Dix ans…

Le temps passe à une vitesse folle, c’est pas nouveau. Pas de langue de bois avec lui et encore moins de détours. Quand il fonce, il ne regarde jamais en arrière. Alors on le fait pour lui. Moi par exemple, ça fait 10 ans aujourd’hui, alors que le Québec a la tête dans les préparatifs de sa fête nationale, que je suis arrivé dans ce pays qui n’est pas un pays mais un hiver, pour reprendre la célèbre Maxime de Gilles Vigneault. Un hiver avec un bac à glaçons bien rempli merci bien… 

Dix ans, c’est calorique, et ne comptez pas sur moi pour vous dresser une rétrospective de cette séquence qui me semble avoir débuté hier. Inutile de dire que les sacrifices furent à la mesure de l’océan qui sépare le Canada du Vieux Continent, à commencer par ma famille, que je retrouve une fois par an à Noël. Je lui dois bien ça, et je dois avouer que ces parenthèses me procurent toujours un bien fou, même si je suis plutôt discret dans l’exaltation de mes sentiments ! 

Dix ans sur l’échelle de la vie, c’est une pichenette, trois fois rien en somme. Mais pour des proches, ça peut paraître une éternité, et j’en suis conscient. Par chance, j’ai eu la chance de croiser ou de rencontrer des gens formidables ici, et tous, à un niveau ou à un autre, m’ont apporté quelque chose. Le plus dur à l’étranger – et en particulier au Québec je trouve – est de se reconstituer un réseau d’amis qui tienne la route. J’avais placé la barre si haute en France, avec une assemblée de proches de grande valeur, qu’il me semblait utopique d’atteindre la même quintessence dans l’antre de Maurice Richard (pour les Français : une icône du hockey disparue au début des années 2 000). Au fil du temps, j’ai réussi à rebâtir un clan qui, ma foi, a plutôt belle allure. Il s’est bonifié mais a aussi évolué, au gré des coups de cœur et aussi des déceptions ou des incompréhensions. C’est la vie. Je ne parle bien sûr pas de la galaxie Facebook, où le mot amis tient plus de la vitrine que d’une réelle sincérité.

Le 23 juin 2007, je débarquais au Québec, officiellement pour un an, avec mon PVT en poche et mon regard vierge, malgré deux voyages de prospection les étés précédents. Je me souviens encore de ce petit bout de femme prénommée Marie-Hélène, venue m’accueillir à l’aéroport avec ce grand sourire qui me semblait être une seconde nature au Québec. Marie, comme je l’ai toujours appelée, a toujours eu beaucoup de valeur à mes yeux. Même après son déménagement et sa nouvelle vie – avec un adorable bébé à la clé – nous sommes restés très proches. Je sais que je peux compter sur elle comme elle sur moi. 

À travers elle, j’ai envie de dire merci au Québec pour m’avoir ouvert ses bras et permis de manger à sa table (je ne connais pas de meilleur livre que l’autochtone qui vous parle de sa province ou sa région), même si ça n’a pas été facile tous les jours. Mais les hauts et les bas sont universels après tout. Il s’est passé tellement de choses durant cette décennie que j’ai peur d’en oublier. Alors que je m’apprête bientôt à prêter serment pour devenir citoyen canadien (sans renier mon pays natal au passage), je tenais à immortaliser sans filet, à chaud, ce 10e anniversaire qui m’emplit un peu de fierté. Vous dire que j’étais serein en quittant mon beau pays il y a dix ans serait vous mentir. Mais j’ai osé, j’avais trop peur de passer le reste de ma vie en France bardé de regrets. Ils sont sans pitié ceux-là, et la seule façon de les distancer est de vivre à fond ses rêves, sans peur du lendemain. 

Récemment, j’ai assisté au concert d’IAM, venu célébrer les 20 ans de son album mythique L’école du micro d’argent, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal. J’étais aux premières loges dans cette foule compacte vibrant au rythme des pièces les plus célèbres. Quand est venu le moment du dernier morceau, Demain c’est loin – selon moi leur chef d’œuvre, en tout cas un totem insubmersible  – j’ai pensé au célèbre Carpe diem, qui fait partie de la même famille des gens du moment présent.

Alors moi aussi, comme Akhenaton, Shurik’n et leur bande, je ne pense pas à demain parce que demain c’est loin. Je vis mon Québec, un pas, une seconde à la fois, en faisant confiance à ce hasard qui n’en est pas vraiment un.

Le futur attendra.

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