la programmation s’est diversifiée, le punk et le metal – les âmes de ce lieu – côtoyant d’autres styles de musique comme le folk, tendance trash, et le rap, avec toujours cette attention portée à l’engagement des groupes. Si vous pensez y avoir entendu du gangsta, vous deviez être saoûls. Pas le genre de la maison disons…

Lorgner vers d’autres horizons, c’était aussi une façon de survivre, reconnaissent les gérantes, qui ont aussi ouvert les portes de l’établissement à des soirées swing et d’impro…

les-mercredis-swing-i-misses-satchmo-149204-4489678_4_0_0

Les mercredis, ça swingue aux Katas !

Quand on pénètre dans l’édifice, on tombe très vite sur des crânes, ce qui n’est pas surprenant vu le nom de l’endroit. Avec cette colonne au milieu de la salle devenue presque un symbole de la place, qui semble tout droit sortie d’un des décors du film Alien. « C’est une colonne de soutien, on ne pouvait pas l’enlever. Avant ça, il y avait un palmier que je détestais ! » se marre Janick, tandis que Claudie fait référence aux couleurs turquoise et rose qui habillaient les murs à l’époque du club africain Safou, qui était fréquenté par les gangs de rue.

katas2

La colonne de crânes qui fut autrefois un palmier, quand l’endroit était un night-club africain…

Il y a 5 ans environ, une terrasse est apparue dans le décor, où les happys hours et autres BBQ viennent compléter les soirs de shows, les Katacombes n’étant ouverts que sur événements. Une vingtaine de personnes (en comptant les irréguliers) se chargent de faire tourner la boutique; un staff souvent loué par les artistes et groupes qui sont passés par là, comme Bad Uncle et Tintamarre, étiquetés folk trash, qui le fréquentent avec une belle régularité.  « La plupart des bands qui sont venus ici ont adoré l’endroit et beaucoup veulent revenir », renchérit Janick, qui indique que certains contactent même directement les Katacombes pour venir s’y produire. Mieux vaut d’ailleurs s’y prendre quelques mois à l’avance pour espérer jouer au coin Ontario/Saint-Laurent. La rançon du succès, sans doute. « Les journées off sont rares ! »

bad-uncle-aux-katacombes-141174-4264539_34_1_0

Le groupe Bad Uncle est un des habitués de l’endroit.

Une passion qui a un coût

Un succès qui implique des sacrifices, et ce ne sont pas Janick et Claudie qui prétendront le contraire. « C’est notre bébé, on n’a pas le choix de s’investir à fond. » Un investissement de tous les instants qui vient avec son lot d’heures de bénévolat, dans un contexte financier qui ne permet pas aux co-fondatrices de se verser un salaire décent, en tout cas suffisant pour être capable d’en vivre. Alors que les condos poussent comme des champignons dans le secteur, et que les loyers et les taxes ont augmenté, Janick ne ferme pas la porte à un déménagement. « C’est sûr qu’on aimerait rester dans ce lieu qu’on adore, mais si un jour on n’est plus capables de supporter ces charges, on prendra une décision. Il ne s’agit pas non plus de se ruiner la santé. » Comprendre que les Katacombes continueront d’exister, mais peut-être sous un autre toit, qui sait…

En attendant, les voilà propulsés dans une nouvelle décennie. Rendez-vous est pris en 2026.

[Article rédigé pour le compte de l’ancien site Camuz]

Crédits photos : Myriam Francœur, Guillaume Bell, Yoann Robin, Éric Berteau et les Katacombes.

varning-montreal-ix-jour-1-146659-4469950_37_0

Lors d’une édition du Varning From Montreal, un festival spécifique aux Katacombes.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s