Greg Gawra, peintre de la mémoire

Sacré personnage que voilà ! Depuis plus de 30 ans, Greg Gawra raconte l’histoire de la Vallée de la Fensch en Lorraine sur des murs où l’humain occupe une place importante. L’hommage d’un fils d’ouvrier aux « gens de peu » comme il dit, à tous ces anonymes qui ont œuvré à l’ombre de l’Histoire dans cette région marquée au fer rouge par la sidérurgie.

14449037_1729496540649379_3217894031171969851_n

« Le mec qui veut faire un film sur moi, il est pas dans la merde ! » Greg Gawra ne croit pas si bien dire. Écrire un article sur cet enfant de Nilvange relève déjà du défi. Car c’est un incorrigible bavard, jamais chiche d’une anecdote ou d’une digression qui peut vite rendre l’exercice de l’entretien périlleux. L’homme est ainsi, prolixe, parfois déroutant, blagueur, avec sa faconde et sa personnalité colorée. Pas la langue dans sa poche le Greg. Faussement bougon, libertaire ascendant anarchiste, ou l’inverse, humaniste sur les bords, en tout cas tourné vers ces personnes que l’Histoire a laissées de côté. « Des gens de peu » comme il dit, en précisant aussitôt que ce n’est pas péjoratif. Tous ces anonymes qui ont contribué à façonner l’histoire de la Vallée de la Fensch en Lorraine, côté champs ou côté mines, et dont ce fils d’ouvrier d’origine ukrainienne se revendique avec fierté et affection. 

ALTRUISTE ET PÉDAGOGUE

Un jour, ce caractère empathique s’est mis en tête de rendre leur gaieté à des murs enlaidis par la fumée des usines, dans sa ville natale, mais aussi à Fameck, Hayange, Florange ou encore Algrange. Façades et autres pignons sont alors devenus des chevalets, mieux, des caisses de résonance, les vitrines d’une époque révolue, avec ses scènes de la vie quotidienne et son dur labeur. Très vite, il y a mis de l’humain, des hommes, des femmes et des enfants qui sont devenus acteurs de leur propre existence. Pour ce portraitiste de formation passé par la place du Tertre à Paris, c’était une évidence. « J’aime le contact, je suis très lévistraussien. Je cause avec les gens, on ne fait pas de manières, on se raconte des souvenirs, je les écoute », glisse celui qui se définit comme un ethnographe, toujours à observer et à analyser avant de décider de placer ses pions sur le grand échiquier pictural. Sa matière première, il l’a souvent côtoyée à la source, dans la rue ou dans les bistrots, terrain de prédilection de la comédie humaine. Le pinceau est en quelque sorte devenu un micro qu’il tend aux uns et aux autres, avec dans l’idée de rendre hommage à cette symphonie prolétarienne et de tisser un lien entre le passé et le présent. « La Vallée de la Fensch a compté toutes sortes de nationalités. Peindre ces fresques, c’était aussi une manière de valoriser tous ceux qui sont venus ici et se sont ruinés la santé pour une misère ! » Greg Gawra souligne aussi vouloir faire œuvre de pédagogie avec sa démarche prenant les murs à témoin, lui qui a aussi été éducateur pour mettre du beurre dans les épinards. « En faisant leur portrait, je veux aussi les intéresser à l’art et la peinture. Il arrive aussi parfois que certains tombent sur une personne qu’ils connaissent sur la fresque et ils se mettent à causer, j’aime ce côté interactif », ajoute celui qui a aussi peint des copains, dont certains ont disparu depuis.

TOURNÉE DE FRESQUES

Devenu pour beaucoup le « monsieur qui fait des fresques », Greg Gawra voit parfois débarquer des cohortes de touristes venus de loin pour faire la tournée de ses œuvres, à son grand étonnement, alors que ces dernières ne font pas partie d’un circuit touristique officiel. C’est là son grand chagrin, une déception qu’il porte comme un fardeau. À l’évocation de ce sujet que l’on devine sensible, l’amertume le gagne. La voix se cabre. « C’est devenu mon combat, je me bats depuis des années pour faire comprendre aux politiques que ce projet peut être viable, mais ils n’ont pas compris l’intérêt de ces fresques qui ont une valeur patrimoniale. Dans la tête des gens, ce circuit existe, mais dans les faits, c’est une autre réalité. Je me retrouve à 63 ans comme Don Quichotte se battant contre des moulins. »

Sa page Facebook.

[Article écrit pour le mensuel L’Estrade – 2016 ]

11174295_1139096022783356_2673214276609987038_o

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s