Patrick Jean, photographe à l’ancienne

Dans un monde où le numérique a imposé sa loi, Patrick Jean ferait presque office de dinosaure. En 40 ans de carrière, ce photographe indépendant originaire de Metz a parcouru le monde et couvert trois conflits. Rencontre avec un passionné de voyage qui ne jure que par le format argentique.

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Il a visité 87 pays et couvert trois conflits (Irlande du Nord, première guerre du Golfe et ex Yougoslavie). Patrick Jean a eu ce qu’on appelle une vie bien remplie, une vie où la chance lui a parfois fait la courte échelle, comme durant les années 90, où sa rencontre avec l’ambassadrice des États-Unis à Paris Pamela Harriman lui permettra de couvrir le 50e anniversaire du Débarquement en Normandie, ou encore de suivre l’entraînement des forces spéciales américaines de la 81e et 101e US Airborne, avec toute la démesure propre à ce pays sans cesse sur le pied de guerre. Il deviendra aussi durant 4 ans le photographe officiel du département d’Etat américain, et notamment de celle qui fut sa secrétaire de 2005 à 2009, la charismatique Condoleeza Rice. Pas mal…

DE TAHITI AUX ILES MARQUISES

Il faut remonter à 1978 pour lire les premières pages de la vie professionnelle de ce fils d’ouvriers né à Metz, qui a fait le choix de l’indépendance pour rester maître de sa vie personnelle et de ses choix éditoriaux. Son premier sujet, il s’en souvient comme si c’était hier. « L’agence Gamma recherchait un photographe pour couvrir l’éruption du Piton de la fournaise sur l’île de La Réunion. » Pour cet admirateur de Doisneau qui défend bec et ongle l’artisanat – la seule façon selon lui de perdurer dans le métier -, la photo aura été un excellent moyen d’assouvir sa passion pour le voyage. « C’est l’essence même de ma vie, une véritable drogue. » Un virus ensorcelant inoculé par son père, employé de la sidérurgie à Hagondange, qui ne manquait pas une occasion de faire voyager femme et enfants en Europe. Dans sa galerie de bourlingueur indécrottable, le Pacifique tient une place à part. Hawaï, l’Australie, les îles Fidji, la Nouvelle-Guinée ont été quelques destinations marquantes. « Dans cette région du globe, le changement de culture est total, c’est la vie comme on devrait tous l’avoir… » Un homme a attisé cette passion, une rencontre qu’il doit au hasard. Il raconte : « C’était à Tahiti en 1981, j’ai croisé un Américain qui cherchait un coéquipier sur son catamaran. Il avait été traumatisé par la guerre du Vietnam et il faisait le tour du monde pour se laver la tête. Moi le Lorrain que ne connaissait absolument rien à la voile, j’ai fait un voyage de trois mois de Tahiti jusqu’aux îles Marquises ! » 

Durant sa carrière, Patrick Jean a surtout œuvré dans le documentaire d’actualité et d’entreprise. « Le corporate, ça payait beaucoup plus », dit-il. Il parle d’une époque où les grosses compagnies travaillaient beaucoup avec les professionnels de l’image pour leur communication. Aujourd’hui, celui qui réside dans un village de la Meuse près de Verdun, dans un ancien corps de ferme retapé où il a installé son atelier de production, a dû changer sa façon de travailler, après un grave accident de santé qui l’a contraint à deux ans de rééducation. Ce qui lui a permis de surmonter ce handicap : la passion. « C’est elle qui m’a sauvé. »

[« J’ai photographié des rois et des mendiants

et à chaque fois ce fut extraordinaire. »]

Armé de son Pentax, ce pur produit de l’ancienne école qui ne jure que par l’argentique et privilégie le noir et blanc collabore aujourd’hui avec des maisons d’édition sur des sujets divers et variés comme la démolition de l’hôpital Bon-Secours, le dossier de la réunification sur l’île de Chypre ou le centenaire de la Première Guerre mondiale. Autant de projets qui le tiendront occupé en 2017. Une année durant laquelle il sera mis à l’honneur en recevant le prix Roger Schandalow, le 11 novembre prochain à Metz, pour sa contribution au travail de mémoire lié au conflit de 39-45, une distinction qui touche énormément ce capteur d’instants très attaché à la forme et au fond. « Pour réussir un sujet, il faut le travailler en amont, il faut savoir de quoi on parle et prendre le temps pour lui donner une âme. Le reportage sur le terrain n’est que la cerise sur le gâteau », conclut-il à l’adresse des candidats attirés par cette profession qui fait toujours rêver. Dans le registre de l’émotion, il aura eu sa part, immortalisant quantité de belles rencontres devant son objectif. « J’ai photographié des rois et des mendiants et à chaque fois ce fut extraordinaire. »

Le lien vers son site.

[Ci-dessous quelques clichés pris lors de la construction du Centre Georges Pompidou Metz (2005 – 2010).]

CLICHE N°5971

CLICHE N°5968

CLICHE N°5974

CLICHE N°5977

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