Brassens, ce poète humaniste…

Après une biographie parue en 2004, l’ancien journaliste Jean-Claude Lamy consacre un second ouvrage à l’homme de Sète, intitulée Chez Brassens, légende d’un poète éternel, aux Éditions du Rocher. Illustré par Philippe Lorin, cet album met en exergue le caractère profondément humaniste de cet artiste qui se disait athée mais connaissait la Bible par cœur. 

Chez-Braens

Un homme de paradoxe Georges Brassens ? Demandez donc à Jean-Claude Lamy, qui lui a consacré un 2e ouvrage en 2016, 12 ans après Brassens le mécréant de Dieu (Ed. Albin Michel). Chez Brassens, légende d’un poète éternel retrace les lieux où cet artiste qu’on disait bourru a vécu, de Sète à la fameuse impasse Florimont à Paris [cet « îlot déshérité » où il se sentait bien, en compagnie de Jeanne Le Bonniec et Marcel Planche] en passant par sa maison à Lézardrieux, enracinée en Bretagne, « le rendez-vous estival des bons copains ». Mis en dessins par Philippe Lorin, cet album est d’ailleurs aussi une ode à l’amitié, dont il était un fidèle serviteur. Pas un hasard si sa célèbre chanson Les copains d’abord y est reprise en intégralité. Le récit déroule une belle galerie de personnages, connus ou anonymes, qui ont croisé sa route ou partagé sa vie. Pêle-mêle : Patachou, à qui il doit ses débuts dans la chanson (lui qui était venu dans la capitale pour faire interpréter ses textes par d’autres), Joha Heiman, alias Püppchen (petite poupée), l’amour de sa vie, l’abbé Barrès, le fondu de vélo Louis Nucera, ou encore son secrétaire et homme de confiance Pierre Onténiente. Sans oublier Brel, qu’il avait surnommé l’abbé Brel, et en compagnie duquel (avec Ferré) il participa à cette fameuse conversation immortalisée par l’objectif de Jean-Pierre Leloir (lire texte plus bas).

On découvre surtout un artiste humaniste, dont l’épisode du chat écrasé par un chauffard révèle la profonde bonté (incapable de le guérir, il se verra contraint d’abréger ses souffrances d’un coup de fusil). Jean-Claude Lamy, qui a eu l’occasion de rencontrer le chanteur en 1964, sur un yacht rebaptisé La Jeanne en son honneur, décrit un personnage profondément attachant. « J’ai senti quelqu’un de fraternel, il ne se prenait pas pour une star. Un être généreux, qui voulait vous faire partager ce qu’il aimait et qui vous prenait comme un frère. » Lors de sa disparition, le 29 octobre 1981, à tout juste 60 ans, l’ancien journaliste du Figaro s’est senti orphelin, comme des milliers de Français ce jour-là. « J’ai eu le sentiment de perdre un être irremplaçable », écrit-il. Le jour de leur première rencontre, Brassens avait demandé à Lamy s’il avait lu la Bible, ce qui l’avait surpris, le Sétois ayant la réputation d’être un anticlérical notoire. « Il la connaissait par cœur, c’était son livre de chevet, au même titre que Les fables de La Fontaine », raconte l’auteur à propos de cet ours très cultivé, qu’il dépeint comme « un mécréant qui se comportait en chrétien dans sa vie quotidienne, et qui avait des interrogations spirituelles, des angoisses métaphysiques ». Un mécréant qui avait autorisé qu’on récite le Je vous salue Marie le jour de son enterrement. 

Chez Brassens, légende d’un poète éternel, 112 pages, Editions du Rocher.

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MORCEAUX CHOISIS

Voici ce que disait Brassens (il s’agit de brefs extraits) lors de la conversation historique du 6 janvier 1969 à Paris, en compagnie de Jacques Brel et Léo Ferré :

Et l’angoisse de la mort ? Vous la ressentez ?

Non. En acceptant de vivre, j’ai accepté de mourir aussi. C’est un de nos sujets favoris, forcément. Il n’y a pas trente-six sujets, vous savez; quand on écrit, on est obligé de rencontrer la mort.

Avez-vous le sentiment d’être devenu des adultes ? 

On est tous un peu demeurés ! Pour devenir adulte, il faut déjà faire son service militaire, se marier, avoir des enfants. Il faut embrasser une carrière, il faut la suivre, monter en grade. C’est comme ça qu’on devient adulte… Nous autres, nous avons un peu une vie en marge de la vie normale, en dehors du réel. On ne peut pas devenir adultes. 

Quelle place tient la femme dans votre vie ? 

Oh, la femme, c’est un être charmant quand elle s’en donne la peine, et pénible sans s’en donner la peine ! [rires] 

Avez-vous le sentiment, tous les trois, d’avoir bien, ou très bien réussi votre vie ?

Écoutez, faire des chansons, les chanter en public, et avoir le plaisir de voir que le public les accepte et les reçoive, c’est quand même pas mal. Il y a de quoi être content, oui.

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