3 mai 2017 : le jour où les Français ont assisté à un suicide en direct

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Quand une image vaut mille mots (dessin : Éric Laplace)

Comme près de 20 millions de Français, j’ai assisté mercredi au débat – ou au simulacre de débat – qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen et enflammé la Toile.

On nous avait promis un match de boxe, sachant que la table ne resterait pas propre bien longtemps, vu l’inimitié ambiante. Pas au point pourtant d’imaginer que le ring se transformerait en basse-cour… Comme bon nombre de spectateurs, j’ai assisté à la mise à mort de la candidate du Front national. Pas par son adversaire… mais par elle-même ! Un tir de bazooka dans le pied. Une défaite en quatre mots : pas à la hauteur. Comme un ultime coup de tonnerre dans ces Présidentielles 2017 décidément pas comme les autres…

Il y a un mot pour ça : hara-kiri. Il ne s’était pas passé 5 minutes qu’on cernait déjà la tactique de cette « fille de… » : cogner, et fort si possible, au détriment de son programme et d’une solide argumentation, en flirtant parfois avec les contours flous de la diffamation. La stratégie a donc consisté à agresser son adversaire, sans relâche, tel un pitbull refusant de lâcher sa prise. On en serait presque venu à plaindre Macron, confiné au poste de défenseur dans ce déluge de coups au parfum de règlement de compte. J’ai même craint que cette tata flingueuse (pardon Audiard) finisse par lui imputer la disparition des dinosaures, c’est dire…

Qu’un rendez-vous de cette importance se résume au pugilat verbal, je trouve ça terriblement déprimant, et je dois avouer que ça m’a donné envie de vomir. J’en veux à cette femme hissée en finale en dépit de sa vision étriquée du monde dans lequel elle vit. Je lui en veux pour avoir montré, devant des millions de personnes et de nombreux étrangers, un visage de la France déformé par le ressentiment et le mépris. Un visage plus inquiétant que rassurant, avec des sourires en forme de crocs.

Macron avait raison, et je le dis sans partisanerie : ce pays mérite mieux. Mieux que ce show déplorable et ces approximations, mieux que ces notes et ces dossiers corroborant l’impression d’une préparation défaillante. Comme je l’ai écrit sur ma page Facebook, le moment clé de ce duel d’une rare violence est selon moi intervenu à la toute fin, quand les candidats avaient carte blanche pour parler d’un projet ou d’un sujet qui leur tenait à cœur. Un moment choisi par Mme Le Pen pour en remettre une couche, le marteau encore chaud, quitte à inspirer la nausée. S’il fallait un argument pour convaincre un électeur hésitant, je crois que le déclic était tout trouvé à cet instant précis. Quand le tour de Macron est venu, j’ai cru qu’il avait lu dans mes pensées. Il a taclé : « On vous donne carte blanche et vous salissez l’adversaire… » En une phrase, tout était dit, l’affaire pliée. Quand l’agression devient un slogan et qu’il se substitue aux idées, ça devient dangereux, indigeste et par-dessus tout contre-productif. Jusqu’au bout, elle aura attaqué, envoyé ses scuds sponsorisés par Trump, bien décidée à faire perdre son sang froid à ce rival encombrant pour le faire chuter.

Et dire qu’on pensait ce petit Poucet de la politique d’à peine 40 ans trop tendre pour cet exercice périlleux du débat, présidentiel de surcroît. Il faut lui reconnaître cette capacité rassurante d’avoir su garder son calme et donner le change en évitant la fange. Dans un débat qui n’a pas brillé par son niveau, la question de l’attitude a tenté de sauver les meubles. Ça ne remplace pas un programme, mais sur ce plateau de télévision devenu parfois inaudible et ingérable, c’est tout ce qu’il nous restait pour ne pas sombrer. Un peu de dignité.

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